La France a-t-elle versé une rançon à des djihadistes maliens en vue de la libération d'une otage?

La libération en octobre 2020 au Mali de quatre otages dont une Française aurait été possible grâce à une rançon de 30 millions d’euros et la remise en liberté de 207 terroristes suite à des négociations menées par des militaires français, affirme au quotidien El Watan le djihadiste Mustapha Derrar. Ce que la France nie.
Sputnik

Une rançon de plusieurs millions d’euros -payée à des djihadiste en octobre dernier au Mali en contrepartie de la libération de quatre otages, dont la Française Sophie Pétronin- a été de nouveau évoquée par Mustapha Derrar, un des djihadistes relâchés en échange des otages en question mais ensuite capturé en Algérie.

Sahel: Alger dénonce le paiement de rançons aux terroristes par «des parties étrangères»

Mustapha Derrar a déjà parlé de cette rançon dans une vidéo diffusée sur la télévision publique algérienne suite à son arrestation; cette fois il a décrit son périple djihadiste au quotidien El Watan.

Selon lui, après avoir rejoint un des groupe armés dans le nord du Mali vers novembre 2012, lui et d’autres djihadistes sont tombés  vers la fin janvier 2013 dans «une embuscade tendue par les militaires français et maliens».

D’après sa version, il a été ensuite arrêté par des militaires maliens qui lui ont fait subir «des tortures atroces» et l’ont livré ensuite aux Français stationnés dans une caserne de Gao. Ici, il dit avoir passé un long interrogatoire «effectué par des militaires français». Finalement, il a été remis aux Maliens avant de se retrouver dans une prison de Bamako.

Des visites fréquentes de militaires français

Il se souvient des va-et-vient récurrents des militaires français et maliens durant ces années passées en prison. Mais, en 2020, ces visites «se sont multipliées» et il a appris par certains prisonniers que des négociations pour la libération de tous les pensionnaires de la prison étaient en cours «par l’intermédiaire de Iyad Ag Ghali [un des principaux leaders des djihadistes maliens, ndlr]».

Il assure avoir entendu parler au début d’une rançon de 6 millions d’euros en échange de la libération des otages détenus par Daech*, qui détenait les Italiens et le groupe d’Iyad, qui avait enlevé la Française et le Malien. Ensuite, poursuit-il, ils ont appris que la somme avoisinait les 10 millions d’euros, avant d’atteindre les 30 millions d’euros. 

«Le 4 octobre 2020, les autorités ont libéré 207 terroristes de trois importantes prisons en contrepartie de la récupération des quatre otages», affirme Derrar.

Après sa libération, l’homme et 70 autres terroristes ont été de nouveau transférés dans le nord du Mali. Là, ils ont été rejoints par des djihadistes locaux qui leur ont proposé de «mener le djihad» dans le grand Sahara.

Ici, dans le campement de Iyad Ag Ghali, lui et chacun des djihadistes ont reçu «une somme de 1.000 euros et un pistolet kalachnikov». Finalement, il a pris la décision de rentrer en Algérie ce que l’un des émirs lui a permis de faire. Il a été arrêté à Alger.

L’homme affirme n’avoir «jamais pris une arme» et qu’il était «revenu au pays pour ne plus retourner au nord du Mali». Cependant même si l’homme n’a pas commis d’acte terroriste en Algérie, rappelle El Watan, il est poursuivi par la justice pour être un membre d’une organisation terroriste à l’étranger.

Alger dénonce le paiement de rançon

Faisant référence implicitement à la France, le Premier ministre algérien, Abdelaziz Djerad, a regretté ce lundi 7 décembre le paiement de rançons pour libérer des otages au Mali, une «démarche» qui, selon lui, «sape» les efforts algériens de lutte antiterroriste. M.Djerad estime en outre qu’il faut «assécher les sources» du financement du terrorisme.

Réaction de Paris

Comme le rappelle l’AFP, la France a toujours démenti avoir été impliquée dans les négociations pour la libération des quatre otages, et avoir payé une rançon pour Mme Pétronin.

«Nous n'étions pas partie de ces négociations», a déclaré le 12 octobre Jean Castex, évoquant un «geste humanitaire» des djihadistes à propos de la libération de la Française.

*Organisation terroriste interdite en Russie

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