Une vie de confinement perpétuel? «Nous nous enfermons de plus en plus dans des bulles»

Repli sur soi, «micro-sécessions», séparatismes social et culturel, individualisme forcené: à en croire l’essayiste Vincent Cocquebert, nous sommes devenus allergiques à toute prise de risque, au point de trouver refuge dans une quête éperdue de sécurité et de confort. Et le Covid n’a rien arrangé. Analyse.
Sputnik
«Il y a quelque chose de mortifère à s’enfermer dans nos maisons et à ne plus aller vers le monde», tance le journaliste Vincent Cocquebert devant les caméras de Sputnik.

Alors que le confinement a été étendu à trois nouveaux départements, en plus des seize déjà soumis au régime de restrictions sanitaires renforcées, les Français semblent s’accommoder de ce nouveau mode de vie. Selon un sondage Ifop-Fiducial paru le 20 mars dernier, 66% de nos concitoyens approuveraient le reconfinement décrété par l’exécutif. Pis, selon un sondage Elabe dévoilé le 24 mars, ils sont six sur dix à estimer qu’Emmanuel Macron a eu tort de refuser le nouveau confinement que réclamait le Conseil scientifique en janvier.

Est-ce à dire qu’une majorité de Français s’est habituée à ployer sous le joug des impératifs sanitaires?

 «Dans le cas du confinement, au-delà du seul motif de la peur, il y avait déjà ce fantasme latent d’arrêter, de faire une pause civilisationnelle. Il y avait un consentement non dit», analyse Vincent Cocquebert.

Pour l’écrivain, si les épisodes de confinement ont accentué cette tentation du repli sur soi, le phénomène n’est pas nouveau. Loin de là. «Nous vivons une forme de “risquophobie”: on s’applique le principe de précaution au niveau individuel. L’autre nous paraît de plus en plus hostile», observe Vincent Cocquebert.

Réseaux sociaux, livraisons à domicile, jeux vidéo, «bulles de filtres» sur Internet (filtrage personnalisé des informations reçues par un internaute) et «Netflix-and-chill»: à en croire l’auteur de La Civilisation du cocon (éd. Arkhé), «tout nous pousse à une forme de rétractation» vers notre petite personne. Au niveau collectif, cette intériorisation prend la forme d’un séparatisme d’un genre nouveau, entre safe space dans les universités et réunions non mixtes dans les milieux syndicalistes. «Le corps social français est constitué de micro-sécessions», diagnostique notre interlocuteur.

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