Un chauffeur du cabinet de Florence Parly mis en examen pour trafic d’armes

L’un des mis en examen dans l’affaire d’un vaste réseau de trafic d’armes en France était chauffeur militaire au cabinet de Florence Parly et la conduisait souvent. Selon les révélations de Mediapart, il ne s’agit que de l’une de plusieurs failles de sécurité.
Sputnik

Mediapart a relayé de nouveaux détails concernant l’affaire du vaste trafic d’armes démantelé en France au mois de janvier, affaire dans laquelle sont entre autres impliqués deux militaires.

S’il était connu que l’un de ces trafiquants présumés travaillait au ministère des Armées, c’est l’enquête du journal qui révèle qu’il côtoyait de manière quotidienne les hautes autorités car étant chauffeur au cabinet de Florence Parly.

L’enquête a également permis de faire surgir d’autres problèmes, comme des heures supplémentaires non payées auxquelles ont été confrontés les conducteurs affectés auprès du cabinet de la ministre des Armées.

Un trafiquant d’armes conduit Florence Parly

C’est en juillet 2020, six mois avant l’éclatement de l’affaire de trafic d’armes, que le caporal-chef S. avait reçu le poste de conducteur au service logistique du cabinet de Mme Parly. Le futur mis en examen escortait donc la ministre sur certains de ses déplacements, selon un de ses anciens collègues, précise le site d’information.

Interpellé en janvier 2021, il a été mis en examen des chefs «d’acquisition, détention, cession et transport en réunion d’armes de catégories 1 et 3» et d’«association de malfaiteurs», a précisé à Mediapart une source judiciaire.

Ne souhaitant pas commenter l’affaire, le ministère a tenu à préciser auprès du média que, «s’agissant d’une procédure judiciaire en cours», il «coopér[ait] pleinement avec la justice sur ce dossier». 

Et d’ajouter qu’à l’issue d’une enquête visant à livrer l’habilitation secret-défense, l’homme en question l’avait obtenue.

Au sein du ministère a été également assuré que «le caporal-chef en question s’est vu retirer immédiatement ses droits d’accès et ses habilitations» «dès que le ministère des Armées a été informé par les services de police de l’enquête» pour trafic d’armes. Or, poursuit Mediapart, comment une enquête d’habilitation a pu passer à côté des éléments qui, quelques mois plus tard, lui vaudront une mise en examen?

Refusé d’habilitation secret-défense

Un second problème de sécurité au sein du ministère des Armées a été mis en lumière par Mediapart. Selon ses informations, l’habilitation secret-défense n’a pas pu être délivrée à un autre militaire, lequel a été nommé conducteur au même cabinet à la même période que le caporal-chef S.

Selon ses anciens collègues, il avait déjà commencé à travailler. 

Le site d’information a donc demandé au ministère de commenter s’il était habituel que les chauffeurs soient autorisés à conduire les hauts fonctionnaires sans disposer de leur habilitation. Le ministère n’a rien répondu. 

Muni d’un permis probatoire

Au sein du cabinet se trouvait également un militaire que le ministère envisageait d’affecter comme chauffeur à l’été 2020. Celui-ci ne disposait que d’un permis probatoire. 

«Cela ne signifie pas que l’intéressé ne savait pas conduire. Il avait obtenu son brevet de conduite militaire (BCM), dont les épreuves sont semblables à celles du permis civil, et l’avait fait valider dans le civil. Comme n’importe quel jeune conducteur, il avait donc un permis probatoire de six points (au lieu de 12) pendant deux ans», a précisé auprès de Mediapart le ministère.

D’après un ancien chauffeur du cabinet, «ça aurait fait un peu désordre, le “A” rouge collé à l’arrière des véhicules du cabinet».

Selon un mail obtenu par Mediapart, la hiérarchie de ce jeune intéressé a finalement décidé de le «rendre» à son ancien service.

Toute une série de problèmes

Ces problèmes se sont accumulés suite à une restructuration effectuée en 2019, souvent de manière «chaotique», précise Mediapart. Les trois hommes évoqués ci-dessus ont été recrutés comme chauffeurs militaires à la place de civils. Leur nombre total s’élevant à six, une moitié du corps présentait des problèmes.

Après avoir consulté les relevés horaires des chauffeurs de la ministre, Mediapart a également pu constater des heures supplémentaires non payées à cause de changements de poste. Selon l’avocate de l’un deux, «monsieur X. est allé jusqu’à réaliser plus de 1.000 heures supplémentaires par an», le total des indemnisations non payées s’élevant à 35.856 euros entre 2017 et 2020.

Sollicité par Mediapart, le ministère admet pour sa part des «horaires contraignants et atypiques» tout en assurant que «l’organisation particulière du travail [des conducteurs] fait l’objet de plusieurs compensations», comme des semaines de repos.

Discuter