Milos Zeman: «un jeu des services secrets» pourrait être à l’origine de la crise diplomatique russo-tchèque

Le Président tchèque a reconnu qu’il n’y avait pas de preuves de l’implication d’agents secrets russes dans les explosions de Vrbetice de 2014 et a jugé possible que le scandale diplomatique actuel soit un «jeu des services secrets». Il a en outre confirmé que les munitions détruites par les explosions appartenaient à un ressortissant bulgare.
Sputnik

La situation autour des explosions de Vrbetice dont Prague rejette la responsabilité sur la Russie, pourrait être un jeu des services secrets, a déclaré ce dimanche 25 avril le Président tchèque Milos Zeman dans une allocution diffusée par les chaînes de télévision TV Prima et CNN Prima News.

«Si ce soupçon [sur l’implication de la Russie dans les explosions de Vrbetice, ndlr] ne se confirme pas, il s’agit donc d’un jeu des services de renseignement qui peut avoir des conséquences sérieuses pour la vie politique de la Tchéquie», a indiqué M.Zeman.

Il a précisé que les armes stockées à Vrbetice appartenaient à un homme d’affaires bulgare.

«Aucune preuve ou témoignage» contre Moscou

Le chef d’État a reconnu que selon le rapport qui lui avait été remis par le renseignement, rien n’atteste que des «agents de la Russie» se trouvaient à Vrbetice en 2014. Il a appelé à attendre les résultats de l’enquête avant de faire des conclusions.

«Je peux constater et je veux le souligner que le rapport du Service de sécurité et de renseignement (BIS) indique qu’il n’y a aucune preuve ou témoignage sur la présence de deux agents russes à Vrbetice. Après tout, lorsqu’on a examiné le deuxième entrepôt, avant qu’il explose, on n’y a pas trouvé d’engins explosifs», a-t-il noté.

Le Président a toutefois ajouté que cela ne signifiait pas que les soupçons concernant les agents secrets russes n’étaient pas sérieux:

«Premièrement, il faut se demander ce qu’il faisaient là-bas. Deuxièmement, le fait que le Service de sécurité et de renseignement n’a pas prouvé leur implication, ne signifie pas qu’ils n’ont pas atteint Vrbetice».

Selon lui, si les enquêteurs prouvent que la Russie est derrière les explosions de 2014, Moscou devra payer, par exemple, en voyant écarter son groupe Rosatom de l'appel d'offres pour la construction d’un nouveau bloc de la centrale nucléaire de Dukovany.

Prague mène une politique contradictoire, selon la Russie

Le ministère russe des Affaires étrangères a réagi à ces propos, indiquant que cela montrait une fois de plus le caractère contradictoire de la position de Prague.

«Ces derniers temps, pas un jour ne s’est écoulé où les représentants de l'establishment politique tchèque ne se réfutent pas. Un jour, ils affirment avoir des preuves irréfutables l'implication de la Russie […] dans les explosions de 2014. Un autre jour, comme aujourd'hui, on apprend que durant les sept dernières années de l'enquête les dirigeants du pays n'ont eu aucune raison, et encore moins des preuves, pour faire de telles déclarations», a déclaré Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, à la chaîne de télévision Rossiya 1.

Le dépôt de Vrbetice utilisé par un marchand d’armes bulgare?

Mme Zakharova a appelé les autorités tchèques à préciser quelles armes étaient stockées à Vrbetice au moment des explosions et si c’était légal.

Selon le journal New York Times, le marchand d’armes bulgare Emilian Gebrev a avoué avoir livré des armes en Ukraine lors du conflit dans l’est du pays en 2014 et a confirmé qu’il avait stocké des munitions dans les dépôts de Vrbetice.

D’après les médias allemands, il y avait notamment des mines anti-personnel parmi les munitions entreposées à Vrbetice.

«Nous avons une question à poser à Prague: qu'est-ce qui était stocké dans ces entrepôts? Une autre question: comment un citoyen d'un autre État pouvait-il gérer ce qu'il y avait dans ces entrepôts? Quel droit avait-il de contrôler tout ce qui s'y trouvait? Y a-t-il une base juridique?», a demandé Mme Zakharova.

Expulsions de diplomates russes et tchèques

Le 17 avril, le Premier ministre tchèque Andrej Babis a déclaré que Prague soupçonnait les services secrets russes d’être impliqués dans les explosions survenues au dépôt de munitions de Vrbetice, à 330 kilomètres au sud-est de Prague, en 2014. Le Kremlin a qualifié ces accusations de scandaleuses et infondées. Néanmoins, Prague a expulsé 18 diplomates russes. En réponse, la Russie a déclaré 20 employés de l’ambassade tchèque personae non gratae.

Le 22 avril la République tchèque a annoncé qu’environ 70 employés de l’ambassade russe à Prague seraient expulsés du pays avant fin mai. De son côté, Moscou a exigé que la quantité de personnel russe de l’ambassade de République tchèque à Moscou soit réduite, compte tenu de la disparité dans la catégorie des personnes embauchées sur place.

Au total, 35 diplomates et 46 membres du personnel administratif et technique quitteront l’ambassade de Russie à Prague d’ici fin mai. L’ambassade tchèque à Moscou se verra priver de 16 diplomates, quatre membres du personnel administratif et technique et 91 personnes embauchées sur place, selon le ministère russe des Affaires étrangères.

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