L'Australie rompt le méga-contrat de sous-marins avec la France

La France dit désormais ouvertement douter de la "fiabilité américaine"

La crise des sous-marins et le récent "désengagement unilatéral" de l’Afghanistan ont mis en lumière le manque de fiabilité des États-Unis, estime la ministre française des Armées. Par ailleurs, la France n’a toujours pas reçu de clarifications de la partie australienne.
Sputnik
La ministre des Armées Florence Parly, qui a déjà eu des mots durs envers les alliés américains lors de sa récente intervention au Sénat, met en cause la fiabilité des États-Unis suite à l’annulation du contrat sur la vente de sous-marins français à l’Australie, au bénéfice de navires américains.

"Il reste que le comportement des États-Unis a été très brutal, surtout de la part d’un allié, qui plus est nous considérant comme "leur plus vieil allié". Mais ce n’est pas une surprise, cela fait déjà plusieurs années que nous remarquons cette tendance de fond de la part du partenaire américain", expose la ministre ce 24 septembre dans une interview au Monde.

Pour illustrer ses propos, Mme Parly évoque "le désengagement unilatéral d’Afghanistan" des États-Unis en août, un geste de plus qui démontre que "la fiabilité américaine n’est plus aussi grande que par le passé".

"Ça ne s’anticipe pas"

Interrogée par les sénateurs le 22 septembre, Florence Parly a martelé que le gouvernement n’avait pas vu venir la rupture du contrat, car une "rupture c’est brutal, ça ne s’anticipe pas", constatant également que "le dialogue politique est inexistant au sein de l’Alliance atlantique".
L’affaire des sous-marins doit pousser l’Europe à s’organiser pour défendre ses intérêts dans le monde, estime-t-elle auprès du Monde bien qu’il ne soit pas question pour la France de quitter l’Otan: "Nous n’avons évidemment pas l’intention de quitter l’Otan, nous sommes des partenaires fiables au sein de l’Otan. Je persiste, par ailleurs, à penser que les Européens ont aussi leur voix à faire entendre".

Vers un retour à la normale

La crise a éclaté le 15 septembre quand les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie ont annoncé la création du partenariat stratégique Aukus. Dans la foulée, Canberra a annoncé renoncer à la fourniture des 12 sous-marins français diésel de classe Attack, dont le montant du contrat est estimé à 56 milliards d’euros. L’Australie préfère en effet commander huit sous-marins américains à propulsion nucléaire.
Une annonce faite de surcroît de manière assez maladroite, provoquant donc une crise diplomatique majeure.
Le 22 septembre, pour la première fois depuis l’annonce, les Présidents français et américain se sont entretenus par téléphone. Joe Biden a reconnu un manque de dialogue, selon sa porte-parole. Le même jour, Emmanuel Macron a décidé que l’ambassadeur de France aux États-Unis, rappelé le 18 septembre, retournerait à Washington la semaine prochaine.
Le 23 septembre, Jean-Yves Le Drian et son homologue américain Antony Blinken se sont rencontrés à New York. Le chef de la diplomatie française a rappelé qu'une "première étape" avait été franchie, mais que "la sortie de crise entre nos deux pays prendrait du temps et requerrait des actes".
Le même jour, Scott Morrison, Premier ministre australien, a assuré avoir essayé d'organiser, en vain, un entretien avec Emmanuel Macron. L’ambassadeur français en Australie, lui aussi rappelé à Paris pour consultations le 18 septembre, reste pour le moment en France.
Toujours dans le Monde, Florence Parly a informé avoir reçu un coup de fil des partenaires australiens "quelques heures avant l’annonce publique d’Aukus" le 15 septembre, et le 16 septembre Naval Group, l’industriel à l’origine des contrats, a reçu une notification de rupture.

"Il n’y a eu aucun contact entre les autorités australiennes et nous-mêmes " depuis l’annonce du partenariat anglo-saxon Aukus le 15 septembre, a fait savoir la ministre au Monde.

Discuter