Côte d’Ivoire: quelles ambitions pour Simone Gbagbo?

Simone Gbagbo
Avec sa relégation au second plan au sein du futur parti de son époux avec qui elle est instance de divorce, et le récent parrainage d’un mouvement citoyen, certains observateurs estiment que l’ancienne Première dame ivoirienne Simone Gbagbo envisage de créer sa propre formation politique. Qu'en est-il réellement?
Sputnik

"Quand on comprend comment est né le Mouvement des générations capables (MGC) et son objet, on ne peut raisonnablement pas penser que c’est l’étape embryonnaire de la création du parti politique de Simone Gbagbo. Prétendre qu’elle serait en train de créer un parti politique à travers le simple parrainage d’un mouvement ou qu’elle ne devrait pas adhérer au nouveau parti en création relève de la spéculation", s’est d’emblée exprimée la militante panafricaniste Célestine Dabah, par ailleurs adhérente du MGC, interrogée par Sputnik.

Le Mouvement des générations capables a officiellement vu le jour le 25 septembre, à l’occasion d’une assemblée générale qui s’est tenue à Abidjan, et sous le parrainage de l’ex-Première dame Simone Gbagbo. Et si l’événement a parfois eu des allures de meeting politique, ses initiateurs l’assurent, il est bel et bien "citoyen".
En réalité, le MGC est le regroupement de plusieurs mouvements (dont le Mouvement Ehivet Capable, Ehivet étant le nom de jeune fille de Simone Gbagbo) nés spontanément depuis février 2021. Tous ces mouvements avaient en commun de célébrer et soutenir l’ancienne Première dame son engagement pour la Côte d’Ivoire.

"Conduire le peuple ivoirien"

Certains observateurs dont Gnaka Lagoke, professeur à l’université Lincoln en Pennsylvanie (États-Unis) interrogé par La Voix de l’Amérique, prêtent à l’ancienne Première dame des ambitions présidentiellespour l’élection prévue en 2025. Cette dernière n’en a pourtant jamais ouvertement fait cas, mais pour Célestine Dabah, cela ne fait pas de doute, "son parcours et sa maturité politiques montrent qu’elle dispose de toutes les intelligences nécessaires pour conduire le peuple ivoirien", si elle le souhaite.
Côte d’Ivoire: l’ex-Président Laurent Gbagbo annonce la création d’un nouveau parti politique
Par contre, en ce qui concerne son désormais futur ex-époux Laurent Gbagbo (la procédure de divorceétant en cours), acquitté par la Cour pénale internationale (CPI) des charges de crimes contre l’humanité et de retour au pays après dix ansd’absence, il a d'ores et déjà annoncé qu’il n’excluait pas de se présenter à cette échéance électorale.
En août dernier, las des dissensions qui perdurent depuis plusieurs années au sein du Front populaire ivoirien (FPI, parti fondé dans les années 1980 par les époux Gbagbo, Simone étant la deuxième vice-présidente de l’aile majoritaire du parti restée fidèle à son mari), Laurent Gbagbo, pour couper la poire en deux, a décidé de créer un nouveau parti et de laisser ainsi entre les mains de son ancien Premier ministre Pascal Affi N’Guessan un FPI en "enveloppe vide".
Mais Simone Gbagbo s’était alors indignée de se voir reléguer au second plan dans les préparatifs du congrès constitutif du nouveau parti qui doit se tenir courant octobre.

"Je suis surprise que mon nom circule comme membre d’un groupe de réflexion élargi, sans que je n’ai même été préalablement consultée. Je reste dubitative devant ces pratiques et manquements, et je suis peu encline à m’associer à ce type d’initiative car je mérite un minimum de respect et de considération", avait-elle clamé dans un communiqué le 7 septembre.

Pour de nombreux commentateurs de la vie politique ivoirienne, cette sortie de l’ex-Première dame, si elle laisse présager que la procédure de divorce entre les deux époux est aussi politique, remet en cause son adhésion au futur parti.

Une figure éminente de la scène politique ivoirienne

Indépendamment des ambitions présidentielles qu’elle pourrait nourrir, Simone Gbagbo demeure en Côte d’Ivoire une personnalité populaire, comme en témoignent notamment les scènes de liesse observées dans certaines villes du pays à sa sortie de prison en août 2018, après sept ans de détention.
Et son poids sur la scène politique nationale et en particulier au sein du FPI (en attendant le nouveau parti) est indéniable, voire incontournable.

"Simone Ehivet Gbagbo fait partie des femmes politiques africaines post-décolonisation les plus influentes du moment. Le monde qu’elle draine tant au niveau de la diaspora africaine -comme ce fut le cas lors de la célébration de son anniversaire en juin à Paris- qu’à l’occasion de manifestations de sympathie en Côte d’Ivoire, renseignent sur son poids réel et donne à penser qu’elle est incontournable dans le paysage politique ivoirien, qu’on le veuille ou non", poursuit Célestine Dabah.

Revenant sur le MGC, elle note qu'il "va au-delà du simple soutien à Simone Gbagbo pour s’inspirer de ses valeurs et impacter positivement la Côte d’Ivoire". En effet, le mouvement s’est donné pour mission de batailler contre "la crise des valeurs" qu’il dit observer dans le pays.

"C’est la déliquescence des valeurs qui a conduit la société ivoirienne dans l’abîme. Le MGC souhaite œuvrer à bâtir une nouvelle Côte d’Ivoire qui se veut respectueuse de la vie humaine, où l’amour de soi et des autres est une réalité, et dont le travail, la discipline, la crainte de Dieu, l’incorruptibilité en seront les fondements", a déclaré la militante.

Toutes ces valeurs, conclut la militante panafricaine, "transcendent les partis politiques".
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