Covid-19 au Togo: la société civile exige la restauration du droit de visite dans les prisons

Au Togo, les défenseurs des droits de l’homme s’inquiètent de la situation des détenus privés depuis plus d'un an de visites du fait du Covid-19. Ils appellent les autorités à lever cette restriction qui porte atteinte à leurs droits. L’administration pénitentiaire assure que tout est mis en œuvre pour la sauvegarde de la dignité des prisonniers.
Sputnik
"Nous ne savons pas réellement ce qui se passe dans nos prisons depuis plus d’un an". Me Claude Améga ne cache pas son inquiétude quant au sort des détenus dans les prisons togolaises, privés depuis plus d'un an de toute visite, en raison de la crise sanitaire. Ce président du CACIT - Collectif des associations en lutte contre l’impunité au Togo, interrogé par Sputnik, insiste pour savoir "comment vont nos compatriotes prisonniers et voir dans quelles conditions ils sont".
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Avec son partenaire l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), son organisation vient d’adresser au Président togolais Faure Gnassingbé une lettre ouverte dans laquelle elle lui demande "de restaurer le droit de visite aux détenus des prisons du Togo".

"Depuis avril 2020, le Président de la République et son gouvernement ont pris certaines décisions salutaires, comme la libération par grâce présidentielle de 1.048 prisonniers, l’aménagement de locaux pour permettre d’éventuelles mesures de quarantaine, la mise à disposition de la prison de Tsévié pour les soins des détenus atteints du Covid-19, la vaccination de près de 70% des détenus. Ces mesures doivent être complétées par la restauration du droit de visite, qui est un droit fondamental", écrivent les deux organisations dans cette lettre.

En effet, après une vague de contaminationsdes détenus de la prison civile de Lomé au Covid-19 en mai 2020, les autorités togolaises n’ont rien trouvé de mieux que d’interdire les visites dans toutes les prisons du pays.

Dissuader contre les abus de toutes sortes

Si la décision n’avait pas été contestée à l’époque, le CACIT, qui regroupe une vingtaine d’organisations de défenses des droits de l’homme, et son partenaire l’OMCT, trouvent maintenant la situation "exagérée".
D'autant plus qu’en décembre 2020, un rapportdu Groupe d’intervention judiciaire, du réseau SOS-Torture en Afrique, révélait au sujet de la situation carcérale au Togo, que "le pays traîne de manière systématique" depuis plusieurs années "une incapacité à humaniser ses prisons, notamment celle de Lomé, et vit sous le règne de l’impunité face aux actes de torture. Ces deux phénomènes ont été accentués pendant la crise sanitaire".

"Les visites des avocats, des familles et des organisations des droits de l'homme aux détenus ont pour mérite de préserver l'intégrité des détenus, de dissuader contre les abus de toutes sortes et contre les tortures dont ils peuvent être victimes dans leurs lieux de détention. C'est donc essentiel qu’on les autorise de nouveau", a indiqué Me Claude Amega.

"Si l’intention du gouvernement togolais est vraiment de protéger les détenus, il lui suffira d'imposer ici également le pass vaccinal, comme c'est déjà le cas pour d'autres établissements administratifs, ou un test PCR négatif, et l'affaire est réglée", suggère l’avocat togolais.

Demande légitime

Cette demande des défenseurs des droits de l’homme est jugée "légitime" par Idrissou Akibou, le directeur général de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion. Un service placé sous la tutelle du ministère togolais de la Justice. Interrogé par Sputnik, il explique qu’il n’a fait qu’appliquer une décision prise par les plus hautes autorités.
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Il assure néanmoins que "toutes les dispositions sont prises pour qu'il n'y ait pas de préjudice vis-à-vis des détenus".

"Quand certains détenus sont malades, ou ont besoin d'argent pour acheter des médicaments, nous les prenons en charge. À la prison civile de Lomé comme à Tsévié, les détenus ont droit chaque jour aux deux repas principaux et au petit déjeuner. Nous continuons également à assurer le traitement de ceux qui sont positifs au Covid-19. Et si un problème nous dépasse, nous nous référons à notre hiérarchie", détaille-t-il.

Au Togo, 10 prisons sur 13 présentent un taux de surpopulation qui varie entre 109% et 609% selon le CACIT et l’OMCT.
La prison civile de Lomé comptait au 20 juillet 2020 près de 1.208 détenus, dont 378 condamnés, 268 prévenus et 562 inculpés. Sa capacité d’accueil était estimée à 666 personnes.
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