Des Casques bleus accusés d’abus sexuels, «la réputation de l’Onu est en jeu»

L'Onu a ordonné le 15 septembre le retrait des 450 Casques bleus gabonais de sa force de maintien de la paix en Centrafrique après des accusations d'exploitation et d'abus sexuels. En Centrafrique comme ailleurs dans le monde, les accusations du genre contre les forces onusiennes sont récurrentes et mettent en péril l’image de l’organisation.
Sputnik
La question des violences sexuelles attribuées aux Casques bleus lors des opérations de maintien de la paix demeure toujours d’actualité. Le sujet a refait surface à la mi-septembre dans les rangs de la mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA). Dans un communiqué rendu public le 15 septembre, le ministère de la Défense du Gabon a annoncé la décision de l'Organisation des Nations unies (Onu) du retrait des 450 Casques bleus gabonais de cette mission de maintien de la paix, après des accusations de crimes sexuels.
«Suite aux nombreux cas d'allégations d'exploitation et d'abus sexuels en cours de traitement, les Nations unies ont décidé ce jour du retrait du contingent gabonais de la MINUSCA […] et une enquête a été ouverte par le Gabon», précise le communiqué.
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Si l’Onu invoque des allégations récentes «d’abus sexuels sur cinq filles» dans une localité du centre de la Centrafrique, l’organisation a par ailleurs souligné que sa décision était également fondée sur des faits plus anciens. En effet, en 2015, 32 allégations d'exploitation et d'abus sexuels ont été enregistrées concernant 81 militaires gabonais de la MINUSCA. Ces allégations avaient amené Libreville à ouvrir une enquête. Seulement l'Onu a jugé cette réaction insuffisante jusqu'ici. Si les «faits allégués [...] sont avérés, leurs auteurs seront traduits devant les tribunaux militaires et jugés avec une extrême rigueur», promet cette fois le ministère gabonais de la Défense.
«Au-delà des faits rapportés et en attendant les conclusions de l'enquête, le bataillon gabonais est rappelé», a conclu le ministère.

Des faits récurrents en RCA

Depuis 2013, la Centrafrique a connu deux guerres civiles et demeure le théâtre d’affrontements entre factions armées qui commettent d’innombrables violences et exactions. Une situation qui perdure malgré les différents accords de paix. En 2014, la MINUSCA a été déployée par l'Onu, pour tenter de mettre fin au conflit. Et les quelque 15.000 hommes qui constituent le contingent ont pour mission prioritaire la protection des civils. Seulement, les accusations d’exploitation et abus sexuels perpétrés par des Casques bleus y sont légion. Certains contingents ont été retirés par le passé.
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En juin 2017, plus de 600 Casques bleus congolais en mission pour l'Onu en Centrafrique ont été renvoyés chez eux. Outre des problèmes de discipline, le bataillon est accusé d'abus sexuels sur au moins sept personnes, dont six enfants.

«Les civils considèrent les Casques bleus comme une menace»

Plus tôt en 2014, des militaires français de l'opération Sangaris, une force de maintien de la paix autorisée par l'Onu, qui n’étaient pourtant pas sous le commandement onusien, avaient été également accusés de viols sur des enfants de 7 à 13 ans. L’enquête ouverte à Paris avait finalement abouti en 2018 à un non-lieu.
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Depuis les années 1990, des cas d'exploitation sexuelle et de sévices commis par des Casques bleus ou du personnel humanitaire de l'Onu sont signalés dans le cadre de missions de maintien de la paix dans le monde. Des cas enregistrés entre autres en Bosnie-Herzégovine, au Cambodge, en République démocratique du Congo, au Timor oriental, en Haïti, au Liberia, en Sierra Leone et au Sud-Soudan, comme le rappelait, en 2016, Human Rights Watch. Des faits qui de l’avis d’Hippolyte Éric Djounguep chercheur à Trends Research and Advisory et spécialiste des conflits en Afrique subsaharienne, portent préjudice aux missions de maintien de la paix de l’Onu: «Dans cette lourde mission de protections des civils, la réputation de l’Onu est en jeu».
«Et comme conséquence sur le terrain des opérations, les civils dans ces circonstances considèrent les Casques bleus comme une menace ou une force d'occupation. Certains coopèrent avec les groupes armés belligérants contre les forces d'interposition et de maintien de la paix de l’Onu. Les populations imputent à ces Casques bleus la responsabilité de toutes les calamités qui pourraient s'abattre sur elles», relève le géostratège au micro de Sputnik.
Seulement, en matière de responsabilité, l’organisation se heurte à la juridiction exclusive des États. Selon les règles de l’Onu, c’est aux gouvernements des différents pays de prendre des mesures contre leurs troupes pour ce qui est des poursuites. Cependant, outre les sanctions administratives ou disciplinaires, l’Onu a pris de précédents engagements avec les États membres, en faveur d'une politique de «tolérance zéro». Seulement, à ce jour, aucune enquête nationale n'a abouti à des condamnations rendues publiques.
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