Les féminicides en hausse au Québec: «le confinement est un terreau fertile pour la violence conjugale»

Au Québec, sept femmes en sept semaines ont été tuées par leur conjoint. Le Premier ministre François Legault a annoncé qu’il se chargeait personnellement du dossier des féminicides. Selon Sarah-Ursula Therrien, chroniqueuse psychologie, le Québec doit d’abord déconfiner sa population pour libérer les femmes prisonnières de la violence conjugale.
Sputnik

L’augmentation des crimes violents envers les femmes, autre dommage collatéral important du confinement? Au Québec, tout pointe aujourd’hui dans cette direction.

Depuis quelques semaines, des groupes de femmes tentaient d’alerter le gouvernement de centre de François Legault de cette situation. Un travail qui semble commencer à porter ses fruits puisque le Premier ministre québécois vient d’annoncer qu’il allait –geste peu courant– lui-même prendre en charge le dossier.

«Cela fait sept fois en sept semaines qu’une femme se fait assassiner dans un contexte lié à un homme violent [...]. On voit aussi une hausse marquée des signalements à la police pour violence conjugale. On ne peut pas tolérer ça. On ne peut pas tolérer que nos mères, nos sœurs, nos filles, nos collègues, nos amies vivent dans la peur», a dénoncé François Legault sur sa page Facebook.

Psychoéducatrice et chroniqueuse psychologie à la radio, membre de l’Ordre des psychoéducateurs du Québec, Sarah-Ursula Therrien estime que le problème de la violence conjugale a été négligé et sous-estimé par le gouvernement Legault.

Les autorités pressées d’agir

Depuis le début de la crise sanitaire, en mars 2020, douze femmes ont été tuées par des hommes violents dans la Belle Province. Une augmentation décrite comme significative par notre interlocutrice. «Quelque chose ne tourne pas rond actuellement», tranche Sarah-Ursula Therrien au micro de Sputnik:

«Évidemment, la violence conjugale n’est pas nouvelle, mais le confinement est un terreau fertile pour l’aggraver. Cette mesure force les deux partenaires à se côtoyer à temps plein à la maison. Les femmes victimes n’ont plus l’occasion de sortir et de voir leurs proches. Les conjoints violents se sont retrouvés dans une position de force», explique la psychoéducatrice.

Sous la pression et essuyant les critiques lui reprochant son inaction, François Legault a aussi chargé la vice-Première ministre et ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, «de mettre en œuvre des mesures concrètes pour offrir la sécurité aux Québécoises». «Elle [la vice-Première ministre Geneviève Guilbeault, ndlr] va, entre autres, s’assurer que les policiers ont tous les outils qu’il faut pour sévir contre la violence avant qu’il ne soit trop tard», a précisé le Premier ministre.

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Dans son dernier budget, le gouvernement Legault a promis d’attribuer 22,5 millions de dollars canadiens pour soutenir les maisons d’hébergement des victimes de violences conjugales. Il y a un an, le Québec avait débloqué 120 millions dans ce secteur, mais dans un récent entretien, François Legault a reconnu que certaines sommes ne «se sont pas rendues jusqu’en bas». Des partis d’opposition réclament que des fonds supplémentaires soient investis dans la lutte contre ce fléau.

«Les centres d’hébergement manquent cruellement de place»

Pour Sarah-Ursula Therrien, il est clair que les ressources sont insuffisantes pour faire face à l’ampleur de la problématique. «Il manque cruellement de place dans les centres d’hébergement», déplore la psychoéducatrice qui a travaillé par le passé avec plusieurs femmes violentées par leur conjoint.

«Je ne suis pas convaincue que le gouvernement Legault prenne encore la situation très au sérieux.»

La chroniqueuse psychologie souligne que les dommages collatéraux des mesures sanitaires ont été négligés: «Le couvre-feu a aussi empêché des femmes de pouvoir demander de l’aide après l’heure autorisée. On s’est rendu compte que ce n’était pas du tout un dispositif pensé pour les victimes de violences conjugales.»

Notre interlocutrice estime par ailleurs que le système de justice québécois est beaucoup trop clément envers les hommes violents. Une réalité qui découragerait leurs victimes à porter plainte:

«Il est très difficile à démontrer auprès du système qu’une femme a été victime de violence conjugale. Certaines souffrent en outre des représailles de leurs conjoints qu’elles ont dénoncé ou réussi à quitter, sans qu’ils en subissent les conséquences. Elles peuvent continuer à être harcelées [...]. La meilleure solution reste l’éducation et la sensibilisation dès le plus jeune âge», conclut Sarah-Ursula Therrien.
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