«Bientôt à la rue?», «Démunis»: comment le Covid-19 fabrique des nouveaux pauvres – vidéo

La crise économique qui se juxtapose à la crise sanitaire fait basculer dans la précarité les intermittents de l’emploi, sans travail depuis le début du confinement. Sputnik a recueilli des témoignages de deux extras de la restauration qui peinent au quotidien à joindre les deux bouts.
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Selon le baromètre pauvreté du Secours populaire, réalisé en septembre dernier avec l’IPSOS, un Français sur trois a subi une perte de revenus depuis le confinement. Même si les dispositifs d’activité partielle ont servi d’amortisseurs, les «permittents» (néologisme désignant les personnes cumulant jobs précaires et allocations chômage) de l’événementiel sont devenus l’une des catégories les plus vulnérables.

Deux «extras» qui accusent une panne sèche de leurs revenus et craignent la précarité se livrent à Sputnik.

Lors du premier confinement, plusieurs intermittents de l’emploi ont créé le Collectif des Précaires Hôtellerie Restauration Événementiel (CPHRE).

«De là, la réflexion nous a amenés à l’assurance-chômage qui n’est pas bonne pour l’intermittence de l’emploi. On est des intermittents du travail aguerris. Nous ne sommes pas des débutants ni des petits jeunes qui arrondissons nos fins de mois», explique au micro de Sputnik Xavier Chergui, maître d’hôtel «extra».

Et ces intermittents de l’emploi –maîtres d’hôtel, hôtesses, cuisiniers, agents de sécurité– inscrits au chômage en catégorie B et C, demandent la reconnaissance de leur statut, sur le modèle de celui qui régit le domaine du spectacle.

Pour les extras, c’est le RSA

Xavier Chergui, quadragénaire, accueille Sputnik à La Défense, «au cœur du système financier»: un lieu où il vient régulièrement, «parce que je travaille pour trois ou quatre entreprises de restauration.» Pour ce maître d’hôtel, «ça s’est arrêté le 14 mars».

«Depuis le 14 mars, j’ai travaillé 14 jours. Ça ne fait pas grand-chose. On a été mis au bord de la route, parce qu’on ne pouvait pas recharger nos droits au chômage. Et on s’est retrouvés sans rien, sans aucune aide de l’État», précise Xavier Chergui.

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Au début de sa carrière, Xavier Chergui, «un gourmand», comme il l’avoue, voulait être cuisinier et a fait une école hôtelière. Mais suite à des problèmes familiaux et désenchantés par le monde de la cuisine, il découvre le monde de l’événementiel et fait un job en «extra». La découverte d’un «monde qu’il ne connaissait pas» et qui lui plaît scelle une nouvelle carrière.

«Combien j’ai gagné en moyenne à l’époque? On va dire entre 2.500 et 4.000 euros nets. On vivait très bien de nos contrats courts. Et maintenant, c’est le RSA de 875 euros pour moi, ma femme, mes deux enfants», s’épanche Xavier Chergui.

Un petit rire gêné ne peut cacher la cruauté du quotidien de Xavier Chergui: «le loyer n’est pas payé, EDF est en retard.» «Je vais à la banque alimentaire. Je ne sais pas ce qui va se passer. On se retrouve le bec dans l’eau. Je vais être à la rue?» s’inquiète le maître d’hôtel.

La crise va créer des «bouleversement dans la société»

Lors de sa dernière allocution, Emmanuel Macron a cité «les saisonniers, les extras qui n’ont plus d’engagements depuis des mois» et a promis «une réponse exceptionnelle à leur situation.»

«Il l’a dit, maintenant qu’il le fasse. Une allocation spécifique. Il devrait aider tout le monde. C’est la moindre des choses», commente Xavier Chergui.

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L’un des activistes-fondateurs du CPHRE, Ahcène Azem, maître d’hôtel lui aussi, «accueille» Sputnik place Vendôme, «place emblématique de Paris, avec ses hôtels, ses boutiques de luxe», où il avait l’habitude de travailler.

«En l’espace de neuf mois, c’est le basculement total d’un extrême à un autre. On se retrouve sans travail aussi à cause des décisions du gouvernement, qui méprise tous ces intermittents du travail que l’on appelle les “extras”. On se retrouve démunis», détaille Ahcène Azem.

Au pied d’un palace parisien mythique, dans un cadre de rêve, Ahcène Azem prévient que «cette crise va créer un bouleversement dans la société.» D’après lui, les économistes que les membres du collectif ont interrogés «peignent l’année prochaine en noir total.» Mais les «extras» n’ont jamais baissé les bras.

«On a fait énormément d’actions sur Paris. Des actions sur le terrain, mais aussi énormément de travail de sensibilisation auprès du gouvernement, des députés et des sénateurs. Les choses se sont améliorées un petit peu. Ils nous écoutent un peu plus», conclut Ahcène Azem.

Les efforts déployés par le CPHRE n’ont pas été vains. Les modalités de calcul des indemnisations pénalisaient fortement ceux qui alternent chômage et contrats courts. Le Conseil d’État vient de les annuler dans le cadre de la réforme de l’assurance-chômage.

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