L’Otan et la Turquie, outils de l’Amérique au Moyen-Orient

Comment l’Otan est-elle utilisée au Moyen-Orient et en Méditerranée orientale? Caroline Galactéros, présidente du think tank Geopragma, dénonce le contrôle des États-Unis sur l’alliance: cette dernière ne serait qu’un moyen d’asseoir son leadership, tout comme la Turquie n’est qu’un outil pour contrer les influences européenne et surtout russe.
Sputnik

L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (Otan) ne cesse d’étendre son influence ces dernières années dans les zones de guerre ou de fortes tensions moyen-orientales. Mais quelle puissance s’en sert au mieux?

Pour Caroline Galactéros, docteur en science politique et présidente du think tank de géopolitique Geopragma, les agissements de l’Alliance atlantique répondent aux besoins et aux intérêts de la puissance qui la domine: les États-Unis.

L’Otan, VRP des armes américaines

Si le désengagement américain du Moyen-Orient a débuté il y a près de dix ans sous le premier mandat de Barack Obama, ses effets ont paru plus évidents sous l’Administration Trump. La nature ayant horreur du vide, les puissances montantes comme la Russie et la Turquie, mais aussi l’Égypte, Israël ou encore l’Iran s’imposent sur les principaux théâtres de guerre libyens et syriens.

Mais comme l’explique l’auteur de l’essai Vers un nouveau Yalta (Éd. Sigest, 2019), les États-Unis n’ont pas déserté la zone, comme l’illustre la présence encore importante de GI’s dans ces régions. De plus, Washington utilise l’Otan, qui a des partenariats de la Mauritanie à l’Afghanistan, comme un outil d’emprise et de contrôle.

Car selon les propres termes de Caroline Galactéros, «après avoir déstabilisé ces pays, il faut les restabiliser», c’est-à-dire rebâtir leur sécurité. C’est là qu’intervient l’Otan, assistant ces nations affaiblies et prodiguant conseils et formations. Une présence très utile pour que la puissance américaine vende toujours plus d’armes.

Caroline Galactéros perçoit de surcroît que les États-Unis se servent de la participation de ses alliés à l’organisation, en ce moment notamment celle de la Turquie, pour contrôler ou contrecarrer l’influence de ses partenaires ou ennemis au Moyen-Orient.

La Turquie, fer de lance américain au Moyen-Orient

Pour la présidente de Geopragma, le rôle singulier auquel se prête la Turquie s’apparente à celui d’un véritable «proxy américain dans la région». Si elle ne conteste pas qu’Ankara jouisse d’une certaine indépendance envers Washington, la montée en puissance turque reste, selon elle, permise par son allié américain dans le but de contrer l’influence russe, grande ennemie de l’Otan.

Or, les positions et intérêts turcs divergent trop souvent, selon Caroline Galactéros, avec celles d’autres partenaires de l’alliance. C’est actuellement le cas vis-à-vis de la France et l’Union européenne. En Méditerranée orientale, non loin des côtes libyennes, la France et la Turquie, deux membres éminents de l’alliance, se sont opposées tout en revendiquant chacune avoir agi sous bannière de l’Otan.

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