Centrafrique: pour le candidat Kamoun, «un programme de dialogue et de réconciliation nationale» s’impose

Dans un entretien à Sputnik, le candidat à la présidentielle en RCA Mahamat Kamoun livre sa vision de la manière d’aider son pays à «retrouver la fierté», aborde la nécessité de dialogue et constate qu’en dépit de l’accord de Khartoum et de la MINUSCA le pays «n’a pas pu retrouver une situation de paix et de sécurité».
Sputnik

Mahamat Kamoun, candidat à la présidentielle centrafricaine du 27 décembre et ex-Premier ministre de ce pays, rappelle que la RCA est un «pays qui est malade et souffre depuis une longue période» et parmi les engagements pris dans le cadre de son programme figure l’idée de faire «retrouver la fierté et l’honneur» ainsi que «guérir la nation».

Entre autres points qu’il a énoncés dans son entretien à Sputnik, il convient d’évoquer l’idée de l’intégration d’ex-combattants dans les rangs des forces de défense et de sécurité et d’assurer l’accompagnement de ceux qui ne seront pas éligibles dans ce programme.

«Il faut aussi mettre en place un programme de dialogue et de réconciliation nationale», «un dialogue intercommunautaire», argumente l’interlocuteur, précisant qu’il devrait réunir les hommes d’État, mais aussi les chefs traditionnels et religieux.

Outre son programme, il a abordé les thèmes de l’accord de Khartoum, de la coopération avec la Russie, mais aussi la mission de l’Onu.

Sputnik: Comment évaluez-vous la situation actuelle de la sécurité dans le pays? Pour vous, l’accord de Khartoum a connu un échec?

Mahamat Kamoun: Sur le plan conceptuel, l’accord de Khartoum tout le monde l’a soutenu. Les partenaires ethniques et financiers de la République centrafricaine ou du moins la communauté internationale qui a participé de près et de loin a salué cet accord, dont la position de la population est mitigée. Tout le monde avait espéré que cet accord allait enfin mettre un terme au cycle de violence et de tueries sur les populations.

Martin Ziguélé: La présence de groupes armés en Centrafrique «c’est un problème de vie ou de mort»
Malheureusement, un an après, il faut avoir le courage de reconnaître que la mise en œuvre de l’application de cet accord n’a pas donné les résultats escomptés. Et aujourd’hui, vous l’avez vu, l’accord n’a pas permis au gouvernement centrafricain de récupérer une certaine portion du territoire, bien au contraire. Les groupes armés ont maintenu en l’état leurs zones d’influence.

Pour moi, je pense que et le gouvernement et les groupes armés, ils n’ont pas respecté leurs engagements. [...] L’accord n’a pas permis à la République centrafricaine d’assurer la sécurité et ce n’est pas sur tout le territoire de la République, mais au moins sur une bonne partie.

Sputnik: Et quid de la mission de l’Onu en Centrafrique? L’estimez-vous comme étant efficace?

Mahamat Kamoun: La responsabilité de la situation actuelle du pays sur le plan sécuritaire incombe non seulement au gouvernement mais aussi à la MINUSCA et moi j’ai toujours l’habitude de dire qu’il faut que les hommes cessent de se renvoyer la balle. Il y a des situations où vous trouvez que le gouvernement dit que: «Oui, nous n’avons pas les moyens et c’est la MINUSCA au terme des résolutions des Nations unies qui a reçu le mandat de protéger les populations». De l’autre côté, la MINUSCA dit: «Non, non, c’est un pays souverain, nous ne pouvons qu’accompagner et il appartient au gouvernement d’assurer la sécurité du pays». Et dans tout ça, le pays n’a pas pu retrouver une situation de paix et de sécurité.

Sputnik: Et comment évaluez-vous les relations avec la Russie? Comment, selon vous, elle pourrait aider votre pays à résoudre les problèmes de sécurité.

Mahamat Kamoun:La coopération n’est pas nouvelle. Lorsque dans ma vie professionnelle j’ai été le directeur de la dette, j’ai géré la dette publique de ce pays je sais combien on devait à l’Union soviétique et je sais aussi le domaine de coopération - dans l’armée, la coopération militaire, celle technique, mais aussi celle dans le domaine de la formation.

Il n’y a qu’une reprise et cette fois-ci avec une certaine orientation bien précise sur le plan militaire. [...] Nous sommes pour la diversification d’une coopération comme tous les pays du monde. La question qui se pose est qu’il faut que cette coopération puisse être une coopération gagnant-gagnant. La Russie c’est une grande puissance, sur les plans militaire et économique... Ce que nous souhaitons c’est que cette coopération puisse être bénéfique pour notre population et pour notre pays.

Sputnik: Considérez-vous qu’il est indispensable de lever l’embargo sur les armes et que, d’après vous, devrait être fait en ce sens?

Mahamat Kamoun: Je dis que si on règle la question du DDR [désarmement, démobilisation et réintégration, ndlr], si on règle la question sur le plan de la cohésion sociale - de vivre ensemble, lorsque chacun est considéré comme Centrafricain et a sa place - pourquoi les gens vont-ils continuer de prendre les armes? Et je crois qu’il faut démontrer à la communauté internationale que le pays n’est plus en guerre et qu’il faut donner la force à l’État, à la puissance publique et qu’il peut retenir les armes. À ce moment, ils vont lever, ils ne vont pas maintenir l’embargo sur un pays éternellement, ce n’est pas normal.

L’armée centrafricaine est jeune, elle a besoin de se former, elle a besoin de s’équiper pour essayer d’assumer sa mission régalienne. Et ensuite sur le plan diplomatique, il faut régler un certain nombre de choses. Aujourd’hui, il ne faut pas que le maintien de l’embargo puisse être une arme pour les uns et les autres pays dans cette situation. Et c’est pour cela qu’il faut jouer sur le plan diplomatique, sur le plan intérieur en favorisant la cohésion sociale, la réconciliation nationale et ça, c’est des choses qui ne demandent pas d’argent, c’est une question de volonté politique.

Sputnik: Et quelles sont les chances de l’opposition à la présidentielle?

Mahamat Kamoun: Je suis un homme politique, je suis dans l’opposition. À défaut d’avoir un candidat unique, moi je pars avec mes chances parce que j’estime que j’ai travaillé dans ce pays, j’ai un bilan, mes concitoyens me connaissent, etc. Donc je vais dans cette compétition dans l’esprit, dans l’espoir de gagner. Donc pour moi ce que nous souhaitons c’est que ces élections se tiennent d’une manière plus ou moins transparente. Parce que les Présidents qui sont mal élus dans notre pays n’ont pas assez de chances pour terminer leur second mandat. Et ça, vous le savez déjà.

Catherine Samba-Panza, la seule femme candidate à l’élection présidentielle en RCA, présente son programme – exclusif

À commencer par le Président Dacko quand il est revenu en 79 par un coup d’État, il a voulu faire la démocratie, il a voulu les élections, il a été dépassé par les événements, il a remis son tapis, le Président Ange-Félix Patassé lors de son second mandat [...] Bozizé est venu le chasser. Bozizé lui-même s’est retrouvé dans la même situation. Donc nous ne pouvons pas rester tout le temps dans ces cercles d’espoir de la transition, de coups d’État. C’est pour cela que nous disons: faites-nous des élections transparentes.

Si le Président Touadéra gagne d’une manière honnête, tous, nous allons le féliciter. Mais si ce n’est pas le cas, nous n’allons pas accepter. Et vous savez qu’il ne faut pas minimiser nos positions. [...] Nous sommes aussi des représentants de nos communautés, nous avons des électeurs. Si le peuple centrafricain ne se reconnaît pas dans le résultat de ces élections, il y aura une démobilisation générale, les gens ne vont pas travailler, il y aura des grèves.

Nous pensons que si les choses se passent d’une manière transparente, je pense qu’il y aura l’alternance, ça c’est clair et net. Il y aura une alternance, il y aura un changement.

Sputnik: Et jugez-vous qu’il est possible qu’elle se mette d’accord pour avancer un candidat unique à l’élection?

Mahamat Kamoun: Nous avons échangé sur la question et [nous avons décidé, ndlr], avant son invalidation [celle de François Bozizé, ndlr], que tout le monde peut aller à ces élections, nous allons aller en ordre. Mais lorsqu’un candidat ou un leader parmi nous passe au deuxième tour, à ce moment-là nous tous nous allons nous aligner derrière lui. Si deux d’entre nous se retrouvent au deuxième tour, évidement à l’intérieur de notre plateforme, chacun va soutenir le candidat dont il se sent le plus proche ou il peut y avoir un accord politique avec. Aujourd’hui, il n’est pas dans la course. Et nous gardons toujours cet accord, cette alliance électorale que nous avons signée.

Propos recueillis par Ekaterina Ivanova 

Discuter