Accusés d'«islamophobie», deux professeurs de Sciences Po Grenoble craignent pour leur sécurité

Jeudi 4 mars, deux professeurs de Sciences Po Grenoble ont été surpris de découvrir leurs noms dans un collage sur les murs de l’établissement. Alors que ses auteurs les traitent de «fascistes» et d’islamophobes, les enseignants craignent désormais pour leur sécurité, écrit Le Figaro.
Sputnik

Un collage avec les noms de deux professeurs de Sciences Po Grenoble avec les mots «des fascistes dans nos amphis» et «l'islamophobie tue» a été affiché jeudi 4 mars à côté de l'entrée principale de cet Institut d'études politiques (IEP). Bien que le collage ait été retiré dans l'après-midi, des images ont été largement relayées sur les réseaux sociaux.

Le Figaro, qui a pu parler aux deux professeurs, écrit que les hommes ont été «les victimes collatérales» d'un mouvement lancé par certains étudiants à la suite d'accusations de harcèlement sexuel au sein de l'établissement. En effet, il est possible de voir sur les images que les affichages reprennent le slogan «Science Porc», lancé à la suite de la mise en cause de Frédéric Mion à Sciences Po Paris dans le cadre de l'affaire Duhamel. Mais les allégations les visant relèvent, comme l'on peut le constater, d'un autre champ, celui de l'islamophobie et du fascisme.

Des élevés qui cherchent à piéger leur professeur

Le premier des professeurs visé par le collage est maître de conférences en science politique depuis de longues années, il fait un cours intitulé «L'islam et les musulmans en France». À en croire l’un de ses anciens élèves, l’enseignant a longtemps eu «une grande liberté de ton sans que cela ne pose problème» et ce n’est que depuis quelques années que certains élèves cherchent à le piéger, «mais ils n'ont jamais réussi à obtenir de dérapages de sa part».

Des apostats de l’islam font part de leurs difficultés et craintes face aux musulmans

Un de ses collègues précise au Figaro que le professeur en question était toujours ouvert au dialogue et n’a jamais manifesté sa désapprobation lorsque certaines étudiantes musulmanes venaient à son cours voilées.

Cependant, le 22 février, sur sa page Facebook, le syndicat majoritaire de l'IEP, l'Union syndicale Sciences Po Grenoble (USIEPG), a appelé des élèves à témoigner des «propos problématiques» qu’ils auraient pu entendre au cours du professeur en vue de «retirer ce CS des maquettes pédagogiques pour l'année prochaine», si de telles propos ont eu lieu. Le syndicat promettait que les témoignages seraient «anonymisés» et serviraient «uniquement d'exemple et d'arguments». Indigné par une telle attitude, le professeur a alors appelé des étudiants appartenant à l'USIEPG à «quitter immédiatement» ses cours.

Ainsi, poursuit Le Figaro, les affichages sur les murs de l’établissement marquent une nouvelle étape dans la campagne d’intimidation visant ce professeur, ce qui fait penser un de ses anciens élèves à Samuel Paty qui avait «clairement une cible dans le dos».

«Il n'a jamais tenu le moindre propos islamophobe, seulement les élèves n'étaient pas d'accord avec lui et cela leur est insupportable. Il faut savoir que dans cet établissement, si vous êtes à la droite de Benoît Hamon, vous êtes déjà un fasciste. Le climat s'est dégradé ces dernières années, avant les attentats on pouvait davantage discuter», s’est-il confié.

Le professeur, lui, s’est abstenu de commentaires et a seulement estimé que «sa sécurité et celle de sa famille était désormais impliquées».

Le concept d'islamophobie mis en cause

La deuxième victime des affichages, un professeur d’allemand, a expliqué au Figaro qu’il s’était seulement permis de remettre en cause la légitimité du concept d'«islamophobie». Il a notamment exposé son point de vue dans une série de courriels échangés avec ses collègues. Bien que le quotidien n’y ait trouvé ni invectives personnelles ni propos discriminatoires, l’homme a été accusé de «harcèlement moral», seulement en raison de sa critique du concept.

L’homme estime que ses propos ont été «tronqués» et se dit être «effaré» du silence de la plupart de ses collègues face à la situation.

«C'est assez nouveau: en 25 ans de carrière, le pire que l'on ait pu me reprocher est d'être libéral, mais jamais d'être islamophobe ou fasciste! C'est un peu un retour vers le passé, comme dans les années 70 où l'on criait "Mao" dans les couloirs. Mais tout risque d'exploser d'un moment à l'autre, ces affichages représentent une étape supplémentaire», a-t-il ajouté.

Contactée par Le Figaro, la direction a condamné avec fermeté des «attaques abjectes» et «inacceptables» contre ces professeurs sans préciser si une plainte sera déposée contre les auteurs des collages. Quant aux responsables syndicaux, ils n’ont pas souhaité répondre aux sollicitations du quotidien.

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