Covid-19: les enfants seraient-ils finalement des super-contaminateurs?

Une récente étude américaine révèle que les jeunes enfants auraient une charge virale de Covid-19 10 à 100 fois supérieure à celle des adultes. Plus tôt, une étude coréenne estimait que les enfants de 10 ans étaient autant vecteurs du virus que les adultes. Des résultats qui prennent en partie le contrepied de précédentes études. Analyse.
Sputnik

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Nouveau coup dur pour le discours politico-médiatique en matière de santé? Les résultats de deux études publiées coup sur coup tordent le cou à l’idée selon laquelle les jeunes enfants seraient moins contagieux que leurs aînés. Si le Covid-19 a effrayé le monde entier, la non vulnérabilité des enfants a indéniablement rassuré les opinions. Mais désormais, les dernières études ne sont guère plus rassurantes.

La première étude, sud-coréenne, publiée le 16 juillet, établit que la contagiosité des enfants de 10 ans serait aussi haute que celle des adultes. Et même si les enfants de neuf ans et moins semblent être moins contagieux que leurs aînés, le risque de transmission du virus existerait toujours. Un constat confirmé par la seconde étude, du Lurie Children’s Hospital of Chicago, publiée le 30 juillet dans la revue JAMA Pediatrics. Ses auteurs y soulignent toutefois que les jeunes enfants de moins de cinq ans auraient dans leur nez une charge virale 10 à 100 fois supérieure à celle des adultes. En somme, les enfants de moins de cinq ans et de plus de 10 ans seraient des bombes virales.

«La capacité des jeunes enfants à propager le Covid-19 a peut-être été sous-reconnue compte tenu de la fermeture rapide et durable des écoles et des garderies pendant la pandémie», notent les chercheurs américains.

Les enfants, bombes à Covid?

La contagiosité des enfants: une thématique et des résultats qui risquent fort de faire mouche aux États-Unis. En effet, cette publication scientifique survient à un moment clef, celui où les districts scolaires se prononcent sur les dates de réouverture de leurs établissements.

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En France, où le port du masque est obligatoire à partir de 11 ans depuis le 11 mai, la question de la contagiosité des enfants a également fait débat lors du déconfinement. En effet, ce dernier s’est accompagné de la réouverture des écoles. Annoncée dans son discours du 13 avril, Emmanuel Macron avait souhaité une réouverture progressive des classes à partir du 11 mai. D’abord sur la base du volontariat, la présence devint obligatoire à compter du 22 juin, au risque pour les parents de s’exposer à une lourde amende (article 227-17 du Code pénal).

Il est certain que relancer l’économie n’était concevable qu’avec des parents dépourvus d’enfants à charge. Cet impératif a-t-il déterminé la rhétorique rassurante du gouvernement?

«Il n’y a aucune recommandation scientifique qui dise qu’il faille faire porter des masques à des enfants», a déclaré Olivier Véran le 24 avril sur France inter, répondant à une auditrice de 11 ans peu rassurée à l’idée de retourner à l’école.

Le ministre de la Santé prenait toutefois ses précautions, précisant ne pas faire là «d’arbitrage» sur la question et soulignant que «les scientifiques changent d’avis».

48 heures plus tard, le Conseil scientifique soulignait la difficulté d’appliquer les gestes barrières dans ces lieux clos, avançant toutefois que «le risque de contagiosité individuelle chez les jeunes enfants est incertain, mais parait faible».

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Début juin, le président de ce même conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, plaidait de surcroît pour un dispositif sanitaire moins lourd afin de favoriser le retour des enfants à l’école et au collège. «Laissez les gens vivre» lâchait-il dans les colonnes du Journal du Dimanche.

Malgré tout, le doute persiste, même au sein des autorités sanitaires. En témoigne cette «synthèse rapide» des «connaissances actuelles» publiée mi-mai par Santé publique France. «L'importance du rôle des enfants dans la transmission du virus reste mal connue» notait notamment l’agence nationale.

Une question qui fait débat… chez les scientifiques

Mais en juin, deux études ont fait pencher la balance vers l’optimisme. Une étude menée sur 605 jeunes patients de moins de 15 ans par l'Association française de pédiatrie ambulatoire fut la première à s’imposer. Celle-ci statuait sur le fait que «les enfants semblent moins contaminés et moins contaminants» que les adultes. 10,7% d’entre eux étaient positif aux tests sérologiques, révélant la présence d’anticorps, contre 2% au niveau des tests PCR, montrant quant à lui l’activité du virus chez eux.

Du côté des médias, l’argument fit mouche. «Les études récentes montrent que les enfants sont peu dangereux pour leur entourage: moins contaminés et moins contaminants entre eux ou avec les adultes», déclarait début juin le docteur Sylvie Hubinois sur Franceinfo. Cette pédiatre estimait que «la grande majorité des enfants peut retourner sans risque à l'école».

«Les enfants sont peu porteurs, peu transmetteurs, et quand ils sont contaminés c'est presque toujours des adultes de la famille qui les ont contaminés», déclarait mi-mai sur BFM TV l’auteur de l’étude, le docteur Robert Cohen, pédiatre et infectiologue à l'hôpital de Créteil, estimant ainsi que le coronavirus est une «maladie d’adultes».

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Une seconde étude, menée par le professeur Arnaud Fontanet, chef du service épidémiologie de l'Institut Pasteur, arriva au lendemain de la reprise des classes du 22 juin. Ce dernier répétait la même hypothèse: «On peut imaginer que ce sont plutôt les parents qui ont infecté les enfants», déclarait le médecin auprès de France inter.

Cette étude de la prestigieuse fondation statuait que par rapport aux adolescents et aux adultes, les enfants de moins de 10 ans étaient moins contagieux. Le titre du communiqué de presse qui l’accompagnait était sans équivoque: «Covid-19 dans les écoles primaires: pas de transmission importante du virus entre enfants ou vers les enseignants». La presse et l’opinion étaient donc rassurés. Jusqu’à aujourd’hui.

Au-delà des débats qui déchirent la communauté scientifique, une chose est sûre: de nombreuses zones d’ombres perdurent autour du SARS-CoV-2 apparu bien trop récemment. Déjà juillet, une autre idée reçue tombait sur le virus. Contrairement à ce qu’affirmait jusqu’alors l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ce dernier est bel et bien aéroporté: les microparticules, et pas seulement les «petites gouttelettes» censées être retenues par les masques de protection respiratoires, peuvent transmettre le nouveau coronavirus.

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