Deux suppositoires par jour: l’Institut Pasteur de Lille teste un médicament contre le Covid

Avec l’aval des autorités sanitaires, l’Institut Pasteur de Lille vient d’entamer des essais cliniques d’une molécule «particulièrement puissante» contre le Covid-19. Bien que la forme de ce médicament, en suppositoires, soit un peu «désuète», elle permet une absorption rapide dès les premières manifestations de la maladie.
Sputnik

L’antibiotique clofoctol sera-t-il LE remède contre le coronavirus? Ce médicament contre les infections bactériennes respiratoires, rhinopharyngites notamment, s’avère «particulièrement puissant» pour inhiber la réplication du coronavirus, révélait récemment l’Institut Pasteur de Lille. L’établissement a reçu le feu vert de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour mener des essais cliniques sur l’efficacité de cette molécule auprès plus de 600 patients.

Traitement de cinq jours

«Les patients ont plus de 50 ans, ont des symptômes récents et sont positifs au Covid-19», explique sur Europe 1 Benoît Déprez, directeur scientifique de l’Institut Pasteur de Lille.

La molécule a montré une «très forte activité contre le virus in vitro», ajoute-t-il. Le traitement s’étale sur cinq jours, à raison de deux suppositoires par jour.

La moitié des volontaires recevront le médicament, l'autre un placebo. Il faudra ensuite observer combien de malades seront hospitalisés dans chacun des deux groupes. Les premiers résultats seront connus vers mi-septembre, précise le chercheur.

Pour être efficace, le clofoctol devra être prescrit le plus tôt possible, idéalement dès le premier contact avec une personne malade.

Une molécule bien connue

En France, cet antibiotique pour traiter les infections bactériennes des voies respiratoires, de la bouche ou de la sphère ORL est commercialisé depuis 1996 sous le nom d’Octofène mais son intérêt médical a été jugé limité et il a été retiré du marché en 2005. Cependant, il est toujours vendu en Italie.

L’institut tentait de trouver une molécule efficace contre le coronavirus depuis avril 2020. Selon Xavier Nassif, directeur général de l'Institut Pasteur de Lille, une équipe de chercheurs a testé plusieurs molécules des 1.800 conservées dans la «chimiothèque» de l’institut, souligne-t-il dans une interview à Médiacités en 2020.

Au total, l'essai clinique sur le clofoctol coûtera six millions d’euros, dont cinq millions ont été alloués par la société LVMH.

Le format

Le clofoctol sera administré sous forme de suppositoires, dont les chercheurs avancent la rapidité d’action comme argument principal.

«Cette forme qui peut paraître un peu ancienne, un peu désuète, a beaucoup d’intérêt: c’est qu’elle est très rapidement absorbée», explique Benoît Déprez sur BFM Lille.

​Si ce traitement s’avère efficace contre le coronavirus et reçoit l’autorisation de mise sur le marché, il pourrait être utile dans des pays où le vaccin est moins accessible, notait récemment M.Déprez, cité par La Voix du Nord.

D’autres médicaments «reconvertis»

D'autres études sont en cours sur d'autres molécules connues depuis longtemps des médecins et susceptibles d'être efficaces contre le coronavirus. C’est le cas de la dapsone, un antibiotique de la famille des sulfones, qui pourrait réduire ou prévenir le développement d’une inflammation pulmonaire sévère liée au Covid-19. Les recherches sont menées au Canada par l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill.

Cette molécule est connue depuis longtemps et utilisée pour traiter la lèpre et la dermatite herpétiforme. Le médicament se prend par voie orale. Il est dans la 3e phase des essais cliniques.

En 2020, c’est le professeur marseillais Didier Raoult qui a fait sensation en affirmant que l’hydroxychloroquine (utilisé pour traiter le paludisme) associée avec l’azithromycine était efficace contre le coronavirus. Bien que ce protocole n’ait pas fait l’unanimité dans la communauté scientifique, le professeur campe sur ses positions.

Discuter