«Ça va être très compliqué»: l’idée de contrôler des pass sanitaires agace dans la police

La mise en place du pass sanitaire laisse sceptique les policiers, qui vont devoir multiplier les contrôles. Plusieurs syndicats ont fait part de leurs doutes quant à cette nouvelle mission.
Sputnik

Critiqué par plusieurs personnalités politiques et fustigé lors de récentes manifestations, le pass sanitaire annoncé par Macron ne fait pas non plus l’unanimité chez les forces de l’ordre. Plusieurs syndicats de police ont en effet désapprouvé son instauration, craignant que les contrôles ne soient délicats à effectuer, par manque de temps et de moyens principalement.

«Ça va être très compliqué […]. Si on veut mener à bien toutes ces missions, on n'aura pas la ressource nécessaire parce que ce sont des missions chronophages. Nous policiers, actuellement, travaillons à flux tendu», a ainsi déclaré sur BFM TV Rocco Contento, secrétaire départemental d'Unité SGP Police à Paris.

Le responsable a par ailleurs souligné que ce type de contrôle ne serait pas de nature à améliorer la relation «police-population». Une relation qui s’est tendue depuis l’épisode des Gilets jaunes et qui gagnerait sans doute à s’apaiser, à l’heure où certains craignent un nouvel embrasement social.

Même réticence du côté d’Alternative Police-CFDT, qui dénonce sur Twitter des «consignes difficilement applicables» et des situations de «conflit avec la population».

«On va contrôler demain des personnes qui n’ont potentiellement pas le pass sanitaire, qui vont avoir peut-être un rapport conflictuel avec des restaurateurs, et on va nous réquisitionner pour régler ce genre de conflits», explique ainsi sur BFM TV Denis Jacob, secrétaire général du syndicat.

Stanislas Gaudon, délégué général d'Alliance Police nationale, a pour sa part dénoncé sur Franceinfo des mesures ne collant pas avec le «cœur de métier» des forces de l’ordre, à l’heure où la «délinquance quotidienne» et le terrorisme font toujours des ravages.

Pas de vaccination obligatoire pour les policiers

Outre l’instauration du pass sanitaire, Emmanuel Macron a également annoncé l’obligation vaccinale pour les personnels soignants. Une obligation qui ne s’appliquera cependant pas aux policiers et gendarmes, pourtant déclarés cibles prioritaires pour les injections en mai dernier. Un paradoxe que n’a d’ailleurs pas manqué de souligner Denis Jacob sur BFM TV.

«Il y a des professions à qui on impose la vaccination et qui s’y oppose. Mais pour nous policiers, qui sommes demandeurs de vaccination, on ne nous l’applique pas», a ainsi ironisé le syndicaliste sur la chaîne d’information.

Un paradoxe également pointé du doigt par Jean-Luc Mélenchon, qui a raillé les «contradictions» et les «aberrations» du gouvernement, soulignant que des policiers non vaccinés seront amenés à contrôler des pass sanitaires obligatoires.

Sur Europe 1, Gabriel Attal a eu du mal à justifier ces contradictions, alors que les restaurateurs et leurs employés seront également astreints à la vaccination avant le 30 août, contrairement aux policiers. «Ce n’est pas la même situation», a tenté d’argumenter le porte-parole du gouvernement, précisant que seuls les personnels «qui travaillent dans des lieux où le pass sanitaire est exigé pour les usagers» seraient concernés par l’obligation vaccinale.

L’avant-projet de loi comprenant le pass sanitaire doit désormais recevoir l’aval du Conseil d'État. Des doutes subsistent néanmoins sur la constitutionnalité des mesures annoncées par Emmanuel Macron.

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