"Congés anticipés" de Noël: la lubie parfois meurtrière des élèves ivoiriens

Chaque année en Côte d’Ivoire, à l’approche des fêtes de Noël, le spectre des "congés anticipés" fait craindre dans les collèges et lycées des heurts qui, parfois, en plus d’importants dégâts matériels, occasionnent des décès. Autorités et parents d’élèves multiplient les actions pour lutter contre ce phénomène qui dure depuis de nombreuses années.
Sputnik
C’est une tradition tristement célèbre, vieille d’au moins deux décennies, que celle observée chaque mois de décembre dans de nombreux établissements scolaires à travers la Côte d’Ivoire. En effet, à l’approche des fêtes de Noël, les élèves de certains collèges et lycées s'octroient le droit de partir en vacances avant la date prévue par le calendrier officiel. Et, pour parvenir à leurs fins, ils n'hésitent souvent pas à s'adonner à des actes de violence qui prennent parfois une tournure dramatique, avec des morts.
Pour lutter contre ce phénomène, l’un des maux parmi tant d’autres qui secouent l’école ivoirienne et inquiètent autant qu’ils indignent, plusieurs solutions, dont principalement la sensibilisation, sont appliquées ces dernières années.
"Il est possible de mettre définitivement un terme au phénomène annuel des congés anticipés. Et il faut à cet effet une indispensable synergie d’actions entre les parents d’élèves, les enseignants et les autorités", estime Claude Kadio Aka, président de l'Organisation des parents d'élèves et étudiants de Côte d'Ivoire (Opeeci), interrogé par Sputnik.
Cette synergie d’actions, précise-t-il, concerne tant les campagnes de sensibilisation que "la mise en œuvre nécessaire d’autres solutions durables comme le nécessaire suivi psychologique des élèves".
"Il faut savoir que les élèves sont aussi le reflet de la société ivoirienne qui a connu ces dernières décennies plusieurs crises violentes. Il convient que l’État mette à disposition des établissements scolaires des psychologues ou alors que soit formé le personnel dans ce sens, pour un suivi régulier des enfants qui ont intériorisé un certain nombre de traumatismes qui se traduisent malheureusement par ces actes que nous voyons", plaide-t-il.

Des sanctions qui divisent

Les congés de Noël et du Nouvel an sont prévus du 17 décembre au 2 janvier 2022 inclus. Mais déjà depuis le mois de novembre, ministère de l’Éducation, autorités locales, forces de l’ordre, enseignants, ONG, organisations de parents, etc. multiplient les campagnes de sensibilisation censées concerner tous les établissements à l’échelle de la Côte d’Ivoire, mais surtout ceux à risque.
L'objectif visé par tous cette année 2021 est de parvenir à "zéro congés anticipés", mais surtout d’éviter des violences comme celles de 2019 qui avaient fait trois morts (des élèves) dans trois villes du pays, ainsi que plusieurs blessés et de d’importants dégâts matériels. Par ailleurs, plusieurs élèves avaient écopé d’une peine de prison.
Face à ces drames, le gouvernement ivoirien avait opté pour la carte de la fermeté en décidant de radier désormais des écoles privées et publiques "tous les enfants coupables".
Si ces tragédies indignent et exaspèrent une partie de l’opinion nationale, favorable à cette mesure de radiation, certains Ivoiriens plaident plutôt pour des sanctions plus modérées.
C'est le cas de Claude Kadio Aka pour qui "la radiation est une sanction trop extrême et même contraire à la politique d’éducation de l’État qui veut que tous les enfants [de 6 à 16 ans, ndlr] soient obligatoirement scolarisés".
"Il convient de sanctionner, pour le bien des autres, les élèves coupables d’actes répréhensibles. Mais il nous incombe à nous, adultes, de faire en sorte que ces sanctions ne soient pas dramatiques. Et justement, concernant les élèves radiés, le plus souvent pour fraude aux examens nationaux [de même que ceux radiés à la suite de heurts lors des congés anticipés, ndlr], il y a une commission nationale de discipline qui siège et tranche sur ces cas. Ainsi, en fonction du degré de la faute commise, les concernés peuvent finalement écoper d’un ajournement d’un à trois ans maximum avant d’être réintégrés, explique-t-il.
En Côte d’Ivoire, tout le monde s’accorde à reconnaître que "l’école est malade". Congés anticipés, violences, grossesses précoces, fraudes et résultats scolaires en berne, décrochage... sont autant de maux auxquels les États généraux de l’Éducationnationale et de l’alphabétisation -lancés le 19 juillet dernier et prévus pour durer six mois- devront apporter des remèdes durables.
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