Les chiffres des décès du Covid-19 en France seraient en réalité supérieurs à ce qui est avancé

Des chiffres comptant les morts de la pandémie en France repérés par Le Monde, qualifiés de «plus fiables», assurent que la barre des 100.000 décès en France est passée depuis des semaines. Le comptage présenté par le gouvernement parle lui de 99.480 victimes.
Sputnik

La barre des 100.000 décès liés au Covid-19 en France a en réalité déjà été franchie depuis des semaines, selon l’Inserm (CépiDc) alors que l’agence de sécurité sanitaire Santé publique France (SPF) affiche le contraire, indique ce mercredi 14 avril Le Monde.

«Pour la période allant du 1er mars au 31 décembre 2020, il y a déjà 75.732 certificats mentionnant le Covid-19 comme cause initiale ou associée de la mort. Au 31 décembre 2020, le tableau de bord de l’épidémie de SPF faisait, lui, état de 64.632 décès, 44.852 dans les hôpitaux et 19.780 dans les Ehpad et autres établissements médico-sociaux», révèle le démographe et épidémiologiste Jean-Marie Robine, directeur de recherches émérite à l’Inserm et conseiller scientifique auprès de la direction de l’Institut national d’études démographiques (INED).

Le Monde qualifie comme étant des «plus fiables» les chiffres du CépiDc en ce qui concerne la surveillance de la mortalité et de ses causes en France, car ils sont «réalisés à partir de l’ensemble des certificats de décès remplis par les médecins».

En effet, l’écart entre les données de SPF et celles du CépiDc qui s’élevait à plus de 11.000 décès pour les dix derniers mois de 2020 couvrant les deux premières vagues de l’épidémie n’a cessé sans doute d’augmenter depuis début 2021, ajoute Le Monde.

Au total, le CépiDc a enregistré 538.972 certificats de décès exploitables depuis le 1er mars et jusqu’au 31 décembre 2020. Ce chiffre en comprend 75.732 avec la mention Covid-19, constituant donc 14% des décès.

«Plusieurs angles morts»

SPF fait son décompte quotidien des décès en se basant sur les remontées des hôpitaux, par le biais de Si-Vic (système d’information pour le suivi des victimes d’attentats et de situations sanitaires exceptionnelles) ainsi que des données des Ehpad et d’autres établissements médico-sociaux communiquées deux fois par semaine.

«Cette surveillance comporte plusieurs angles morts, explique M.Robine. D’abord, elle ne tient pas compte des morts à domicile. Ensuite, Si-Vic ne comptabilise pas les décès dans les unités de soins de longue durée [USLD, ndlr], soit 30.000 lits d’hôpitaux en France. Or, les patients des USLD sont particulièrement fragiles et sensibles aux maladies opportunistes. Les décès survenant aux urgences, dans les services de psychiatrie et de soins de suite et de réadaptation ne sont pas bien dénombrés, ce qui sous-estime beaucoup de cas nosocomiaux», ajoute M.Robine.

Une surveillance en temps réel

Quant au CépiDc de l’Inserm, ce sont les certificats électroniques de décès qui lui permettent de traquer une partie des décès en temps réel. Cependant le nombre de ces certificats reste plus faible que celui des certificats papiers soumis avec des semaines voire des mois de décalage et constituent seulement de 25% à 30% du total actuellement.

Pour Jean-Marie Robine, qui opte pour un système réactif de suivi de la mortalité depuis la canicule de 2003 qui a accéléré la mise en œuvre des certificats de décès électroniques, la situation actuelle est incompréhensible, indique Le Monde.

«Dans cette épidémie, on devrait pouvoir communiquer avec fiabilité sur les décès de la veille. La solution serait simple: rendre obligatoire pour tout médecin la certification électronique des décès dans les 48 heures», lance l’épidémiologiste.

Intervention du Président de la République

Entre-temps, comme l’indique RTL, Emmanuel Macron envisagerait de s’adresser aux Français le jour où la barre des 100.000 morts sera franchie alors que la France a recensé mardi 13 avril 345 morts en 24h pour un total de 99.480, selon Sante publique France. Un stade en réalité déjà dépassé?

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