«Ne sous-estimez pas la réaction de Paris»: un ex-ambassadeur UK en France avertit d’une riposte française

Un ex-ambassadeur britannique en France a commenté l'annulation du contrat de sous-marins entre l'Australie et l’Hexagone suite au pacte AUKUS entre Canberra, Washington et Londres. Même si Paris ne voit pas Londres comme «meneur» du complot, le diplomate s’attend à ce que les contre-mesures françaises ciblent les trois pays anglo-saxons.
Sputnik
L’ancien ambassadeur du Royaume-Uni en France Lord Peter Ricketts a donné plusieurs commentaires concernant les réponses de la France à l'annulation par l’Australie de l’accord de quelque 50 milliards d’euros sur les sous-marins français.
«Ne sous-estimez pas la réaction de Paris. Ce n’est pas seulement de la colère, mais un véritable sentiment de trahison que le Royaume-Uni ainsi que les États-Unis et l’Australie ont négocié dans leur dos pendant six mois. J’ai vécu la rupture en 2003 sur l’Irak. C’est aussi mauvais ou pire. Et nous avons encore besoin de coopération avec la France (migrants...)», a écrit le 17 septembre sur son compte Twitter Lord Ricketts.
Bien que l’ambassadrice française à Londres, Catherine Colonna, n’ait pas été rappelée de l’autre côté de la Manche, et que Londres soit vu par Paris plutôt comme un «complice» dans cette «trahison», Peter Ricketts subodore que le Royaume-Uni n’échappera pas aux contre-mesures françaises.
«La France rappelle maintenant des ambassadeurs aux États-Unis et en Australie. Une situation sans précédent entre les nations alliées? Chose intéressante, pas [de rappel de l’ambassadrice, ndlr] au Royaume-Uni. Un signal que Paris considère Washington et Canberra comme des meneurs dans l’intrigue, avec Londres comme complice. Attendez-vous à d’autres mesures françaises ciblant les intérêts de l’ensemble des trois [pays, ndlr]», avertit le diplomate britannique.

Rupture du «contrat du siècle»

L’Australie a officiellement annoncé jeudi 16 septembre que le contrat colossal de plusieurs dizaines de milliards d’euros conclu avec la France en 2016 et portant sur la livraison de sous-marins conventionnels à propulsion diesel-électrique serait annulé. 
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Canberra a pris cette décision après des consultations avec Washington et Londres concernant la coopération militaire dans la zone indopacifique où ces pays anglo-saxons s’efforcent de faire face à la Chine. Par visioconférence, le Président américain Joe Biden, le Premier ministre britannique Boris Johnson et le chef du gouvernement australien Scott Morrison s'étaient félicités le 15 septembre de la création d'un vaste pacte de sécurité dans la zone indopacifique, baptisé AUKUS.
Un des premiers projets dans le cadre d’AUKUS sera la fourniture à l’Australie de sous-marins à propulsion nucléaire à l'aide de technologies américaines et britanniques. À la place des submersibles français.
«La décision que nous avons prise de ne pas continuer avec les sous-marins de classe Attack et de prendre un autre chemin n'est pas un changement d'avis, c'est un changement de besoin», a déclaré le Premier ministre australien, Scott Morrison.
Après avoir qualifié cet évènement de «coup dans le dos», Paris attend toujours par ailleurs des explications plus «argumentées» de la rupture de ce «contrat du siècle», principalement de Canberra et de Washington.
En ce qui concerne le rôle de Londres dans cette histoire de plongée en eaux troubles, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves le Drian, vient, sur la chaîne de télévision nationale France 2, de rappeler l’«opportunisme permanent» des Britanniques et de comparer le voisin d’outre-Manche à «la cinquième roue du carrosse» dans cette affaire.
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