Manoa, la machine anti-Covid? «On ne peut pas vivre éternellement avec des masques!»

Le Manoa, cet outil qui désinfecte les mains par rayonnement UV, a été équipé d’un système de contrôle des pass sanitaires. Une option qui a valu à la PME Doovision qui le développe de recevoir des menaces. Retour sur une success story qui ne fait pas que des émules.
Sputnik
«Le pass sanitaire est venu vers nous parce qu’on nous l’a demandé», se défend Roland Danino. Depuis la parution d’un papier dans Le Parisien, le Manoa, l’outil que la start-up Doovision Santé a développé, vaut à ce PDG et à ses employés d’être la cible d’insultes et de menaces.
Initialement destinée à désinfecter en quelques secondes les mains, les objets et l’air ambiant, et à prendre la température, cette machine a ensuite été dotée par son créateur d’une petite caméra pouvant permettre de vérifier la validité des pass sanitaires. À la présentation du QR code imprimé sur le controversé sésame, l’écran affiche une coche verte ou une croix rouge. Et c’est cette dernière fonctionnalité qui a soulevé l’ire de ses détracteurs.
«Bande de fils… j’hésite même à passer dans vos locaux casser des bouches, j’habite pas loin», conclut un commentaire sur Google. «En 40, vous auriez construit des miradors?», interpelle un autre internaute. «Je n’aurais pas du tout construit ça, je suis de religion juive…», s’offusque Roland Danino. Le portrait dépeint plus récemment par d’autres médias d’une entreprise qui «prospère» sur le «créneau lucratif» de la généralisation du pass sanitaire, n’a semble-t-il pas amélioré les choses.

«On n’a pas fait cette machine pour ça»

«Manoa, cela va beaucoup plus loin que le pass sanitaire!», s’agace le patron de Doovision. Contacté par la rédaction, il est catégorique: contrôler les individus? «On n’a pas fait cette machine pour ça», martèle-t-il. Ses appareils répondent avant tout à une demande, explique-t-il, en plus de permettre aux gens de retrouver un semblant de normalité dans leur vie.
«On n’est pas des politiques, on fait notre boulot, on essaie de développer des choses pour avancer […]. On travaille sur des produits conçus pour assainir l’air et permettre aux gens de revenir au travail», affirme notamment ce chef d’entreprise spécialisée dans la fabrication de cabines de télémédecine.
La conception du Manoa UV-C. a débuté à partir de mars 2020. Doovision a développé la miniaturisation du processus de stérilisation au moyen de rayonnements ultraviolets (UV-C). La commercialisation du Manoa a débuté à l’automne. À l’époque, seuls les irréductibles Corses exigeaient la mise en place d’un passeport sanitaire pour accéder à leur île.
«À l’origine, le Manoa était en place dans des écoles. Là, je vais équiper la ville d’Émerainville. Au moment de décrocher ce marché, il n’y avait pas de pass sanitaire», insiste Roland Danino. «Ce n’est pas parce qu’il y a le pass sanitaire qu’on vend plus de machines. On en vend plus parce qu’elle est efficace pour désinfecter les mains, les objets et prendre la température, voilà à quoi sert cette machine!», recadre-t-il.
«Les mains, les objets: il faudra toujours les désinfecter. On va vivre dans un monde de désinfection car on ne peut pas vivre éternellement avec des masques ou des gants!», ajoute Roland Danino, qui se projette dans l’après-crise sanitaire. En effet, les UV-C sont efficaces contre tous types de germes, pas seulement contre le virus du SARS-CoV-2.
Présentation à Nice du Manoa UV-C à Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement. Août 2020. (Photo Doovision)
En plus de ces clients institutionnels, parmi lesquels l’Assemblée nationale, le cœur de plusieurs restaurateurs et hôteliers a chaviré pour Manoa. «Au début, ils [ses prospects, ndlr.] demandaient qu’on relève la carte d’identité et que l’on fasse matcher les deux [avec le pass sanitaire présenté à la machine, ndlr.]», relate le chef d’entreprise. «Cela a été retiré tout de suite», tranche-t-il, insistant sur le fait que son appareil «ne recueille aucune information».
La machine ne peut en effet pas se substituer à la police et confronter les éventuels fraudeurs qui afficheraient un pass qui n’est pas le leur. Roland Danino dit entendre que des Français puissent aujourd’hui se sentir «fliqués» via l’obligation de présenter un papier qui, en plus d’un QR code, arbore une multitude d’informations personnelles (nom, date de naissance). Néanmoins, il ne comprend pas la volonté de certains d’aller au conflit en voulant à tout prix se rendre dans des lieux dont l’accès est à présent conditionné par la détention d’un pass sanitaire.
«Je le dis en libre conscience, les gens doivent se prendre en charge […]. Ce n’est pas parce que vous allez mettre une personne devant un centre commercial ou un restaurant à faire la police que cela va changer les choses. Les gens doivent prendre conscience que s’ils ne sont pas "validés", on ne rentre pas dans un endroit, c’est tout. C’est pour éviter de contaminer certaines personnes si on est soi-même contaminant», plaide Roland Danino.
À terme, l’entrepreneur espère voir ses Manoa continuer à être utilisées, tout comme ses nouveaux gadgets. Dans ses cartons, notamment, le ReSPR Self: un générateur miniature d’ions négatifs, basé sur la technologie employée par la NASA pour purifier l’air de la station internationale. Porté autour du cou, le nuage d’anions dont il englobe le visage de son porteur agit comme un voile protecteur en neutralisant virus et bactéries susceptibles de l’atteindre. En phase d’homologation, si son efficacité est avérée, un tel appareil pourrait permettre de ne plus porter de masque dans les lieux clos. «Notre travail, il est là, c’est d’essayer de redonner de la vie aux gens.»
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