Emmanuel Macron a-t-il perdu les Français (et la prochaine élection présidentielle)?

La Macronie ferait des déçus. Selon une étude IFOP-Fiducial, les trois quarts des Français s’estimeraient lésés par la politique du chef de l’État. Pour le journaliste politique Alexis Poulin, l’exécutif paierait là les déconvenues dont il serait la cause. Du coup, rien ne garantit un renouvellement de bail au locataire de l’Élysée…
Sputnik

La perspective d’une réélection inéluctable d’Emmanuel Macron, dépourvu du moindre concurrent sérieux, s’éloigne-t-elle? C’est le tour que semblent prendre les choses, à en croire un sondage réalisé par l’institut Ifop-Fiducial.

C’est aussi ce que pense l’éditorialiste Alexis Poulin. Sollicité par Sputnik pour décrypter ces dernières tendances, celui-ci ne se montre guère surpris par ce qu’il perçoit comme les résultats d’une politique «qui ne fait que maltraiter les Français».

La candidature de Mélenchon en 2022 «inquiète» plus les Français que celle de Le Pen
 
Réalisée cette semaine sur un échantillon représentatif de la population française, l’enquête révélerait un sentiment d’abandon assez net face à la politique menée par l’actuel gouvernement. Ainsi, seules 27% des personnes interrogées se considéreraient «gagnantes» de la politique d’Emmanuel Macron, contre 73% qui s’estiment «perdantes». Un quart des mécontents se sentiraient même largement défavorisés par l’action menée depuis quatre ans. Chez ces irréconciliables insatisfaits, c’est sans surprise vers le Rassemblement national (34%) et La France insoumise (33%) que vont les affinités.

Phénomène plus étonnant, bien qu’explicable par le sentiment de trahison envers les transfuges de leur parti, les adhérents du Parti socialiste seraient également 28% à se considérer spoliés par le quinquennat d’Emmanuel Macron. Enfin, ces trois sensibilités politiques s’estiment chacune perdante pour plus de 80% d’entre elles. Pour ce qui concerne le reste du spectre politique, parmi les sympathisants LR interrogés, le niveau d’insatisfaction est de 76%, ce taux atteint 73% chez EELV. Rien qui ne saurait surprendre Alexis Poulin, pour qui la politique actuelle ne sert que les intérêts d’une minorité prospère:

«Emmanuel Macron n’est pas là pour gouverner dans l’intérêt des Français, mais dans celui des donneurs d’ordre qui l’ont mis là pour desserrer le carcan économique et rendre la France attractive aux yeux des investisseurs. C’est donc tout ce qu’il a fait. Et rien pour les travailleurs, les étudiants… pour qui ça a été une longue série de déceptions», tacle l’éditorialiste.

Pour notre intervenant, ce n’est donc pas un hasard si les grands gagnants de ces quatre dernières années semblent être les dirigeants d’entreprise (68%) et les urbains, résidant dans les grandes métropoles (43%), tandis que les laissés pour compte se trouvent clairement du côté des retraités (84%), des classes moyens (81%) et des ruraux (80%). Une segmentation d’une logique implacable.

Une base de fidèles insuffisante

Ne resterait donc guère que les militants macronistes qui, malgré tout, semblent majoritairement satisfaits. Les sympathisants de La République en marche (LREM) interrogés dans le cadre du sondage s’estiment, de fait, à 76% bénéficiaires de la politique de leur leader.

Ce socle d’irréductibles partisans ne sera toutefois pas suffisant pour les échéances électorales à venir, estime Alexis Poulin. Celui-ci voit de surcroît LREM se déliter à mesure que les scrutins approchent. Il subodore que les soutiens continueront à s’effriter. Comme le prouverait l’abandon progressif de l’étiquette du parti présidentiel:

«C’est un fiasco total. Aujourd’hui, des cadres comme Stanislas Guerini envisagent de renoncer à l’étiquette En Marche. Ce mouvement est en train de s’effondrer sur lui-même. Ses membres savent bien que c’est un repoussoir à électeurs, car sa politique a fait perdre la plupart des Français. Pas seulement depuis la crise sanitaire. Rappelons-nous les violences infligées aux Gilets jaunes, aux opposants à la réforme des retraites…»

S’il parvenait de nouveau à se faire élire, ce serait donc «à la marge, et encore… l’effet repoussoir étant énorme», poursuit notre interlocuteur.

Faire monter le RN, une stratégie autodestructrice?

Pour l’instant, le gagnant de ce désenchantement général semble être le Rassemblement national et Marine Le Pen. La présidente du parti d’opposition était ainsi donnée, dans un récent sondage Harris interactive, au coude à coude avec Emmanuel Macron (48 contre 52%) en cas de second tour entre les deux candidats.

Séisme à prévoir: le «barrage républicain» contre le Rassemblement national s’effondrera-t-il?
Une hypothèse qui est de plus en plus présentée comme une certitude, à mesure que l’échéance approche, déplore Alexis Poulin. La vieille stratégie mitterrandienne consiste à faire monter le parti nationaliste pour affaiblir les adversaires qui seraient, eux, capables de l’emporter dans le duel final. Cet artifice pourrait cette fois se retourner contre le pouvoir, estime le journaliste. Pour autant, à un an de l’élection et du second tour, cette issue n’aurait rien d’inéluctable:

«Marine Le Pen a ses chances au détriment d’Emmanuel Macron. Mais on pourrait mettre n’importe qui face à Macron, même un tabouret, et il serait élu s’il fait la couverture du “Point” et de “L’Express” trois mois avant. Il faut arrêter de nous resservir leur duel comme un plat réchauffé», tacle Alexis Poulin.

Plus récemment encore, un sondage Elabe établissait que près d’un Français sur deux jugerait possible une victoire de Marine Le Pen en 2022, soit une hausse de sept points depuis le dernier baromètre. Plus significatif encore, un Français sur trois serait prêt à voter pour la fille de Jean-Marie Le Pen. Elle serait même vue comme «plus courageuse», «dynamique» et «rassurante» que l’actuel hôte de l’Élysée.

Des sondages à prendre néanmoins avec des pincettes, avertit Alexis Poulin:

«Ces enquêtes, c’est une foire à l’andouillette. Nous vivons dans une république sondagière qui commande des sondages à tout va», rappelle-t-il avant d’ajouter: «On prend un échantillon soi-disant représentatif et on lui fait dire ce qu’on veut, il faut faire attention et surtout revenir à une véritable politique qui réponde aux enjeux, la dette par exemple.» 

Encore une affaire de «communication pure», juge donc l’éditorialiste.

Alarmants, de tels résultats n’auraient d’autre but que d’éveiller un sursaut républicain chez les citoyens et de ressusciter le fameux «barrage» contre le Rassemblement national. Un stratagème qui pourrait bien échouer cette fois. Après tout, «rien ne dit qu’Emmanuel Macron se représentera ni que Marine Le Pen sera au second tour», conclut Alexis Poulin.

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