À Clichy, des locataires luttent contre la densification de l’habitat: le pot de terre contre le pot de béton? – images

Les Hauts-de-Seine autant que Paris souffrent de la bétonnisation et de la densification de l’espace urbain. Ainsi, des locataires de la résidence Bateliers-Antonini manifestent-ils contre le projet de construction de nouveaux bâtiments sur leurs espaces verts. Reportage.
Sputnik

Avec l’aval de la mairie, un projet de densification de la résidence Bateliers-Antonini à Clichy passe à la vitesse supérieure. Les 190 locataires s’opposent depuis deux  ans au projet de construction de nouveaux bâtiments sur les espaces verts de leur copropriété.

En 2017, Paris comptait 20.745 habitants au km2 et Clichy, 19.828. Les Hauts-de-Seine sont le deuxième département français en termes de densité de population. Des chiffres qui risquent de grimper pour les banlieusards si un projet de densification urbaine qui touche la résidence composée de cinq bâtiments sur trois copropriétés voit le jour. Au moment de la construction, en 1978, les trois propriétaires rêvaient du grand large: les bâtiments portent des noms de «Pirogue», «Baleinière» ou encore «Frégate».

Densification contre rénovation, un «chantage»?

Aujourd’hui, les immeubles gérés en partie par le bailleur Batigère attendent un grand coup de rafraîchissement et de remise aux normes. Mais les propriétaires comptent financer ces travaux en créant de nouveaux logements sur le même terrain. Adieu, quelque centaines de mètres carrés de verdure qui entourent les immeubles!

«On est locataires, on n’a pas beaucoup de poids. Les propriétaires nous consultent, mais on ne peut pas leur interdire de construire. On s’attend à avoir une gêne au niveau de l’ensoleillement et de la promiscuité», confie à Sputnik Patrick Servin, président de l’amicale des locataires.

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Les propriétaires bailleurs «comptent vendre une partie des espaces verts à un promoteur, vraisemblablement, Cogedim», qui y construirait des immeubles avec des appartements à vendre. «On les soupçonne de vouloir faire une opération financière sur le dos des locataires», déplore le président de l’association.

«Il faut reconnaître que les loyers sont assez bas. L’amicale a voulu être force de proposition pour ne pas bloquer tout le projet. Mais deux constructions sur cinq nous posent toujours problème, pour lesquelles on attend toujours la réponse du bailleur», ajoute Évelyne Rey, vice-présidente de l’amicale.

Pour les travaux, dont le coût est estimé à 40.000 euros par appartement, le bailleur Batigère a présenté un plan de rénovation «ambitieux, sans augmentation de loyer». Les locataires doivent résoudre un dilemme douloureux: la disparition d’«espaces verts de respiration» de leur résidence serait le prix à payer pour le «ravalement des façades, l’isolation thermique des terrasses, le remplacement des baies vitrées avec des volets électriques et la remise aux normes de l’électricité, etc…»

«C’est un chantage. Et on manifeste. Heureusement, les élus Verts nous ont soutenus en portant notre revendication au conseil municipal ce 23 mars», poursuit Patrick Servin.

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L’amicale des locataires (ALRB) n’a pas changé de position depuis juillet 2019, quand le premier projet a été présenté. Mais le maire de Clichy qui à l’époque avait l’intention de «s’opposer à toute densification des constructions et à la disparition d’espaces verts» dans «une superbe lettre» adressée à l’amicale, a changé son fusil d’épaule en janvier 2021.

Le projet de réhabilitation, bien que revu à la baisse, vient de recevoir l’aval de la mairie avec un mot d’encouragement: «il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis», comme l’a souligné le maire. Les locataires ont répondu par une pétition qui a recueilli à ce jour près de 500 signatures, en ligne et sur papier.

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