Le Dr Delfraissy confirme une «pression politique» autour de la chloroquine en mars 2020, mais nie celle de l’exécutif

Revenant sur son e-mail envoyé à Anthony Fauci en mars 2020, Jean-François Delfraissy a confirmé ne pas avoir subi de pression de la part de l’exécutif à l’époque au sujet de l’hydroxychloroquine, traitement contre Covid-19. Le médicament s’était retrouvé au cœur d’un débat politique dont l’ampleur a atteint l’Élysée.
Sputnik

Suite à la publication d’un courriel adressé en mars 2020 par Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, au docteur Anthony Fauci, immunologiste américain et conseiller de la Maison-Blanche, au sujet des débats sur l’efficacité de la chloroquine contre le Covid-19, le médecin français affirme n’avoir subi aucune pression de la part de l’exécutif.

Interrogé à ce sujet sur RTL, le Dr Delfraissy est revenu sur les principaux points de son message. «Je dis qu'il y a ce buzz autour de l'hydroxychloroquine, que je ne sais pas, qu'il y a peut-être un signal et qu'on va rentrer dans un essai randomisé» de la chloroquine.

Puis il confirme et explique ses propos sur la «pression politique» à laquelle il «résistait»:

«Qui faisait la pression politique au mois de mars? Il y avait une pression sociétale et politique très difficile: il y avait des politiques médecins, des politiques du Sud, du Nord, de droite, de gauche... qui disaient "comment se fait-il qu'on ne donne pas l'hydroxychloroquine à tout le monde?". C'est tout».

À la question de savoir si cette pression était montée «jusqu’au gouvernement», il répond: «Je n’ai pas de commentaires à faire là-dessus», avant d’assurer n’avoir eu «aucune pression du gouvernement».

Les courriels révélés

Auparavant, l’entourage de Jean-François Delfraissy avait déclaré auprès de BFM TV qu’il avait «résisté à toutes sortes de pressions, y compris politiques» à l’époque, précisant que les pressions venaient «de tous bords» et qu’elles étaient censées «libéraliser l’usage de l’hydroxychloroquine». Parmi les adeptes du médicament figuraient des «intellectuels de droite comme de gauche, [des] politiques qui déclaraient avoir été sauvés ou qui relataient que des amis avaient été soignés avec ce traitement».

Cet échange entre les deux médecins américain et français datant du 25 mars 2020 fait partie des milliers de pages de correspondance d’Antony Fauci mise en ligne par Buzzfeed, CNN et le Washington Post.

Controverse sur la molécule

L’annonce faite en mars 2020 par Didier Raoult, directeur de l’IHU Méditerranée Infection à Marseille et infectiologue, au sujet de l’efficacité de la chloroquine contre le Covid-19, a suscité une vive polémique.

Début avril 2020, Emmanuel Macron a qualifié le professeur marseillais de «grand scientifique», estimant que la «bi-thérapie» proposée devait être testée. Pendant son déplacement non annoncé à l’IHU Méditerranée Infection de Marseille, le Président français a rencontré en personne le Dr Raoult et a reçu l'exclusivité de l’une de ses études sur les résultats de traitement des malades par l’hydroxychloroquine, dont l’efficacité a été estimée à 91,7%.

La molécule permet de «diminuer de 75% le risque de mort», selon l’infectiologue. Un résultat quasiment identique a été constaté dans une étude rétrospective publiée en avril dans Science Direct, selon laquelle l’administration précoce de l’hydroxychloroquine réduit de 73% le risque de décès et de 38% le risque d’hospitalisation chez les patients atteints d’une forme légère du Covid-19. Cependant, la méthode de ses expérimentations, menées sur de faibles échantillons, a été vivement critiquée par plusieurs chercheurs.

Parmi les personnalités politiques à s’être rangées du côté de Didier Raoult au début de la pandémie figure Marine Le Pen, qui avait appelé à autoriser les médecins de ville à prescrire le médicament pour des symptômes «peu graves» afin d’éviter la saturation des hôpitaux. Jean-Luc Mélenchon et Christian Estrosi avaient également pris sa défense. Deux mois plus tard, le maire de Nice dénonçait le «lynchage médiatique» auquel faisait face «le plus grand chercheur» de France.

L’OMS déconseille l'hydroxychloroquine

En octobre 2020, l’essai international Solidarity, coordonné par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a pointé un rôle peu significatif de l’hydroxychloroquine, ainsi que du remdésivir, du lopinavir et de l’interféron, dans le traitement des malades du Covid-19.

Son administration plus étendue a été refusée en octobre 2020 par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSL).

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