Israël-Iran: la guerre se joue également en mer

La mer, nouveau théâtre d’affrontement entre l’Iran et Israël. Avec Bahreïn et les Émirats arabes unis, Tel-Aviv mène des manœuvres maritimes sous la houlette de Washington. De son côté, Téhéran a aussi étalé sa puissance navale.
Sputnik
Sommes-nous à la veille d’une guerre navale au Moyen-Orient?
Une chose est sûre, Israël, Bahreïn et les Émirats arabes unis semblent s’y préparer. À peine un an après la signature des accords d’Abraham en septembre 2020 ayant normalisé les relations entre Tel-Aviv, Abu Dhabi et Manama, les nouveaux alliés participent à des manœuvres navales communes en mer Rouge, pour une durée de cinq jours. Le tout sous la supervision des forces américaines.
Les exercices maritimes ont débuté mercredi 10 novembre et doivent renforcer la coopération sécuritaire. "C’est passionnant de voir les forces américaines s’entraîner avec des partenaires régionaux pour améliorer nos capacités collectives de sécurité maritime", a déclaré le vice-amiral Brad Cooper, le chef du Commandement central des forces navales américaines (NAVCENT). "La collaboration maritime aide à préserver la liberté de navigation et les flux libres commerciaux, qui sont essentiels pour la stabilité et la sécurité régionales", poursuit-il. En effet, pas moins de 8% du commerce international transite par le canal de Suez.

Des manœuvres maritimes pour contrer l’Iran

Des manœuvres dissuasives pour protéger les voies commerciales, mais surtout pour viser l’Iran. Cette opération "va accroître notre coopération et la sécurité en mer, et pas simplement en mer Rouge, car nous sommes aux prises avec le terrorisme de l’Iran qui s’est manifesté il y a quelques mois avec le Mercer Street", a déclaré un responsable israélien.
En effet, Téhéran est accusé par Israël, les États-Unis et le Royaume-Uni d’avoir commis l’attaque en mer d’Oman en juillet dernier contre le navire Mercer Street, géré par un milliardaire israélien. Les autorités iraniennes démentent toute implication dans cette agression par drone, qui a entraîné la mort de deux membres d’équipage.
Action coup de poing de l’Iran en mer d’Oman: Téhéran cherche le rapport de forces avec Washington
D’ailleurs, pour contrer cette "menace", l’US Navy a déjà lancé en septembre dernier une force opérationnelle, dotée de drones aériens et navals. Cette Task force devait se consacrer "à l’intégration rapide de systèmes sans pilote et de l’intelligence artificielle aux opérations maritimes dans la région". Dans le sillage de sa visite à Bahreïn pour l’inauguration de l’ambassade israélienne le 30 septembre dernier, Yaïr Lapid, ministre israélien des Affaires étrangères, avait également évoqué la possibilité de mener des actions conjointes contre les drones et les mines ventouses iraniennes.
Ainsi, outre la Syrie, la mer serait devenu le nouveau théâtre d’affrontements entre Tel-Aviv et Téhéran. "L’enchâssement de l’Iran (dans la région) ne se fait pas qu’avec des guérillas qui œuvrent par procuration […] mais se joue aussi en mer", a affirmé un responsable israélien, commentant les manœuvres navales . Mais Téhéran ne serait pas reste.
Les deux ennemis se renvoient verbalement la balle. "Les Israéliens peuvent déclencher [une attaque contre l’Iran, ndlr], mais c’est nous qui déciderons de son issue", a affirmé le 11 novembre Amir Ali Hajizadeh, Commandant de l’armée de l’air et de l’espace iranien, avant d’ajouter que "toute erreur commise par Israël mènerait à sa destruction".

"Toute erreur d’Israël mènera à sa destruction"

Une rhétorique pour le moins martiale qui se traduit sur le terrain. Le 7 novembre dernier, l’Iran a également lancé ses propres manœuvres maritimes. Intitulées "Zolfaqar-1400", du nom du missile iranien éponyme et de sa portée (1.400 kilomètres), elles couvrent une zone géographique allant du détroit d’Ormuz à l’océan indien en passant par la mer Rouge. Téhéran a même déployé plusieurs unités d’infanterie, des blindés, des régiments mécanisés ainsi que l’aviation. Les manœuvres ont couvert plus d’un million de kilomètres carrés. En somme, une réelle démonstration de force. "L’exercice militaire sur la côte iranienne du golfe d’Oman a pour but de montrer la puissance militaire du pays et sa volonté d’affronter nos ennemis", a déclaré à la télévision d’État l’amiral Mahmoud Mousavi.
De surcroît, l’Iran a récemment montré ses capacités militaires dans le détroit d’Ormuz. Les gardiens de la révolution assurent, vidéo à l’appui, avoir contré la tentative américaine de s’emparer d’un pétrolier chargé de combustible iranien. Une manœuvre qui a toutefois été niée par Washington.
Le régime des mollahs accuse aussi régulièrement l’État hébreu de saboter ses pétroliers en Méditerranée ou en mer Rouge. En avril dernier, un porte-conteneurs iranien a été endommagé par un engin explosif. En mai, c’est un incendie causé par une attaque de drones qui a tué trois membres de l’équipage d’un pétrolier iranien au large des côtes syriennes.
Ces manœuvres navales des deux ennemis viseraient à accroître leur pression l’un sur l’autre à la veille de la reprise des négociations sur le nucléaire iranien, prévue le 29 novembre. Les Israéliens refusent catégoriquement un accord et seraient même prêts à une action militaire directe contre l’Iran, alors que Téhéran a plus que jamais besoin d’un retour des Américains au JCPoA de 2015 pour son développement économique. Si les tensions s’aggravent encore, ce sont bel et bien les futures négociations qui seraient menacées.
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