Après l’américain Perseverance, la Chine pose son propre robot sur Mars

La Chine talonne les États-Unis dans la course à l’exploration de Mars. Son robot téléguidé a atterri ce samedi 15 mai avec succès sur la planète rouge et va en analyser la surface.
Sputnik

La Chine a réussi samedi 15 mai à poser à la surface de Mars son robot téléguidé Zhurong, indique l'Administration spatiale chinoise (CNSA) sur son site. Un pas de plus dans l’exploration de la planète rouge, considérée comme l’une des étapes décisives de la conquête de l’espace.

​L'atterrisseur contenant ce robot, l’un des trois éléments de la sonde Tianwen 1, arrivée en février dans l'orbite de Mars, s'est posé avec succès dans la zone d'atterrissage présélectionnée sur une plaine plate dans le bassin d'impact d'Utopia, située dans l'hémisphère nord.

Il s'agit pour la Chine de son premier projet indépendant, en plus d’être ambitieux. Cette sonde vise à accomplir en une seule mission tout ce que les Américains ont réussi jusqu’à présent en plusieurs, c’est-à-dire se placer en orbite, atterrir sur la planète, puis analyser la surface à l’aide d’un robot téléguidé.

Équipé de caméras, d'un radar, de lasers et de quatre panneaux solaires pour son alimentation électrique, le robot téléguidé a pour mission d’étudier son environnement et d'analyser la composition des roches martiennes. Il doit être opérationnel pendant trois mois.

«Les instruments embarqués ne sont pas innovants, mais cette mission va permettre d'avoir de nouvelles images en haute définition de la planète et d'obtenir de nouvelles données au sol, en explorant une zone où nous ne sommes pas encore allés», explique à Franceinfo François Forget, chercheur du CNRS au Laboratoire de météorologie dynamique.

Les scientifiques espèrent que l'histoire de la planète sera mieux étudiée grâce à ces nouvelles données, tout comme les autres programmes déjà déployés sur Mars parmi lesquels figurent la mission Perseverance de la NASA ayant atterri le 18 février et la mission émiratie Hope.

«Il n'existe pas de consensus à ce sujet»

«On sait qu'il y a 3,5 milliards d'années, l'atmosphère de Mars était chaude et humide, avec des lacs et des rivières. Mais on ne comprend pas bien comment ce climat primitif a pu exister», indique François Forget.

«À partir de l'atmosphère actuelle, on essaie de remonter dans le temps pour comprendre ce qu'il y avait avant. Il n'existe pas de consensus à ce sujet et c'est tout l'objectif de ces missions», ajoute Francis Rocard, responsable des programmes d'exploration du Système solaire au Centre national d'études spatiales (CNES).

Des enjeux géopolitiques

En plus des questions scientifiques, Sylvestre Maurice, astrophysicien à l'Institut de recherche en astrophysique et planétologie (Irap), évoque une «maturité politique» face à l’arrivée des missions en même temps sur Mars.

«Les grandes puissances spatiales veulent prouver qu'elles peuvent y aller car c'est le défi le plus complexe à ce jour. On arrive à une sorte d'apogée de l'exploration martienne et tout le monde veut en être», poursuit-il.

Isabelle Sourbès-Verger, géographe et directrice de recherche au CNRS, constate des motivations diverses pour ces missions en fonction des pays.

«Avec Perseverance, les États-Unis sont dans une logique de progrès continu: cela fait presque 50 ans qu'ils mènent des missions martiennes. À terme, la perspective est celle d'un voyage habité, qui fait partie des images de conquête spatiale avec lesquelles on fait rêver les Américains depuis les années 1950», rappelle cette spécialiste des politiques spatiales.

Les ambitions de la Chine

La Chine, quant à elle, est dans «l'affirmation très forte d'une ambition nationale».

«Avec ses succès sur la Lune, elle a réalisé dans les années 2010 ce que les États-Unis et la Russie avaient fait dans les années 1970. Elle veut désormais relever le défi martien avec ses technologies propres», ajoute à Franceinfo Isabelle Sourbès-Verger.

Selon elle, cela rentre également dans un contexte de guerre commerciale entre Pékin et Washington, poussant les deux pays à «mettre en avant leurs éventuels succès sur Mars pour affirmer leur fierté nationale».

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