«Nous avons perdu»: d'ex-soldats US regrettent le sang versé pour rien en Afghanistan

«Nous avons perdu la guerre, totalement», estime l'ancien membre des forces spéciales américaines Jason Lilley. «Le but était de se débarrasser des taliban*, et nous ne l'avons pas fait. Les taliban* vont prendre le contrôle».
Sputnik

Ancien membre des forces spéciales américaines, Jason Lilley a combattu en Irak et en Afghanistan, là où les États-Unis ont livré leur guerre la plus longue.

Au moment de confier son sentiment sur la décision du Président Joe Biden de mettre fin au 31 août à la mission militaire américaine en Afghanistan, l'homme de 41 ans exprime son amour pour son pays, mais aussi son dégoût.

Du dégoût pour les responsables politiques américains et sa consternation face à la quantité de sang versé et d'argent dépensé. Jason Lilley dit s'être questionné sur son pays et le sens de sa vie après avoir vu des camarades tués et mutilés lors de guerres, selon lui, impossibles à remporter.

«Nous avons perdu la guerre, totalement», lance-t-il. «Le but était de se débarrasser des taliban*, et nous ne l'avons pas fait. Les taliban* vont prendre le contrôle».

Après avoir lancé le 1er mai dernier le retrait définitif des États-Unis d'Afghanistan, Joe Biden a déclaré ce mois-ci qu'il appartenait au peuple afghan de décider de son avenir et que les États-Unis ne devaient pas sacrifier une nouvelle génération dans une guerre impossible à gagner.

Décidée après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, l'intervention militaire américaine en Afghanistan a causé la mort de plus de 3.500 soldats des États-Unis et de leurs alliés, tandis que plus de 47.000 civils et au moins 66.000 soldats afghans ont péri. Plus de 2,7 millions de personnes ont fui le pays, selon les données du projet «Costs of War» de l'université Brown.

«Cela en valait-il la peine ? C'est une sacrée question», s'interroge Jason Lilley, qui a été au front en Irak et en Afghanistan pendant près de 16 ans, depuis son domicile à Garden Grove, au sud-est de Los Angeles en Californie.

En Afghanistan, poursuit-il, il pensait que ses camarades et lui étaient là pour vaincre l'ennemi, stimuler l'économie et relancer le pays dans son ensemble. Ils ont échoué, affirme-t-il. «Je ne pense pas qu'une seule vie en valait la peine, d'un côté comme de l'autre».

Cet ancien membre des forces spéciales n'est pas le seul à s'interroger sur le retrait d'Afghanistan après 20 ans de conflit. Nombre d'Américains font de même. Tous ne partagent pas cependant l'opinion de Jason Lilley, qu'il s'agisse d'anciens combattants ou de simples citoyens.

La décision de Joe Biden trouve des partisans aussi bien côté démocrate que côté républicain. D'après une enquête d'opinion réalisée par Reuters-Ipsos les 12 et 13 juillet, seuls trois démocrates sur 10 et quatre républicains sur 10 disent penser que l'armée américaine devrait rester en Afghanistan.

Vietnam, Afghanistan, même combat

Pour Jason Lilley et d'autres anciens Marines américains ayant combattu en Afghanistan, il y a des similitudes entre ce conflit et la guerre du Vietnam: les deux guerres n'avaient pas d'objectif précis, se sont prolongées sous les mandats de plusieurs Présidents et ont mis l'armée américaine aux prises avec des combattants sans uniformes.

Jordan Laird, 34 ans, qui a effectué plusieurs missions en Irak et en Afghanistan, fait désormais campagne pour que les États-Unis prennent davantage soins de leurs anciens combattants. Il fait partie du réseau de soutien de Jason Lilley.

«Vous comprenez mieux la détresse des vétérans de la guerre du Vietnam qui sont rentrés au pays amputés de membres et se sont retrouvés complètement mis de côté», souligne-t-il.

Jordan Laird raconte avoir été au front dans la province afghane de Helmand, l'une des plus violentes du pays, d'octobre 2010 à avril 2011. Au cours de ses trois premiers mois, 25 membres de son unité ont été tués au combat, détaille-t-il, tandis que plus de 200 autres ont été blessés. Son meilleur ami a succombé à ses blessures dans ses bras.

D'après Jason Lilley, les consignes n'étaient pas claires pour les soldats américains déployés en Afghanistan. Plusieurs unités dont la sienne n'étaient pas autorisées à effectuer des opérations de nuit contre les taliban*, indique-t-il en exemple, faisant part de son incompréhension.

«Les Marines ne sont pas là pour embrasser les enfants et distribuer des tracts. Nous sommes là pour éradiquer. On ne peut pas faire les deux. Nous avons essayé et nous avons échoué», raconte-t-il.

Sollicité pour un commentaire, le corps des Marines a renvoyé au Commandement central de l'armée américaine (CENTCOM), qui a répondu dans un courriel à Reuters ne pas avoir de commentaire à formuler sur les critiques de Jason Lilley.

L'ancien soldat dit avoir été déçu que les États-Unis ne semblent pas retenir les leçons du passé, citant la guerre du Vietnam lors de laquelle 58.000 soldats américains ont péri, sans parvenir à empêcher la prise de pouvoir des communistes.

*Organisation terroriste interdite en Russie

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