Limiter l’ouverture des bars et restaurants: le prix à payer pour éviter un «catastrophique» reconfinement?

Le Premier ministre Jean Castex a annoncé de nouvelles mesures de soutien économique pour les entreprises soumises à des fermetures obligatoires ou des restrictions d’ouverture pour cause de Covid-19. Pas de quoi calmer la colère des concernés. Pour l’économiste Philippe Simonnot, c’est le prix à payer pour éviter un reconfinement dévastateur.
Sputnik

«Il n’est pas question que vous subissiez les conséquences de ces mesures sanitaires.» Le 24 septembre, le Premier ministre Jean Castex a tenté d’éteindre l’incendie provoqué par la mise en place des fermetures obligatoires et des restrictions d’ouverture qui concernent désormais les commerçants de nombreuses zones jugées particulièrement à risque d’être touchées par l’épidémie de Covid-19.

​À partir du 26 septembre, les restaurants et certains établissements recevant du public de la métropole Aix-Marseille et de Guadeloupe devront fermer leurs portes. Bars et restaurants de nombreuses grandes villes telles que Paris ou Nice devront quant à eux éteindre les lumières à 22h00. Les salles de sport de plusieurs zones à risque devront aussi fermer.

«Face à un dilemme»

Ces mesures ont entraîné la colère des gérants d’établissements des secteurs concernés qui, déjà fragilisés par des semaines de confinement au printemps, craignent pour leur survie. Le gouvernement a choisi de ressortir la sulfateuse à liquidités pour amortir le choc. «Nous avons décidé d’exonérer vos charges sociales correspondant à la période où vous allez être fermés», a notamment lancé le Premier ministre. Toutes les entreprises obligées de baisser le rideau ainsi que celles subissant des restrictions d’horaires pourront en bénéficier si leur chiffre d’affaires est amputé d’au moins 50%.

​Une manne financière supplémentaire dont sera privé le gouvernement. Peut-il continuer à tenir l’économie à bout de bras? Auteur de nombreux ouvrages, dont «Europe’s Century of Crises Under Dollar Hegemony», qui sortira le 8 octobre chez Palgrave Macmillan, l’économiste Philippe Simonnot réagit au micro de Sputnik:

«La crise du Covid-19 a fait exploser le taux d’endettement de la France, qui avoisine les 120% du Produit intérieur brut (PIB). Évidemment que c’est une situation critique!»

«Vous pouvez faire appel au chômage partiel, ce qui ne vous coûtera rien», a ajouté Jean Castex, précisant qu’un salarié verra ainsi sa rémunération assurée à hauteur de 84% de son salaire net, a expliqué Matignon. Les commerçants impactés bénéficieront d’un remboursement à 100% par l’État des sommes versées aux travailleurs en chômage partiel. Le Figaro précise que l’État «a prévu une enveloppe de près de 31 milliards d’euros» pour financer l’activité partielle.

Jean Castex a également annoncé un renforcement du fonds de solidarité mis en place depuis le printemps à destination des TPE et des indépendants. Les entreprises fermées administrativement, ainsi que celles dont l’activité sera restreinte comme les bars ou l’évènementiel, pourront bénéficier d’une somme allant jusqu’à 10.000 euros par mois pour compenser la perte de leur chiffre d’affaires.

Pour Philippe Simonnot, les mesures restrictives mises en place et ce qu’elles coûteront au pays sont un mal nécessaire:

«Le gouvernement se retrouve face à un dilemme. Il ne peut pas arrêter l’économie si l’épidémie se retrouve hors de contrôle. Et il faut comprendre que les entreprises concernées par les restrictions ne représentent que la partie visible de l’iceberg. Ce ne sont pas elles qui sont essentielles pour l’économie.»

«Le gouvernement a donc raison de limiter la casse avec ses aides, mais il a également raison de mettre en place ces mesures restrictives», ajoute-t-il.

Éviter le reconfinement «à tout prix»

Le Premier ministre justifie notamment ces dernières par le fait que l’«on a trois fois plus de chances de se contaminer dans un bar qu’ailleurs, deux fois plus dans un restaurant.» Et a lancé un avertissement le 24 septembre: «L’opinion doit être très attentive et prudente. Si nous n’agissons pas, on pourrait se retrouver dans une situation proche de celle du printemps […] Ça pourrait pouvoir dire reconfinement, et il faut l’éviter.»

​Philippe Simonnot abonde dans le sens du Premier ministre. Pour lui, l’économie ne supporterait pas un second confinement généralisé:

«Si laisser ouverts les bars après 22h fait peser un risque quant à la propagation du virus, ce qui pourrait entraîner un reconfinement, alors le jeu n’en vaut pas la chandelle. Car un reconfinement serait catastrophique pour l’économie dans sa quasi-entièreté.»

Reste que le gouvernement fait face à une colère grandissante. Des restaurateurs de plusieurs villes ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils braveraient les consignes du gouvernement. C’est notamment le cas à Marseilledes centaines d’entre eux ont battu le pavé le 25 septembre.

Si Philippe Simonnot dit comprendre leur colère, il maintient «qu’ils ne sont que l’arbre qui cache la forêt concernant le danger économique que court le pays.»

«Il faut à tout prix éviter un reconfinement général», conclut-il.
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