«Nous sommes totalement dépassés!»: L'Algérie face au variant Delta et au manque d'oxygène

L’Algérie subit une importante vague de Covid-19 qui a submergé les établissements de santé. La situation est telle qu’il est très difficile de trouver de l’oxygène médicinal pour prendre en charge des milliers de patients en difficulté à cause de la propagation du variant Delta.
Sputnik

En Algérie, les réseaux sociaux se sont transformés en plateformes d’appels de détresse. Bouteilles, concentrateurs, citernes d'hôpitaux: les alertes concernent toutes l’oxygène. Cette molécule est devenue le bien le plus précieux du pays pour aider les malades en détresse respiratoire contaminés au variant Delta du coronavirus.

 

Il faut dire que le taux de contamination au Covid-19 a explosé en l’espace d’un mois. Officiellement, le pays est passé de 449 cas le 1er juillet à 1.537 cas le 29 juillet. Mais la situation est telle que de nombreux médecins remettent en cause la véracité des statistiques du ministère de la Santé. La réalité est que les hôpitaux sont totalement dépassés par l’afflux de patients. Le manque de places auquel s’ajoute la crise d’oxygène ont poussé de nombreuses familles à s’occuper de leurs proches à domicile. D’où les tensions sur les bouteilles et les concentrateurs d’oxygène.

«Un appel toutes les 30 secondes»

Cette crise, Kader Fares Affak, président de «Solidarité populaire, le cœur sur la main», la vit au quotidien. Il explique à Sputnik que son association a du mal à trouver des concentrateurs pour les mettre à disposition des malades. «Depuis le début de la pandémie, nous avons distribué 190 machines, mais depuis quelques semaines elles ne sont plus disponibles sur le marché».

«Actuellement, avec cette nouvelle vague, la demande nationale dépasse largement le nombre d’appareils disponibles dans le pays. Nous sommes totalement dépassés. Je reçois un appel chaque 30 secondes pour un concentrateur d’oxygène. En fait, ces appels de détresse sont le résultat d’une solidarité à l’algérienne. Nous sommes souvent contactés par des dizaines de personnes qui, en fait, interviennent pour un seul malade. Les frères, les sœurs, la belle-fille, les voisins, les amis… tous appellent pour avoir une machine. Mais le besoin est réel, il est peut-être amplifié, mais il est réel», indique Kader Fares Affak.

Cette tension a provoqué une hausse des prix des concentrateurs. Selon le président de «Solidarité populaire, le cœur sur la main», son coût est passé de 130.000 dinars (800 euros) à plus de 300.000 dinars (1.800 euros) en l’espace de quelques semaines.

«Le manque de concentrateurs est dû à plusieurs facteurs. Il y a d’abord eu l’achat massif opéré par des commerçants tunisiens. Une bonne partie des concentrateurs destinés au marché algérien se sont retrouvés en Tunisie qui fait face, elle aussi, à un manque d’oxygène dû à la vague du variant Delta. Par ailleurs, nous avons remarqué que de nombreuses personnes agissent à titre préventif en gardant chez elles des concentrateurs, privant ainsi des malades qui en ont besoin en urgence», assure-t-il.

Solidarité

Pour faire face à la situation, des collectifs d’Algériens à l’étranger se sont formés dans le but d’envoyer des machines en Algérie. Suite à des appels d’associations algériennes, le ministère de l’Industrie pharmaceutique a levé à titre exceptionnel les procédures d’importation de ce type d’équipement.

Kader Fares Affak estime que l’arrivée en nombre de concentrateurs va faire baisser les prix. Il dénonce, par ailleurs, la décision d’avoir permis aux particuliers d’acquérir des bouteilles d’oxygène. «Une bouteille ne peut fournir que quelques heures d’oxygène, il est nécessaire de la remplir au moins quatre fois par jour. Ces bouteilles auraient dû être réservées exclusivement aux hôpitaux», regrette-t-il.

La Tunisie face au Covid: laxisme, solidarité et mouton de l’Aïd
Comment se fait-il que l’Algérie, qui dispose de plusieurs opérateurs spécialisés dans la production d’oxygène médicinal, soit confrontée à une telle crise? En fait, le problème ne se situe pas au niveau de la production, mais plutôt dans les capacités de stockage au sein des établissements de santé. Ces capacités n’ont pas été renforcées au lendemain de la première vague de Covid-19. Les réservoirs se sont rapidement vidés avec l’arrivée en masse de malades atteints du variant Delta. Les producteurs n’ont pu répondre à la demande massive des hôpitaux dans des délais acceptables pour des raisons logistiques. Kader reconnaît qu’il y a eu défaillance de l'administration qui n’a pas su faire de prévision en matière de gestion de la molécule d’oxygène.

«Ce n’est pas le moment de chercher des coupables et d’accuser les autorités. L’heure est à la solidarité et à l’action. Nous devons réagir rapidement pour sauver des vies, nous sommes en situation d’urgence», affirme Kader.
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