Actes contre les lieux de mémoire: où chercher les racines?

Série noire d’actes de dégradation du patrimoine français: vandalisation des statues, incendies dans les églises. Jean-Frédéric Poisson, président du Parti chrétien-démocrate, essaye de leur trouver un dénominateur commun au micro de Sputnik.
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L’incendie dans la cathédrale de Nantes, la destruction de statues en Martinique, la vandalisation du monument en hommage à Colbert devant l’Assemblée Nationale… Pour Jean-Frédéric Poisson, président du Parti chrétien-démocrate (PCD), «il est impossible» de surveiller les 45.000 églises paroissiales en France, d’autant plus qu’ «une église, par définition, est un lieu ouvert». «Il y a là un équilibre à trouver», suggère l’homme politique, au studio de Sputnik.

«Nous sommes condamnés à traiter le problème par la racine: par l’éducation et par le retour dans les salles de classe de l’école primaire à un juste enseignement sur ce que qu’est le phénomène religieux, à quoi ça sert, pourquoi il faut respecter l’église, le monument aux morts, les statues, notre histoire en général», assure Jean-Frédéric Poisson.

Pour lui, la responsabilité dans le domaine de la sécurité revient à l’État, en tant que propriétaire des murs des lieux de culte, «sachant que personne n’a les moyens de le faire».

Mis à part quelques lieux hautement symboliques, «sur lesquels il faut faire plus d’efforts que ce qui est déjà fait», l’homme politique constate sans rire que, pour les autres paroisses, «il nous reste à nous en remettre à la providence, il n’y a pas d’autres moyens».

Des actes contre les lieux de mémoire peu condamnés

Sans céder aux sirènes complotistes, M.Poisson indique que les lieux de culte musulmans sont attaqués «moins souvent», probablement parce qu’«il en a 20 fois moins» et qu’ils sont de construction plus moderne, pour la plupart.

«Contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, le discours antichristianiste est beaucoup plus volumineux que le discours de la haine et de l’agressivité à l’égard de l’islam. Tous simplement, parce que le christianisme est encore dominant», estime M.Poisson.

L’incendie dans la cathédrale de Nantes présente «un caractère christianophobe affiché, ouvert ou non», selon Poisson
Par contre, le leader du parti chrétien-démocrate soutient que «beaucoup d’actes de vandalisme sont classés sans suite, beaucoup d’entre eux ne font même pas l’objet d’enquête et encore moins de traduction devant les tribunaux». Il rappelle ce «phénomène très ancien»: les faits ne sont pas considérés «comme la priorité par les services de la PJ ou les services de la justice».

«On peut constater qu’il y a des personnes qui commettent des actes très graves mais qui sont assez peu condamnés. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour les Français», regrette-t-il.

Acceptant que pour les délits où aucune vie humaine n’est mise en danger, les peines encourues soient moins lourdes, l’homme politique prie de ne pas oublier de donner «une valeur symbolique» à l’édifice religieux, au monument aux morts ou à une statue funéraire. «Une atteinte est grave, parce qu’on attaque l’âme et l’esprit de chacun d’entre nous, tout comme l’esprit collectif», insiste M.Poisson.

Connaître l’histoire

«Connaître son histoire pour comprendre l’État dans lequel on se trouve à un instant donné» est vue par M.Poisson comme un devoir d’un peuple. Le fait de «vouloir violenter» l’histoire de France par l’intermédiaire de certaines personnes et leur incarnation dans les statues est considéré par l’homme politique comme «une crise d’adolescence» dépourvue de sens. L’homme politique s’exprime sans ménagement:

«Ça n’a aucune espèce d’efficacité, on n’est pas dans la volonté de construire le monde plus juste, on est dans une forme d’épuration idéologique, un mécanisme purement fasciste de réinvention de l’histoire, de maquillage de l’histoire».

Le suspect de l’incendie de la cathédrale de Nantes faisait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français
Pour lui, ça revient à vouloir «être d’une famille quand cela convient et ne pas être d’une famille quand cela ne convient pas». «Il n’y a pas de tri à faire, mais une connaissance à avoir. On revient à la thématique de l’éducation», assure-t-il pour enfoncer le clou.

Une attente de débat sur les «vérités historiques»

Dans les pas de Jean Castex qui a condamné «très fermement» le déboulonnage de statues en Martinique, M.Poisson attend une condamnation «violente» des actions de dégradation, «et pas qu’en parole!»

«L’État n’est pas suffisamment ferme et ne montre pas suffisamment de détermination pour empêcher ces actes, souligne Jean-Frédéric Poisson. Mais le problème de l’État est également qu’il ne comprend pas l’origine du problème et ne veut pas s’attaquer à la racine: aux programmes scolaires et à l’enseignement de l’histoire».

Jean Castex condamne «très fermement» le déboulonnage de statues en Martinique, que le préfet avait laissé faire
L’homme politique pointe du doigt «un manque de courage» de l’État qui «refuse de traiter» les causes. «Or, la cause est un déficit abyssal de culture historique et de capacité à aborder tranquillement la vérité historique», s’insurge l’homme politique qui, entre autres, suggère «des débats» sur «un fait historique» du rôle de l’islam, «un des plus grands pourvoyeurs d’esclaves».

«Ça commence bien avant la traite négrière occidentale et ça va bien après l’abolition de l’esclavage. Il paraît qu’on n’a pas droit de le dire. Disons-le. Est-ce qu’on est prêt à aborder ces vérités? J’espère que oui», conclut Jean-Frédéric Poisson.
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