Pour ce médecin, «le pass sanitaire et ses conséquences» pourraient «aggraver l'épidémie»

Alors que le Conseil constitutionnel s'apprête à examiner le projet de loi prévoyant la généralisation du passsanitaire, le Directeur médical de Doctissimo, Gérald Kierzek, interrogé par Le Figaro, met en garde contre les conséquences négatives de cette mesure dont l’introduction s’accompagnera notamment d’un «relâchement des gestes barrières».
Sputnik

Dans une interview accordée au Figaro et parue le 26 juillet, le médecin urgentiste et Directeur médical de Doctissimo Gérald Kierzek estime que le pass sanitaire -dont la généralisation prochaine vient d'être adoptée par le Parlement- pourrait, contrairement aux intentions des autorités, «aggraver l'épidémie». Les tensions sociales mises à part, cette mesure, couplée à un «relâchement des gestes barrières», pourrait, selon lui, aboutir à un «redémarrage épidémique».

«Conditionner le relâchement des gestes barrières par le pass sanitaire et la vaccination est dangereux […] Supprimer le port du masque en intérieur ou relâcher les gestes simples […] va conduire inévitablement à des clusters et potentiellement à un redémarrage épidémique régulier, notamment parce que le pass n'incite pas les bonnes personnes à se faire vacciner», explique-t-il au journaliste du Figaro en rappelant que «chacun doit continuer les gestes barrières» quel que soit son statut vaccinal.

Pour rappel, à compter du 21 juillet, le port de masque n’est plus obligatoire dans les lieux soumis au pass sanitaire. Le même jour, l’utilisation du dispositif a été étendue aux lieux de loisir recevant plus de 50 personnes. Début août, après l’examen du projet de loi relatif à la gestion de la crise sanitaire par le Conseil constitutionnel, le pass sanitaire doit être élargi aux restaurants, cafés ainsi qu’aux transports assurant de longs trajets. Par conséquent, dans tous ces lieux, les gestes barrières pourront ne plus être respectés.

Vacciner les plus fragiles

M.Kierzek, auteur du livre intitulé Coronavirus, comment se protéger?, évoque par ailleurs «deux moyens insuffisamment développés» en France pour lutter contre le Covid-19: optimiser le milieu hospitalier et vacciner les personnes fragiles.

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D’apres le médecin, tandis qu’aujourd’hui ce sont les jeunes pour qui «la balance bénéfice-risque est la moins favorable» qui se font vacciner, les personnes à risque, à savoir les personnes âgées de plus de 65 ans, celle de plus de 50 ans avec comorbidités ainsi que les obèses de tous âges, ne sont toujours pas vaccinés «exhaustivement».

En effet, alors que la France vient de franchir le cap des 40 millions de primo-vaccinés, «5 millions de personnes en situation à risque» n’ont pas encore reçu leur injection, d'après les chiffres de l’assurance maladie au 22 juillet. Or, explique M.Kierzek, compte tenu de l'expérience de précédentes vagues épidémiques, ce sont précisément les patients vulnérables «qu'il faut protéger» pour éviter un nouvel afflux de malades vers les hôpitaux et l'éventuel engorgement des services de réanimation.

Hôpitaux: «aucune remise en question»

Le deuxième facteur nécessaire pour que la France puisse efficacement lutter contre l'épidémie et sur lequel le médecin attire l’attention est l’état des hôpitaux en France.

«Sur le volet hospitalier, je suis effaré qu'un an et demi après le début de la crise, aucune remise en question structurelle de notre système de santé ne soit faite», affirme-t-il au quotidien.

Ainsi M.Kierzek pointe un «contexte chronique de pénurie de lits et d'engorgement des urgences» et ce, indépendamment de l'épidémie du Covid-19.

Au 26 juillet, selon les chiffres de Santé publique France, près de 6 millions de Français ont été testés positifs au Covid-19 depuis le début de la crise sanitaire. Plus de 111.000 personnes sont décédées des suites de la maladie.

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