2022: la "bourgeoisie" invente-t-elle le "subterfuge de l’identité" pour tuer la lutte des classes?

À l’approche des Présidentielles, les candidats de droite percent dans les sondages. La gauche, elle, peine à faire front commun. La faute à la "bourgeoisie", selon François Bégaudeau, qui en débat avec François Bousquet.
Sputnik
«Oui, sans doute, la parole se libère, moi je dis dans mon livre qu’elle se déboutonne. Il y a un fond identitaire de la bourgeoisie française», commente François Bégaudeau sur notre plateau.
Pour l’écrivain et essayiste qui vient de faire paraître Notre joie (Éd. Fayard), «la droitisation» actuelle de la campagne présidentielle n’a rien de surprenant. Dépassés par l’omniprésence médiatique d’Éric Zemmour, les candidats de droite surenchérissent depuis plusieurs semaines sur les thèmes de l’identité et de l’immigration.
Un subterfuge classique de la bourgeoisie, défend François Bégaudeau, pour évacuer ce qui la déstabiliserait, «à savoir la problématique de classe». Un diagnostic «marxiste» qui évacue l’essentiel, selon François Bousquet, écrivain et éditeur: «si la parole se déboutonne, c’est qu’elle était peut-être avant muselée», riposte-t-il.
La question identitaire «hante le corps social et électoral et en cela elle n’est pas propre à la bourgeoisie, la France périphérique est également préoccupée par ces questions», répond François Bousquet à son interlocuteur.
«En revanche, cette droite ne doit pas être obsédée par la seule question identitaire en négligeant la question sociale, la répartition des richesses, l’égalité, que la gauche a renoncé à porter», ajoute-t-il.
À en croire le sondage réalisé à la fin du mois de septembre par l’institut Elabe pour BFMTV, le pouvoir d’achat serait la préoccupation principale des Français dans le cadre de l’élection présidentielle de 2022. Pour le rédacteur en chef de la revue Éléments, de Trump à Orban en passant par Marine Le Pen, «peut-être demain Éric Zemmour», l’avenir est à une «droite illibérale» qui en France n’a pas encore dit son premier mot. Pour François Bégaudeau, membre assumé de la «gauche de la gauche», la droite illibérale reste pour l’instant un supplétif des forces du Capital.
Un désaccord majeur, sans ambiguïté, mais non sans courtoisie, entre nos deux invités.
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