Une dizaine de villages lorrains ont été souillés par des déchets exportés illégalement peu avant le confinement, rapporte France Info, dont l’équipe de «L’œil du 20 heures» a mené l’enquête. Elle a révélé un «trafic international» de déchets qui trouve son origine en Belgique, dont toutes les parties interrogées s’estiment victimes.
«C’est une mafia qui gère ce genre de choses», estime auprès de la chaîne Jacques Marteau, maire de Haucourt-Moulaine.
Dans sa commune, près de 500 tonnes de gravats mêlés à des déchets ménagers ont été déversées. De grandes quantités ont également été retrouvées dans des communes à proximité de la frontière belge.
«Nous nous considérons comme victimes au même titre que les communes qui ont été touchées», a déclaré la porte-parole du groupe, Véronique Hustin, affirmant que l’entreprise avait déposé plainte.
Dans un communiqué auquel Sputnik a eu accès, Jost Group a «déploré ces actes et une fois de plus présenté ses excuses aux populations touchées» par les déversements. Pour la société, qui aspire à la transparence, «la responsabilité incombe entièrement au pollueur, la société commanditaire Mondial Services».
«La logistique des transports de déchets se complexifie et il est primordial pour Jost Group de respecter le cadre réglementaire et d’assurer la protection de l’environnement contre les effets préjudiciables causés par les décharges illégales», est-il souligné.
Tous les déchets venaient d’une même déchetterie belge, dont le gérant rejette également toute responsabilité. «Nous avons payé 108 euros la tonne pour nous débarrasser de ces déchets. Ils nous ont dit qu’ils comptaient en recycler une partie et que le reste irait dans différents endroits en France», a-t-il assuré.
Usage de faux documents
Cette même déchetterie a alors montré des bons de livraison à destination d’un centre de tri en France, Éco Déchets, dont le siège est à Lyon. «C’est un faux!», s’est exclamé le patron de cette entreprise à la vue des documents, ajoutant qu’il allait porter plainte. Le logo était similaire, mais il manquait notamment le numéro SIRET, censé identifier l’existence légale de l’entreprise.
L’enquête de France Info s’est alors tournée vers l’intermédiaire entre le transporteur et la déchetterie. Si celui-ci a avoué la falsification des bons de livraison, il a nié être l’initiateur de ce trafic illégal. «Il y a eu quelqu’un sur place, je donnerai les noms à la justice», a-t-il répondu. L’homme aurait néanmoins personnellement touché jusqu’à 220.000 euros pour ces dépôts sauvages.
Alors que ces tonnes de déchets se trouvent toujours en Lorraine, le parquet de Lille a ouvert une enquête judiciaire pour «escroquerie en bande organisée» et «association de malfaiteurs». Une autre enquête est en cours en Belgique.