«Décision franchement politisée»: la Lettonie ferme une chaîne TV en langue russe

Suite à la décision de la Lettonie de fermer la seule chaîne de télévision en langue russe dans le pays, le ministère russe des Affaires étrangères rappelle qu’environ 40% de la population du pays préfèrent communiquer en russe.
Sputnik

Moscou perçoit les projets de fermeture de la chaîne en langue russe LTV7 en Lettonie comme une nouvelle agression linguistique des autorités contre leur propre population et appelle les organisations internationales à réagir, indique dans un commentaire la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova.

«Rappelons qu'il s'agit de l’unique chaîne qui diffuse depuis une trentaine d’années en russe sur l'ensemble du territoire letton. Selon la version officielle, la décision du régulateur des médias est dictée par le manque de financement. Or les dirigeants du pays ont plus d’une fois fait connaître leur position sur la priorité à l’anglais», note-t-elle.

Selon Maria Zakharova, de telles déclarations sont contraires aux principes fondamentaux de la démocratie et de la société civile, ainsi qu’aux engagements de la Lettonie sur une série de documents internationaux soulignant la nécessité de garantir le principe du multilinguisme et du pluralisme des médias, de protéger la liberté d'expression et de respecter les droits des groupes ethniques habitant dans le pays.

«Il importe de rappeler que quelque 40% de la population de Lettonie préfèrent avoir des informations et communiquer en russe.»

Maria Zakharova a exhorté les organisations internationales appropriées et les défenseurs des droits de l'homme à réagir à la politique de la Lettonie dans le domaine des médias, soulignant l'inadmissibilité pour un pays de violer les droits de ses propres citoyens.

«Par cette décision franchement politisée, les autorités du pays renoncent à leurs précédentes assurances selon lesquelles l'interdiction de diffusion dans le pays d’émissions de RTR-Planeta et de RT ne viendrait pas impacter la présence du russe dans son espace médiatique ni sur l'accès des russophones du pays à l'information dans leur langue», fait-elle remarquer.

Ce fait confirme une nouvelle fois le caractère engagé de telles mesures et l'intention évidente des dirigeants du pays d'évincer le russe de tous les domaines de la vie publique de Lettonie, ajoute-t-elle pour conclure.

Décision prise dès 2020

La Latvijas Televīzija (LTV) a cessé de diffuser sur les chaînes hertziennes pour passer à Internet. Le Conseil national des médias électroniques de Lettonie avait précédemment interdit la diffusion dans le pays de 16 chaînes de télévision russes. En outre, il a décidé d'interdire, à partir du 15 février et ce pour un an, la diffusion de la chaîne Rossia-RTR dans le pays. La procédure pour limiter l’activité de cette chaîne de télévision, qui est enregistrée en Suède, a été entamée dès juillet dernier.

La LTV a cessé d’émettre en russe le 18 juin pour se replier entièrement sur Internet, a annoncé vendredi la rédactrice en chef de la diffusion russe, Jekaterina Safronova, ajoutant que les journaux télévisés seraient quand même maintenus jusqu’à l’automne. Elle a noté cependant que les émissions ne disparaîtraient pas et qu’elles seraient désormais concentrées toutes au même endroit sur le Web.

C’est le Conseil des médias électroniques de la Lettonie qui a pris la décision de fermer la diffusion en russe et de la reporter sur le site Rus.lsm.lv.

Le président du Conseil, Ivars Abolins, avait annoncé dès mai 2020 que les nouvelles en russe sur la chaîne LTV7 cesseraient de paraître en 2021 à la Latvijas Televīzija et déménageraient sur une plateforme spéciale d’Internet.

Harcèlement

Ce n'est pas la première fois que des médias sont victimes de harcèlement dans les pays baltes.
Des accusations de violation des sanctions de l'UE ont été formulées à la fin de l’année dernière à des journalistes lettons russophones, qui travaillaient notamment pour Sputnik Lettonie.

Fin 2019, des employés de Sputnik Estonie avaient reçu de la part du département de la police des menaces directes d’engager des poursuites pénales contre eux s'ils continuaient de collaborer avec l'organisation mère. Tallinn a justifié ces mesures en arguant des sanctions introduites par l'Union européenne en mars 2014 contre des personnes physiques et morales dans le contexte de la situation en Ukraine.

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