Bientôt un nouveau moteur à hydrogène en France?

Alors que la Commission européenne prône le passage à l'hydrogène dans le cadre de son pacte vert, le laboratoire de l’IFPEN présente déjà de bons résultats en ce qui concerne le test de son moteur à hydrogène. Mais les véhicules dotés de ce moteur auront-ils une chance de s’imposer face aux voitures électriques?
Sputnik
Le laboratoire de l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (IFPEN) à Lyon travaille actuellement sur un moteur à hydrogène, rapporte Le Parisien.

"L’hydrogène est très inflammable, l’énergie dégagée par la seule chute d’un stylo peut déclencher une réaction. Mais c’est aussi tout son intérêt. Bien contrôlée, cette molécule contient un rendement énergétique bien supérieur à celui de l’essence ou du diesel", explique auprès du quotidien Christophe Pichon, chef du département Moteurs.

C’est donc la mission des concepteurs que de trouver les bons réglages pour réduire au maximum les émissions à l’échappement (CO2, NOx, particules fines, etc.) pour leur petit moteur d’une trentaine de chevaux doté d’un seul cylindre de 580 cm3.
Selon Le Parisien, ce moteur montre déjà des résultats prometteurs. Capable de développer une vitesse de 120 km/h, l’engin ne dégage pas de CO2, émet très peu de NOx, et une quantité infinitésimale de particules fines, provenant en fait de la combustion du lubrifiant dans le carter.
L’IFPEN envisage de mettre au point un prototype roulant, doté d’un plus gros moteur de quatre cylindres à hydrogène, avant la fin de l’année. "Les subventions publiques de l’Agence nationale de recherche nous accompagnent. Des partenariats sont également à l’étude avec des constructeurs", précise auprès du Parisien Christophe Pichon

Les prévisions de la Commission européenne

Ce n’est pourtant pas la première entreprise à s’occuper de l’élaboration de ce genre de moteur en France. Selon Le Parisien, début 2022, FEV (un des plus grands prestataires de services de développement indépendants au monde dans le domaine des moteurs à combustion et de la technologie automobile) va se pencher à Rouen (Seine-Maritime) sur deux moteurs à hydrogène thermiques et une pile à combustible (PAC) avec l’aide d’investissements publics français débloqués via le plan France Relance.
Une forte impulsion en ce sens a été donnée en juillet 2020 par la Commission européenne qui a fait part de ses ambitions sur l’hydrogène. Elle a espéré voir l’hydrogène constituer de 12 à 14% du mix énergétique à l’horizon 2050, visant 6 GW de capacités de production en 2024 et 40 GW en 2030.
En juillet de cette année, Bruxelles a présenté le pacte vert prévoyant même l’interdiction à la vente des voitures avec moteurs à essence, diesel et hybrides à partir de 2035, au profit de l'électrique et de l'hydrogène.

Quelles sont ses perspectives?

Cette initiative rentre dans l’objectif de la France d’atteindre une neutralité carbone en 2050 conformément aux Accords de Paris de la COP21. Pourtant, elle risque de se heurter à certains obstacles. Le premier est son financement. La montée en puissance vers 2050 nécessitera des investissements considérables, entre 180 et 470 milliards d’euros, selon les chiffres présentés par la Commission européenne. La France a promis de consacrer sept milliards d’euros au cours des dix prochaines années à la création d’une industrie de l’hydrogène.
En outre, comme l’indique Le Figaro, ces moteurs à hydrogène peinent à s’imposer face aux moteurs électriques, car leur rendement n’est que de l’ordre de 35 à 40%, soit deux fois inférieur à celui d’une batterie alimentant la même voiture électrique.
Le caractère polluant de certains types de ce gaz vecteur d’énergie est également en cause, selon une enquête du New York Times parue en août. Elle évoque les méfaits de l’hydrogène récolté à partir de gaz naturel qui requiert une grande quantité d’énergie et donc énormément de CO2 rejeté dans l’atmosphère. Il rejette aussi le méthane, qui contribue à l’effet de serre.
L’hydrogène bleu est présenté comme un peu plus écologique, car la récupération du CO2 est prévue dans le processus de transformation. Cependant, l’hydrogène "vert" qui n’émet pas de CO2 durant tout le cycle est le moins répandu, car le processus impliqué - l'électrolyse de l'eau pour séparer les atomes d'hydrogène de l'oxygène - est extrêmement énergivore. Dans la plupart des régions, il n'y a tout simplement pas assez d'énergie renouvelable pour produire de grandes quantités d'hydrogène "vert", indique l’enquête.
De plus, un véhicule à hydrogène consomme plus d’énergie qu’un véhicule électrique. La voiture à hydrogène nécessite 1 kg d’hydrogène pour faire 100 km, soit à 60 kW par heure, ce qui constitue le double de la consommation d’une voiture électrique.
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