Guerre en Syrie: malgré son échec, Washington menace toujours de renverser Assad

Malgré la victoire de l’armée syrienne et de ses alliés sur l’État islamique*, la pression demeure constante sur Damas. La présence étrangère illégale, le pillage des ressources et les sanctions empêchent la Syrie de se relever. Les Américains n’ont toujours pas abandonné l’idée d’évincer Bachar el-Assad, estime l’essayiste Maxime Chaix. Analyse.
Sputnik
«Actuellement, trois puissances occupent illégalement des territoires en Syrie.»

Pour le journaliste Maxime Chaix, auteur du livre La guerre de l’ombre en Syrie (Éd. ErickBonnier), il n’y a guère de doute, «cette agression-occupation tripartite vise à saper la victoire de Bachar el-Assad.» Une étreinte que Damas peine à desserrer.

Nouvelle attaque israélienne en Syrie, des victimes
Pour mettre fin à la présence étrangère illégale en Syrie et au pillage des ressources naturelles, Bachar el-Jaafari, vice-ministre des Affaires étrangères et des Expatriés et ambassadeur permanent de la Syrie auprès de l’Onu, a déclaré le 20 janvier dernier qu’il comptait sur le soutien du G7 et de la Chine. Dans son allocution lors de la première réunion des ambassadeurs, il affirme notamment que la reconstruction de la Syrie ne sera possible qu’à la seule condition d’un départ des forces étrangères d’occupation et à la fin des sanctions. Après 10 ans de conflit, la Syrie est détruite, l’économie est exsangue et la population peine à survivre.

Comme le précise à Sputnik Maxime Chaix, également fondateur du site d’informations deep-news.media, la situation s’avère paradoxale: en dépit de la victoire militaire syrienne sur les différentes mouvances djihadistes, la pression internationale reste permanente sur Damas. À n’en pas douter, le durcissement des sanctions occidentales à l’égard de la Syrie a accentué les difficultés de tout un peuple.

Les sanctions américaines tuent

En juin 2020, une série de sanctions américaines est en effet entrée en vigueur pour dissuader tous les pays ou les entreprises de commercer avec la Syrie: la «Loi César», en effet impérialiste, visait à saper la reconstruction du pays tout en affaiblissant les positions des alliés russes, iraniens et libanais de Damas. Pour le peuple syrien, c’était le coup de trop, déplore Maxime Chaix.

«Sachant qu’elle affecte durement des millions de Syriens, cette politique montre que les préoccupations affichées par Washington vis-à-vis du sort de la population syrienne ne sont que des alibis justifiant leur principal objectif: le départ forcé de Bachar el-Assad.»

Dans une interview donnée à CBS News, Antony Blinken, qui s’exprimait en tant que futur secrétaire d’État de Joe Biden, a implicitement regretté que Trump ait décidé de stopper le soutien clandestin aux rebelles anti-Assad. Le fait de «se retirer entièrement de Syrie» ôtait selon lui à Washington tout levier d’influence majeur dans ce pays.

Maxime Chaix regrette à l’inverse que la nouvelle Administration envisage de renouveler la stratégie de pression économique et financière à l’égard de Damas. En effet, Antony Blinken a salué le soutien du Pentagone en faveur des Kurdes et affirmé que le contrôle exercé par les forces spéciales américaines sur les champs pétroliers syriens ne serait pas levé «gratuitement». En maîtrisant cette zone, réputée être le «grenier de la Syrie», les forces américaines amplifient selon notre interlocuteur les «risques de famine dans ce pays».

La nouvelle Administration américaine aurait donc les moyens d’empêcher la victoire militaire et politique définitive de Damas, quitte à achever de ruiner l’économie locale et à plonger des millions de Syriens dans la faim et l’extrême pauvreté. En dépit de la défaite stratégique américaine en Syrie, il est maintenant à craindre que Joe Biden renoue avec une politique plus agressive que celle de Donald Trump, qui plus est à la veille des élections présidentielles syriennes, prévues en avril 2021.

Washington n’a reculé devant rien, ses pressions sur la Syrie sont anciennes. Depuis 2012, la Syrie a subi une multiplication des ingérences étrangères. De nombreuses puissances régionales et globales ont tout fait pour évincer Bachar el-Assad et diviser le territoire.

Biden renouera-t-il avec la pression maximale sur Assad ?

Pas moins de quinze services secrets étrangers étaient ainsi impliqués dans une vaste opération de changement de régime, baptisée Timber Sycamore. Une opération clandestine dénoncée par Maxime Chaix: lancée selon lui au printemps 2012, elle visait à former et financer les différents groupes «rebelles» et djihadistes en leur apportant une aide létale pour combattre Bachar el-Assad. Il affirme que cette opération devint gigantesque au point que le Washington Post la décrivit en juin 2015 comme «l’une des plus vastes opérations clandestines» de l’histoire de la CIA, dont le financement avoisinait alors le milliard de dollars annuels.

«Cette opération eut un impact majeur sur le terrain, laissant même augurer la chute du Président syrien pendant l’été 2015.»

En effet, en 2015 le gouvernement syrien ne contrôlait plus que la capitale Damas et le littoral alaouite, entre Tartous et Lattaquié. L’intervention de la Russie en septembre 2015 changea la donne stratégique en faveur de Bachar el-Assad.

«L’intervention militaire russe de septembre 2015 empêcha cette issue, mais Washington refuse toujours d’accepter son échec à renverser Assad», conclut Maxime Chaix.

*Organisation terroriste interdite en Russie

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