Explosion de cas de Covid-19 au Cameroun, la faute au football?

Le Cameroun connaît une flambée de contaminations au Covid-19. Si certains établissent une corrélation avec le championnat d’Afrique des nations en cours dans le pays, d’autres sont plus nuancés, évoquant un relâchement de la vigilance. Les autorités sanitaires, elles, essaient de rassurer sur les mesures prises dans le cadre de la compétition.
Sputnik

Alors que pour beaucoup de Camerounais, la pandémie de coronavirus relève désormais du passé, à en juger par le non-respect généralisé des mesures barrières, Manaouda Malachie, ministre de la Santé, alerte sur une résurgence de la contamination. Dans un message publié sur son compte Twitter samedi 23 janvier, il annonce plus de 1.600 nouveaux cas et sept décès comptabilisés en une semaine.

Le pays n’avait plus enregistré autant de contaminations et de morts sur une période aussi courte depuis plusieurs mois. Les chiffres peuvent paraître dérisoires sous d’autres cieux, mais avec plus de 29.000 cas pour plus de 460 décès à la date du 23 janvier, le Cameroun fait partie des États les plus touchés par la pandémie en Afrique subsaharienne.

Face à cette flambée, le ministre de la Santé rappelle l’urgence de «reprendre conscience et de respecter les mesures barrières».

Le CHAN, foyer de contamination?

L’alerte des autorités sanitaires arrive au moment où le Cameroun accueille la sixième édition du CHAN 2020, la compétition africaine réservée aux footballeurs évoluant dans leur pays. L’événement, qui se déroule du 16 janvier jusqu’au 7 février prochain dans trois villes du pays (Douala, Yaoundé et Limbé), réunit 16 nations.

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Depuis le début du tournoi, une dizaine de joueurs et du personnel du staff technique de la République démocratique du Congo (RDC) ont été testés positifs.

Des dispositions particulières ont pourtant été mises en place: remplissage partiel des stades, port du masque obligatoire, distance entre les sièges, distribution de gel hydroalcoolique, prise de température... Mais Léandre Nzié, journaliste sportif qui couvre la compétition à Douala –l’une des régions où l’on connaît une résurgence des contaminations–, demeure sceptique. Il pense que «malgré les mesures strictes mises sur pied par le comité d’organisation local et la CAF, le CHAN pourrait bien participer à la propagation du virus au vu de l’attitude de certains fans de football».

«Les agents dans les stades se battent tant bien que mal pour faire respecter les mesures barrières au public, mais il y a beaucoup de résistance de la part des citoyens, ce qui complique la tâche. On fera le bilan à la fin de cette compétition mais je pense que le Cameroun va prendre un grand coup», prévient-il au micro de Sputnik.

Pour Parfait Bvoum, médecin épidémiologiste, si «le brassage que l’on observe autour et dans les stades peut, dans une moindre mesure, expliquer les données actuelles», les causes de cette remontée de la maladie sont à chercher ailleurs:

«Dans le relâchement général de la vigilance des populations, dont on parle depuis plusieurs mois, et la présence du virus au sein des communautés.»

D’ailleurs, dans une interview à Sputnik en novembre dernier, il prévenait que les conséquences d’une deuxième vague de contaminations «pourraient être terrifiantes parce que si la première vague a été relativement dévastatrice, la seconde –qui sera d’abord communautaire– fera plus de dégâts».

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En novembre dernier, avant l’organisation de la compétition sportive, les autorités sanitaires redoutaient déjà l’éventualité d’une nouvelle vague. Des craintes justifiées par une lassitude constatée chez la majorité des Camerounais. En effet, à la fin du mois d’août dernier, un relâchement général s’est installé à la faveur du ralentissement de la diffusion du virus, alors que le pays comptait plus de 18.000 cas confirmés. Après cette relative accalmie et la baisse de la vigilance, une flambée des contaminations a été signalée en fin d’année.

Si, dans les stades du CHAN, les mesures barrières sont plus ou moins respectées, à l’extérieur, les masques sont tombés depuis fort longtemps. Que ce soit dans les transports publics ou les snack-bars qui accueillent les fans de football, il est difficile d’y trouver des citoyens masqués ou encore des dispositifs de désinfection. Autant de véritables foyers de contaminations. Nonobstant les chiffres inquiétants, le ministre de la Santé se veut rassurant:

«Aucun risque ne pèse sur le CHAN car le gouvernement, en liaison avec la CAF [Confédération africaine de football, NDLR], a pris toutes les mesures de sécurisation sanitaire de la compétition», a-t-il écrit sur son compte Twitter.

Réflexion autour du vaccin

À l’instar de nombre de pays développés qui ont démarré leur campagne de vaccination, les États africains s’y préparent également. Dans la sous-région Cemac (Communauté économique des États de l’Afrique centrale), une conférence en ligne des ministres de la Santé s’est tenue du 19 au 22 janvier dernier autour de la riposte vaccinale.

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Il était question de mener des réflexions et d’adopter une position sous-régionale sur la vaccination contre le Covid-19, le choix des vaccins et le calendrier vaccinal. Pour l’instant, la publication de ces résolutions est encore attendue.

Dans la course à la vaccination, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) craint que l’Afrique ne soit délaissée car plusieurs pays n’ont pas les moyens de se procurer des doses. Début décembre l’ONU soulignait déjà que sur les 47 États de la région Afrique de l’OMS, «seulement près du quart dispose de plans adéquats pour les ressources et le financement» de la riposte vaccinale.

 L’OMS espère vacciner, à travers l’initiative Covax, mise en place avec l’Alliance du vaccin (GAVI), «3 % des Africains d’ici à mars 2021 et 20 % d’ici à la fin de l’année».

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