Des médecins dénoncent un déconfinement plus «politique que sanitaire»

Dans une tribune parue dans le JDD, une vingtaine de professionnels de santé dénoncent la stratégie de déconfinement proposée par le gouvernement, plus «politique que sanitaire». Ils demandent «la mise en place d’un nouveau protocole national, qui fixe des seuils précis, déclenchant des mesures automatiques, décidées et débattues à l’avance».
Sputnik

Alors que le gouvernement s’est engagé dans une levée progressive des restrictions sanitaires, avec notamment la réouverture le 19 mai des magasins, lieux culturels et terrasses, et tandis que le nombre de contaminations journalières par le Covid-19 en France reste autour des 20.000, 23 médecins et chercheurs contestent la décision de l’exécutif.

Dans une tribune publiée le 9 mai par le Journal du dimanche, ils dénoncent les critères du déconfinement.

«Avec 20.000 nouveaux cas par jour en moyenne et près de 5.000 patients hospitalisés en soins critiques, le troisième déconfinement annoncé par le Président de la République semble davantage guidé par des desseins politiques que par un objectif sanitaire», pointent les signataires.

Un seul scénario «optimiste»

Ils ajoutent que d'après l'Institut Pasteur, «seul un scénario optimiste permettrait d'éviter un rebond épidémique durant l'été. Ce scénario allie un rythme de vaccination de 350.000 à 500.000 injections par jour».

Et de souligner que ce scénario ne prend en compte «ni la réouverture des écoles, ni la disparition de la limite des 10 kilomètres, ni l'émergence des variants sud-africain, brésilien ou indien».

En outre, les signataires rappellent que le Conseil scientifique a qualifié le 21 avril la situation sanitaire de «préoccupante».

D’après eux, les critères du déconfinement sont trop laxistes compte tenu de la situation:

«Plutôt que de formuler un objectif à atteindre, comme le seuil des 5.000 nouveaux cas par jour, les annonces présidentielles officialisent un "frein d'urgence" ou "de reconfinement" fixé à 400 nouveaux cas pour 100.000 habitants, contre 250 auparavant, et associé à des critères aussi flous que l'"augmentation brutale du taux d'incidence" ou la "menace de saturation des services"».

«Notre pays reste sourd à l'alerte donnée par l'OMS, qui vient de mettre en garde l'Europe contre un assouplissement des restrictions», déplorent-ils.

La nécessité d’un nouveau protocole

Ainsi, les signataires de cette tribune appellent à «la mise en place d'un nouveau protocole national, qui fixe des seuils précis, déclenchant des mesures automatiques, décidées et débattues à l'avance, afin de pouvoir garantir le tester-tracer-isoler et un fonctionnement efficace du système de soins». Ce protocole doit s'accompagner d'«un isolement effectif des malades, tout comme la quarantaine imposée aux frontières».

Pour conclure, les médecins et les chercheurs mettent en avant les recommandations du Haut Conseil de la santé publique, «en particulier au sujet des écoles»:

«Les fenêtres doivent rester ouvertes pendant les cours ou enseignements et l'idéal est d'ouvrir deux fenêtres, si possible, pour favoriser la circulation de l'air». Ils appellent aussi à «ne plus être dans le déni ni dans la pensée magique ni invisibiliser la maladie et ses conséquences».

«Seule une attitude proactive alliant vaccination et protocole gradué permettra de vaincre le Covid-19», concluent-ils.

Discuter