Des images du prophète Mahomet montrées à des élèves provoquent une polémique au Royaume-Uni

Quelques mois après l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty en France pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves, une polémique similaire semble prendre de l’ampleur outre-Manche.
Sputnik

Un enseignant suspendu, des manifestations devant l’établissement, des excuses du corps professoral: à l’école primaire britannique Batley Grammar School, le déroulé des faits pourrait rappeler l’engrenage des événements ayant conduit à la tragédie de Conflans-Sainte-Honorine en octobre 2020.

Jeudi 25 mars, la direction de l’école primaire publique Batley Grammar School, dans le centre du Royaume-Uni, a suspendu un enseignant suite à des protestations de parents et de musulmans pour avoir montré à leurs enfants une image du prophète Mahomet pendant un cours.

L’enseignant a été suspendu le temps d’une enquête indépendante en cours, a fait savoir l’école. Actuellement, l’établissement est fermé, les cours se passent à distance.

Depuis deux jours, des manifestants se tiennent devant l’école pour exiger le licenciement de l’enseignant. Selon la chaine ITV, quelques dizaines de personnes, majoritairement musulmanes, étaient présentes ce vendredi 26 mars.

L’école s’excuse

«L’école s’excuse sans équivoque d’avoir utilisé une ressource totalement inappropriée dans une récente leçon d’études religieuses. Le membre du personnel a également présenté ses excuses les plus sincères», informe l’établissement dans un communiqué publié jeudi 25 mars.

D’après son directeur Gary Kibble, l'école «travaille en étroite collaboration» avec le conseil de l’établissement et des responsables communautaires pour aider à «résoudre la situation».

«Ce n’est pas bien»

«Nous ne devrions pas avoir des enseignants, des membres d’équipe scolaire qui se sentent intimidés, et les informations selon lesquelles l’enseignant pourrait même se cacher sont très inquiétantes», a martelé le secrétaire d’État britannique au Logement, aux Communautés et au Gouvernement local Robert Edward Jenrick, cité par ITV.

Selon lui, les manifestations devant l’école, «ce n’est pas bien», appelant à les faire cesser.

«Ce n'est pas une voie que nous voulons emprunter dans le pays, alors j'exhorte vraiment les personnes qui sont préoccupées par ce problème à ne pas le faire», poursuit-il.

Pour sa part, le ministère de l’Éducation a qualifié les protestations de «complètement inacceptables».

Réaction communautaire

L’une des associations, la plus active dans cette affaire, est la Ramadhan Foundation. Selon son directeur Mohammed Shafiq, les croyances musulmanes ont été attaquées «sous le couvert» de la liberté d’expression.

«Nous comprenons la colère ressentie par les parents et comme nous le savons, ce n'est pas la première fois sous le couvert de la liberté d'expression que notre foi est attaquée», lance-t-il dans un communiqué.

De plus, il n’admet pas «que ces attaques restent sans réponse», ajoutant qu’il faut agir sans menace ni violence.

D’après Shafiq, 70% des élèves de la classe où l’image a été présentée sont musulmans.

Quant à cette fameuse représentation montrée aux enfants, plusieurs versions existent. Selon la Ramadhan Foundation, un dessin animé avec le prophète a été diffusé aux élèves, tandis que la chaîne Sky News rapporte qu’il s’agit d’une caricature extraite de l'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo. Les images ont été présentées lors d’un cours sur les religions.

Un mauvais flashback

L’affaire suscite beaucoup d’inquiétudes du fait de sa ressemblance avec la tragédie survenue le 16 octobre 2020 en France, quand un terroriste islamiste a décapité Samuel Paty, enseignant de collège à Conflans-Sainte-Honorine.

Dix jours avant son meurtre, M.Paty avait montré lors d'un cours d'enseignement moral et civique sur la liberté d'expression deux caricatures de Mahomet issues de Charlie Hebdo.

Une initiative qui avait suscité la colère d'un parent d'élève musulman. Sur les réseaux sociaux, celui-ci avait publié des vidéos de haine envers Samuel Paty. Son nom et son adresse avaient alors été divulgués. C’est ainsi qu’un Tchétchène radicalisé, habitant en France, avait pris connaissance de l’affaire et décidé de tuer le professeur.

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