Les boîtes de nuit resteront fermées: scandalisé, un patron veut défendre ces «soupapes de décompression salvatrices»

Alors qu’un retour à une vie presque normale est prévu pour le 30 juin, les boîtes de nuit ne seront pas de la fête: contrairement aux bars et restaurants, elles resteront fermées, et ce jusqu’à nouvel ordre. Pour Patrick Malvaës, président du Syndicat national des discothèques, ce choix démontre le mépris de l’exécutif pour cette activité.
Sputnik
«On considère vraiment que les gérants de discothèque sont des entrepreneurs de seconde zone.»

Patrick Malvaës, président du Syndicat national des discothèques et des lieux de loisirs (SNDLL), est en colère. Au micro de Sputnik, il fustige le calendrier du déconfinement présenté par Emmanuel Macron jeudi 29 avril qui confirme que les Français ne sont pas près de se déhancher à nouveau sur leurs pistes de dance.

​Et pour cause, contrairement aux bars et aux restaurants, les établissements nocturnes resteront fermés après le 30 juin, sans perspective de réouverture. Alors qu’il sera pourtant possible, sous réserve de la présentation d’un pass sanitaire, de participer à des événements de plus de 1.000 personnes en extérieur et en intérieur. Un deux poids, deux mesures qui révolte le président du SNDLL. Pour lui, c’est la démonstration que le gouvernement ne témoigne «aucun respect pour ce métier».

«Il y a des préjugés et cela en fait partie. Politiquement, les discothèques ne sont pas très importantes, ou en tout cas pas considérées assez utiles. C’est très choquant», glisse avec amertume Patrick Malvaës.

Pourtant, afin de rouvrir en toute sécurité, les syndicats de la profession ont remis début mars un rapport de 17 pages à Alain Griset, ministre délégué en charge des Petites et moyennes entreprises. Une étude qui est, pour l’heure, restée lettre morte.

Des discothèques pour préserver la paix sociale

Or, il regrette que le gouvernement oublie que les discothèques ont une fonction sociale:

«Les empereurs romains disaient qu’il fallait du pain et des jeux, sinon il n’y avait pas la paix sociale.»

«La culture, la musique, la danse, ou encore les loisirs sont des soupapes de décompression salvatrices», affirme Patrick Malvaës. Des distractions d’autant plus nécessaires, «dans une société qui est amputée actuellement de toute forme de liberté». Il craint d’ailleurs que la jeunesse ne doive trouver d’autres endroits pour s’amuser telles les «raves au bois de Boulogne ou de Vincennes», ou des fêtes illégales. À l’image de celle qui s’était déroulée au sud de Rennes, à l’occasion du Nouvel An.

Si le président du SNDLL comprend que les établissements de nuit restent fermés pour des raisons sanitaires, l’épidémie a néanmoins continué à se propager. En outre, il pointe le laxisme des pouvoirs publics: «À l’été 2020, il suffisait de ne pas être une discothèque pour se transformer en discothèque, à l’instar des bars, des restaurants, des quais, du bois de Boulogne, des clubs de plage sur la Côte d’Azur. Et on a laissé prospérer tout cela.»

​Et les gérants de boîte de nuit sont bien décidés à ne pas subir un nouvel affront durant la prochaine période estivale.

Des faillites en cascade

«S’il n’y a pas de mesures complémentaires qui interdisent la danse, la musique de danse, les DJ à tous ces endroits, nous allons vraisemblablement prendre des dispositions spectaculaires au niveau des exploitants de discothèque pour empêcher que cela se déroule», prévient le président du SNDLL.

«Cela se passera très mal, mais on ne peut pas supporter que l’on transforme des lieux non dédiés en discothèque, alors que nous qui le sommes, nous n’avons pas le droit d’ouvrir», s’insurge-t-il.

Une tension qui s’explique par une situation financière exsangue après treize mois de fermeture. Sur les 1.600 discothèques recensées en France, «25 à 30% d’entre elles ont d’ores et déjà arrêté leur activité», avance Patrick Malvaës, avec près de 150 dépôts de bilan entre mars et décembre derniers, malgré les aides apportées par l’État. Sans compter qu’en tant qu’entrepreneurs, ils ne bénéficient pas du chômage partiel donc d’aucune rémunération «pour nourrir leur famille». Alors ceux qui le peuvent encore doivent piocher dans leur trésorerie, détaille le président du SNDLL.

L’autre danger qui guette ces patrons, ce sont les défauts de paiement de leurs crédits bancaires, poursuit Patrick Malvaës. «Les liquidations judiciaires vont se multiplier. C’est dramatique.»

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