Le RN rencontre Bachar el-Assad: «Les sanctions sont hypocrites et asphyxient le peuple syrien»

Une délégation du Rassemblement national était à Damas pour s’entretenir avec Bachar el-Assad. Au cours de l’entretien, le Président syrien a exposé les principaux défis et enjeux auxquels est confronté son pays. Entre zones djihadistes et sanctions économiques américaines, la Syrie n’est pas près de se relever. Analyse.
Sputnik
Malgré la fermeture de l’ambassade française à Damas en mars 2012, des élus français se rendent encore parfois dans la capitale syrienne. C’est notamment le cas d’une délégation du Rassemblement national (RN). Des membres du parti de la droite nationale sont en effet sur place depuis le 21 août pour rencontrer Bachar el-Assad et rendre compte de la situation au Parlement européen. Emmenée par l’eurodéputé Thierry Mariani, le conseiller régional Hervé Juvin et l’ancien insoumis Andréa Kotarac, la commission a également fait le déplacement au Liban pour s’entretenir avec des officiels libanais, dont Michel Aoun.
Le RN n’en est pas à son premier voyage dans la région. Plusieurs élus du parti avaient déjà rencontré le Président syrien à l’été 2019.
«La France a commis une grave erreur. Si on avait écouté le Parti socialiste, on aurait eu un califat à la place du gouvernement syrien», déplore Andréa Kotarac au micro de Sputnik.
C’eût été le triste résultat des «leçons de démocratie ou de droits de l’homme », poursuit-il. Thierry Mariani renchérit: «Six pays européens ont déjà rouvert leurs ambassades [Grèce, Chypre, Bulgarie, Roumanie, Hongrie et République tchèque, ndlr]. Mais je crains que la France ne soit la dernière à le faire. Elle était le pays qui avait le plus de liens avec la Syrie. Elle va finir par y être le pays le plus détesté.»
En effet, Paris n’aurait pas dit son dernier mot sur le dossier syrien. Le 19 juillet dernier, Emmanuel Macron a reçu à l’Élysée une délégation kurde du nord-est de la Syrie, région qui échappe encore à l’autorité de Bachar el-Assad. La France n’ayant plus de relations avec Damas, cette rencontre en catimini prouverait ainsi que Macron jouerait la carte kurde pour revenir dans le jeu.
D’ailleurs, les rencontres franco-kurdes se sont multipliées ces dernières semaines. Au mois de mai dernier, une délégation de la Fondation Danielle-Mitterrand et de la mairie de Paris s’était rendue dans la ville kurde de Qamichli. Ce qui n’avait pas manqué de contrarier les autorités syriennes.

Le jeu trouble d’Erdogan avec les mercenaires syriens

Et pour cause, Damas entend recouvrer la souveraineté sur l’ensemble de son territoire. Or plusieurs régions sont encore sous le contrôle de djihadistes et d’anciens rebelles. Depuis juillet dernier, les troupes syriennes de Bachar el-Assad, aidées par les milices iraniennes, ont lancé une offensive sur la ville de Deraa, première région à s’être soulevée en 2011. La ville avait pourtant été libérée en 2018. Mais les insurgés se sont reformés et disposent d’un important arsenal militaire. «La situation est d’autant plus compliquée que la ville se situe à la frontière jordanienne, avec le trafic d’armes ou de combattants» soulignait un militaire syrien, interviewé récemment par Sputnik.
De ce fait, l’armée syrienne ne lésine pas sur les moyens. La 4e division blindée a été retirée de l’axe de Palmyre et d’Al-Sukhnah pour venir en renfort. Cette puissance de feu mobilisée pour récupérer entièrement cette zone prouverait bien que les insurgés disposeraient toujours d’une forte capacité de nuisance. La guerre en Syrie serait donc loin d’être terminée.
«La Syrie est un État souverain. Elle veut retrouver la totalité du territoire. Mais il reste des zones de conflits. La reconquête du pays n’est pas encore achevée. Il reste la province d’Idlib qui est le plus grand dépotoir de combattants terroristes étrangers au monde selon un rapport de l’ONU de juillet 2019», précise Andréa Kotarac.
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Depuis avril 2019, l’armée de Bachar el-Assad et l’aviation russe tentent de reprendre ce bastion djihadiste. Mais les groupes armés présents dans cette zone, dont Hayat Tahrir Al-Cham, bénéficient du soutien de la Turquie voisine. Dans un jeu trouble, le Président turc profiterait de la crise pour enrôler des Syriens à la frontière. Ces mercenaires participeraient pour le compte d’Ankara à des actions dans le nord de la Syrie pour un salaire de 2.000 dollars. «C’est un réservoir à combattants que la Turquie peut utiliser au gré des conflits», souligne l’eurodéputé Thierry Mariani. Mais l’influence turque est également économique. En juin 2020 les autorités du nord-ouest de la Syrie ont commencé à remplacer la livre syrienne, en chute libre, par la monnaie turque dans les transactions courantes afin de protéger la province d'Idlib de l'effondrement économique. Cette décision avait été prise peu de temps avant l’entrée en vigueur des nouvelles sanctions américaines.

900 soldats américains présents à l’est de la Syrie

Baptisées loi César, ces mesures coercitives empêchent le pays de commercer avec l’extérieur, le privant littéralement d’importations. 411 personnalités syriennes et 111 entreprises, banques et organes étatiques sont dans le viseur de Washington. De ce fait, c’est tous les pans de la société qui en pâtissent. La classe moyenne se raréfie et la pauvreté touche environ 90% de la population. «Les sanctions sont hypocrites et asphyxient le peuple syrien, elles isolent le pays économiquement», déplore le membre du Rassemblement national. Avant la guerre, le salaire mensuel moyen des fonctionnaires syriens était de 20.000 livres syriennes, soit environ 400 dollars à l’époque. Malgré les récentes augmentations du gouvernement, le pouvoir d’achat des salariés a fondu à cause de l'inflation et de la dépréciation de la monnaie. Aujourd’hui, un employé de l’État touche 55.000 livres syriennes, mais cela ne représente plus qu’une quinzaine de dollars!
«Tout ce qui touche au sanitaire est exclu des sanctions. Sauf que, pour commander du matériel, il faut l’aval des banques. Dès qu’elles voient le nom du pays, à savoir la Syrie, elles ne vont pas plus loin, de peur de faire l’objet de sanctions américaines. On se souvient de l’affaire de la BNP avec l’Iran. Il y a toujours le système D, mais ça ne suffit pas face aux nombreuses pénuries», rapporte Thierry Mariani.
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La Syrie subit de plein fouet une disette de carburant. Elle ne peut compter que sur l’approvisionnement iranien, lui aussi impacté par les sanctions américaines. Pourtant, Damas dispose d’un sous-sol riche en hydrocarbures, mais Washington refuse catégoriquement que l’État syrien mette la main dessus. «C’est une occupation illégale du pays sans mandat de l’ONU, c’est un pillage du pétrole et du blé, c’est un procédé de voyous», martèle Thierry Mariani, président du dialogue franco-russe. L’Administration Biden maintient 900 soldats à l’est de l’Euphrate. Officiellement, cette présence vise à soutenir les forces kurdes. Officieusement, c’est pour empêcher la Syrie de jouir de son pétrole et pour contrarier les plans iraniens dans la région. La compagnie américaine Delta Crescent Energy LLC exploite en effet l’or noir à l’est de l’Euphrate.
Toutes ces difficultés ne sont pas de bon augure pour la reconstruction du pays.
«Lors de notre entrevue, le Président Assad nous a dit que l’objectif était l’eau et l’électricité. On n’est pas encore dans la reconstruction. Avant de reconstruire des maisons, il faut reconstruire des réseaux électriques et des réseaux d’approvisionnement en eau. Il faut que les sanctions cessent, c’est un procédé inhumain», résume Thierry Mariani
Surtout que la reconstruction a un prix. Selon l’ONG World Vision, la facture serait estimée à plus de 1.000 milliards de dollars. Même si la Chine pointe le bout de son nez, la Syrie n’est pas au bout de ses peines.
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