Quand le Parlement européen s’engage à aider la Russie à devenir une démocratie

À l’approche des élections législatives en Russie, le Parlement européen préconise une politique plus ferme vis-à-vis de la Russie pouvant aller jusqu’à la non-reconnaissance des résultats du scrutin. Moscou pointe une ingérence dans les affaires internes du pays.
Sputnik
Le comité des Affaires étrangères du Parlement européen a révisé la politique de l’UE à l’encontre de la Russie tout en proposant une nouvelle stratégie. Ces recommandations, adoptées le 15 septembre par 494 voix pour, 103 contre et 72 abstentions, sont adressées au Conseil européen et à la Commission, mais ne sont pas contraignantes.
Les recommandations englobent plusieurs volets. Les parlementaires portent un regard critique sur les élections législatives qui se tiendront en Russie ce week-end. Ils estiment que «le régime russe élimine la concurrence politique et bafoue la démocratie pluraliste» à l’approche du scrutin et que «l’on peut, par conséquent, raisonnablement douter que les prochaines élections parlementaires soient libres et régulières». Le Parlement appelle l’UE à être prête à ne pas reconnaître le Parlement russe si les élections ne se basent pas sur les principes démocratiques et le droit international.
Le rapport réitère à plusieurs reprises que l’UE doit aider la Russie à devenir une démocratie: «la transformation démocratique de la Russie est d’un intérêt majeur pour la sécurité géopolitique de l’Union», «la stratégie de l’Union à l’égard de la Russie devrait soutenir celle-ci dans son cheminement pour devenir un pays démocratique», «l’Union devrait poursuivre une stratégie à long terme à l’égard de la Russie, fondée sur l’hypothèse que, comme les Ukrainiens et les Biélorusses, le peuple russe peut aspirer à la transformation de son pays en une démocratie.»
«Par ailleurs, l’UE ne devrait pas reconnaître la Douma et devrait demander la suspension des assemblées parlementaires internationales du pays, notamment celles du Conseil de l’Europe, si les élections législatives russes de cette semaine étaient reconnues comme frauduleuses», commente Andrius Kubilius, député et ex-Premier ministre de la Lituanie, mais aussi rapporteur sur le dossier.
En général, les parlementaires mettent en avant les principes «faire face, contenir et dialoguer» qui visent un éventuel élargissement des sanctions contre la Russie, telles que l’exclusion de Moscou du système de paiement SWIFT et un renforcement du «partenariat transatlantique en matière de défense et de sécurité». Les parlementaires évoquent une réduction de la dépendance européenne de la Russie en matières premières et la lutte «contre l’ingérence russe dans l’union et dans les pays du voisinage oriental».

Moscou fustige le rapport

La Russie a réagi au rapport, dénonçant l’objectif du Parlement européen «d’aggraver les relations déjà difficiles entre la Russie et l'UE» et d’«influencer sur les processus internes».
«Comme auparavant, nous rejetterons fermement toute ingérence inacceptable dans les processus démocratiques nationaux russes», a souligné le 16 septembre devant les journalistes Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères.
Les relations entre l’UE et la Russie se sont détériorées sur fond du conflit dans le Donbass, où l’Ukraine mène des opérations contre les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk. Le rattachement de la Crimée à la Russie en 2014 a également contribué à l'aggravation de la situation. L’Union européenne et les États-Unis dénoncent une ingérence dans les affaires intérieures de l’Ukraine et ont infligé des sanctions à l’encontre de la Russie, mesure à laquelle Moscou a également riposté en rejetant toutes les accusations.
L’affaire Navalny, opposant russe actuellement en prison suite à la violation des conditions de son contrôle judiciaire, s’est également traduite en sanctions additionnelles. De plus, en 2021, les autorités tchèques ont vu une piste russe dans les explosions dans les dépôts de munitions à Vrbetice en 2014, entraînant des expulsions mutuelles de diplomates de la part de la Russie et de la République tchèque. Suite à cette crise, plusieurs pays européens — à savoir la Slovaquie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Bulgarie et la Roumanie — ont déclaré des diplomates russes personae non gratae.

Le bâton et la carotte

Si le Parlement européen appelle l’UE à «faire preuve de plus de courage en adoptant une position ferme» vis-à-vis de la Russie, le rapport contient, semble-t-il, une stratégie du bâton et de la carotte.
«La stratégie de l’Union envers la Russie doit combiner deux objectifs majeurs: premièrement, mettre un terme à l’agression extérieure et à la répression intérieure du Kremlin et, deuxièmement, s’engager aux côtés du peuple russe et l’aider à construire un autre avenir, qui profiterait à tous les peuples du continent européen, y compris aux Russes», avance le rapport.
Ainsi, les parlementaires recommandent, sans donner plus de délais, de réduire les frais de visa pour les citoyens russes. Ils proposent également d’élargir l’accès à ses programmes d’échanges scolaires, universitaires, scientifiques et culturels.
«L’Union européenne devrait adopter une liste complète de tous les moyens disponibles pour dialoguer avec la société démocratique en Russie», concluent les députés.
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