Entre «canular» et soutien fervent, la nomination de Dupond-Moretti déclenche une tempête de réactions

La nomination d’Éric Dupond-Moretti au poste de garde des Sceaux a surpris plusieurs politiques et magistrats, l’un des proches du nouveau ministre ayant même cru à «un canular». Alors que Jordan Bordella pointe un «ignoble naufrage», Jean-Luc Mélenchon s’en félicite et espère que Dupond-Moretti va «rétablir la dignité et l’honneur».
Sputnik

Quelques heures après sa nomination, le nouveau ministre de la Justice fait déjà l’objet d’une importante polémique dans les milieux politiques et judiciaires.

«Il n’est pas le meilleur ami des magistrats quand il est dans le rôle de l’avocat de la défense», a confirmé ce mardi sur Europe 1 Pierre Ferracci, président du groupe Alpha et proche d’Emmanuel Macron, avant de nuancer:

«En tant que garde des Sceaux, il aura l’intelligence de trouver un équilibre. Il retrouvera la place d’un garde des Sceaux et pas de l’avocat qu’il est, brillant et qui obtient souvent des résultats convaincants.»

Un «canular»

Un des proches du nouveau ministre de la Justice, l’avocat lillois Stefan Squillaci, s’est confié sur leur amitié auprès de France Bleu. Il a notamment évoqué comment il a appris la nouvelle de la nomination de Dupond-Moretti:

«Je croyais que c'était un canular, parce qu'il est facétieux, drôle et régulièrement il appelle pour me raconter des histoires. […] «Je me suis presque mis à pleurer, j'étais rouge de fierté pour lui, rouge de fierté pour sa mère, rouge de fierté pour le barreau de Lille, rouge de fierté pour la profession.»

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Qualifiant son ami depuis des années et ex-associé de «très bonne personne», l’avocat lillois a insisté sur le fait que le nouveau garde des Sceaux n’était pas une «grosse tête»:

«Je me souviens qu'un jour on lui a proposé la légion d'honneur et il l'a refusée en disant: "c'est comme les bombes, ça tombe toujours sur ceux qui le méritent le moins".»

Stefan Squillaci a également assuré que celui qui est surnommé Acquitator connaissait «bien la mécanique de l’âme humaine»:

«[Il] aime les gens, quand il défend un violeur il ne défend pas le viol, quand il défend un escroc il ne défend pas l'escroquerie, quand il défend un tueur il ne défend pas le meurtre, il défend un homme.»

«Un sacré coup de pied au cul à la dignité des magistrats»

Alors que Jean-Luc Mélenchon a salué la nomination de Dupond-Moretti, estimant que, de concert avec Darmanin, ils «doivent rétablir la dignité et l’honneur», le Rassemblement national (RN), de son côté, ne partage pas cet avis. Le nouveau ministre avait par le passé demandé l’interdiction du parti de Marine Le Pen.

«Pire que Taubira et Belloubet», estime le vice-président du RN, Jordan Bordella: «Quel ignoble naufrage…»

Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, s’est également opposé à cette nomination:

«Quand aurons-nous un ministre de la Justice du côté des victimes et innocents, plutôt que des barbares et voyous?» a-t-il écrit sur Twitter.

Député français du groupe Identité et Démocratie au Parlement européen, Gilbert Collard a par ailleurs qualifié l’événement de «coup de pied au cul à la dignité des magistrats».

La nomination de Dupond-Moretti est par ailleurs considérée comme une «déclaration de guerre à la magistrature» par l’USM, syndicat majoritaire chez les magistrats, contre lesquels l’avocat s’est souvent prononcé. En réagissant à ce jugement sur LCI, l’avocat Serge Portelli a estimé que c’était «un peu fort»:

«Ça me paraît excessif, c'est quand même le ministre de la Justice, il y a un minimum de respect à avoir pour une autorité qui a été nommé légalement, constitutionnellement. Déclarer la guerre à un ministre alors qu’il n’a même pas encore ouvert la bouche en tant que ministre, ça me paraît un peu rapide.»
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