Un extrémiste pro-turc en France qui voulait attaquer les Arméniens fait tête basse au tribunal

Un jeune homme d'origine turque, accusé d'«incitation à la violence ou à la haine raciale» pour avoir appelé à s'en prendre à la communauté arménienne, a plaidé le malentendu jeudi à la barre du tribunal de Bourg-en-Bresse, rapporte l’AFP.
Sputnik

«Que le gouvernement me donne 2.000 euros et une arme, et je ferai ce qu'il y a à faire où que ce soit en France (...) On est à peu près 200.000 Turcs, faites ce que vous devez faire par vous-mêmes. Que chacun s'occupe de sa ville», avait exhorté cet été Ahmet Cetin, 23 ans, dans une vidéo en turc et français diffusée sur les réseaux sociaux.

Un rassemblement à la base des investigations

Le jeune homme est aussi soupçonné d'être l'initiateur du rassemblement d'un groupe d'extrémistes pro-Turquie armés de barres de fer qui ont tenté, en vain, de perturber une manifestation de la communauté arménienne de Décines-Charpieu, près de Lyon, cet été.

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Les «Loups gris», groupe ultranationaliste turc dont le prévenu a nié être membre, sont montrés du doigt mais le volet «regroupement armé» de l'affaire n'était pas jugé ce jeudi dans l'Ain.

Le tribunal correctionnel était seulement saisi d'établir si cet agent de maintenance a professé la haine et la violence auprès de ses quelque 7.000 abonnés sur Instagram, principalement d'origine turque ou maghrébine selon lui.

Une défense qui peine à convaincre le tribunal

Face aux juges, ce père d'un jeune enfant versé dans la politique - il a été candidat aux législatives de 2017 dans l'Ain sous l'étiquette du Parti égalité et justice, proche du gouvernement turc - se plaint d'être «catalogué comme mafieux, extrémiste» et avance qu'il a «utilisé des mots trash» parce que ses abonnés le «comprennent parfois mal».

Puis il se perd dans ses explications: «je ne me souvenais pas», «il y a un problème de traduction», «dans des villes où la communauté arménienne est plus nombreuse, il peut y avoir des actes de violence, je leur demande de faire attention». Tout juste admet-il que «les mots étaient mauvais» en voulant dire qu'«il faut que les Turcs se prennent en main».

Selon lui, il a employé le mot «arme» pour «faire le lien avec la caricature qu'on veut (lui) donner», ce qui ne convainc pas l'avocat du Comité pour la défense de la cause arménienne (CDCA), partie civile, Me Charles Consigny.

«En disant cela, on appelle au meurtre», rétorque-t-il à l'accusé, soulignant que la communauté arménienne avait été clairement mentionnée dans une autre partie de la vidéo.

Selon l'avocat, le mis en cause «essaye de nous prendre pour des imbéciles».

Une «haine» des Arméniens

«M. Cetin est animé par une haine irrationnelle des Arméniens», poursuit le conseil, exhumant des tweets qu'il qualifie de «négationnistes, prônant l'allégeance à l'Etat turc, professant la haine».

«Je ne pense pas que j'aurais fait un appel à la haine d'une manière publique si j'avais voulu le faire», soutient le jeune homme au cheveu ras et à la poitrine de culturiste, cintrée dans un blazer bleu, de plus en plus emprunté au fil de l'audience.

«Est-ce que le génocide arménien a existé?», l'interroge brusquement Me Consigny, en référence au massacre d'environ 1,5 million d'Arméniens entre 1915 et 1917, que la Turquie refuse de reconnaître comme «génocide». «Je ne suis pas historien», renvoie mécaniquement le prévenu.

Face à Me Ivan Terel, conseil de SOS Racisme et du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF), M. Cetin assure qu'il ne se «rendait pas forcément compte» de la portée de ses propos, en dépit de l'importance de son audience.

«Je veux me reconcentrer sur ma vie professionnelle et familiale, j'arrête les réseaux sociaux et l'activité politique», conclut-il à la barre.

Son avocate, Marie Audineau, plaide avec vigueur la mésinterprétation de ses propos, avance le préjudice du retentissement de l'affaire sur le jeune homme et son entourage, et assure que son compte Instagram a été supprimé.

Mais le procureur, observant notamment que le «caractère volontairement prosélyte a été établi», réclame 6 mois de prison avec sursis et une amende de 2.000 euros, assortis d'une peine d'inéligibilité de 5 ans.

Le délibéré a été fixé au 5 novembre et la plainte déposée devant le tribunal correctionnel de Lyon par le CDCA pour «regroupement armé» est quant à elle toujours à l'étude.

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