Le mouvement antipass en plein essor? Jacques Sapir et Philippe Murer tirent les choses au clair (3/3)

Les manifestants antipass sanitaire ont une nouvelle fois rendez-vous ce samedi 28 août. Depuis la mi-juillet, ils sont en moyenne 200.000, selon l’Intérieur, à défiler en France. Pour quelle légitimité et quel avenir politique? Jacques Sapir et Philippe Murer en discutent dans cet ultime débat.
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«Un certain nombre de responsables souverainistes ont manqué de discernement dans ce mouvement», affirme Jacques Sapir. Figure intellectuelle du souverainisme, l’économiste, «sans dire que ce soit sa majorité», voit d’un mauvais œil «tout ce que charrie ce mouvement». Depuis les annonces du 12 juillet, celui-ci bat le pavé tous les samedis pour réclamer le retrait du pass sanitaire. «L’assimilation scandaleuse entre non-vaccinés et Juifs» et «la mise en cause d’un possible complot mondial juif» dérange l’intellectuel qui le fait savoir sans ambages à son contradicteur. «Il y a toujours quelques personnes un peu folles dans les manifestations», répond en face Philippe Murer. Une minorité au milieu de «ces foules de 50.000 personnes qui défilent dans une ambiance extrêmement bon enfant», à écouter celui qui grimpe de tribune en tribune chaque week-end.
«Pour moi derrière, il n’y a pas de complot mondial, mais il y a un vrai problème de pulsion autoritaire des élites occidentales. Cette volonté de mettre un QR code, de tracer numériquement et de tenir le peuple contrôlé par ce passeport», défend Philippe Murer.
Les deux souverainistes glissent de désaccord en désaccord. Là où l’un s’offusque d’«une perte de liberté» et d’une «rupture d’égalité» qui justifie cette mobilisation, l’autre juge l’argument «très exagéré» et y voit davantage «une mesure prophylactique qui est nécessairement une mesure de contrainte». 
Pour Jacques Sapir, si contestation il doit y avoir, celle-ci pourrait être justifiée après la date du 15 novembre –si le pass sanitaire est prolongé alors que le seuil nécessaire de vaccinés est atteint. Les deux hommes s’accordent en tout cas sur la défiance légitime du peuple français envers ses gouvernants. Un des ressorts de ce mouvement qui pourraient lui promettre un bel avenir. «Oui, il y a une défiance légitime, mais il faut apprendre à séparer les problèmes», conclut Jacques Sapir. 
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