Le soutien du gouvernement à Darmanin accusé de viol est «absolument insupportable», selon l’avocate de la plaignante

Le soutien public du gouvernement à Gérald Darmanin, accusé de viol, est «insupportable», a estimé, dans une interview sur Franceinfo, l’avocate de la partie plaignante. Ces propos interviennent après que Sibeth Ndiaye et Nicole Belloubet ont exprimé leur soutien et leur confiance au ministre de l'Action et des Comptes publics.
Sputnik

Au lendemain de la reprise des investigations dans le cadre de l’affaire Gérald Darmanin, l’avocate de la partie plaignante qui l’avait accusé de viol, a dénoncé, auprès de Franceinfo, le soutien que le gouvernement a apporté publiquement au mis en cause.

«Cela devient absolument insupportable», a lancé le 12 juin la maître Élodie Tuaillon-Hibon. «Le gouvernement doit être dans la retenue, il doit être dans le recul».

Après la relance de l’enquête, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye avait rappelé sur Franceinfo que «sur le fond de l'affaire, [il] a bénéficié d'un non-lieu».

«Je lui renouvelle et mon amitié et ma confiance ce soir», a-t-elle fait remarquer.

Sans entrer dans les détails de l’affaire, l’enquête étant en cours, Nicole Belloubet a quant à elle tenu à souligner sur Franceinfo qu’«au demeurant, Gérald Darmanin est un excellent ministre du Budget».

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«Cette manière de soutenir à ce point publiquement, cela devient vraiment insupportable. Il va falloir que le gouvernement prenne la mesure de la situation. C’est un très mauvais signal qui est envoyé à toutes les femmes en France», a estimé Me Tuaillon-Hibon.

D’après elle, «ce n'est plus acceptable qu'on continue comme ça à soutenir publiquement», tout en exprimant son accord au respect de la présomption d’innocence, laquelle «l'est largement dans ce dossier».

«Mais assurer quelqu'un de son soutien, normalement ça se fait en privé dans ce genre de circonstances. Parce que quand vous êtes ministre ou secrétaire d'État et que vous apportez un soutien public sur des radios ou des télévisions, cela envoie un message politique», a conclu l’avocate.

En outre, dans un communiqué paru le 12 juin, les deux avocates de la partie plaignante, Mes Elodie Tuaillon-Hibon et Marjolaine Vignola, ont exprimé le souhait «que les membres du gouvernement cessent de peser éhontément en faveur de leur collègue à chaque interview». Elles ont réclamé que la «présomption d'innocence du mis en cause ne devienne pas la présomption du mensonge de la victime».

«Il est assez choquant d'entendre en France en 2020 une ministre ou une secrétaire d'État soutenir publiquement et sans recul le mis en cause, qui au nom de ses qualités professionnelles, qui au nom de l'amitié, alors qu'en face, une femme sans pouvoir ni soutien médiatique a trouvé le courage de porter plainte contre lui», indique par ailleurs le communiqué.

Affaire Darmanin

La cour d'appel de Paris a ordonné mardi la reprise des investigations concernant une accusation de viol en 2009 visant le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin.

Cette démarche faisait suite au classement sans suite par le parquet, décidé au terme d'une enquête préliminaire lors de laquelle le ministre avait été auditionné, sans être confronté à son accusatrice.

En août 2018, la magistrate avait rendu «une ordonnance de non-lieu à informer», estimant qu'au vu de ces investigations, les faits reprochés n'étaient pas constitués et qu'il n'y avait pas lieu d'ouvrir une information judiciaire.

Accusations

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L'appel formé par la plaignante, Sophie Patterson-Spatz, avait été considéré trop tardif par la cour d'appel dans une ordonnance d'octobre 2018, annulée par la Cour de cassation en novembre.

Gérald Darmanin, 37 ans, est accusé par cette femme de l'avoir violée en 2009. À l'époque, elle s'était adressée à l'élu, alors chargé de mission au service des affaires juridiques de l'UMP, pour tenter de faire annuler une condamnation de 2004 pour chantage et appels malveillants contre un ex-compagnon.

Selon elle, M.Darmanin lui aurait fait miroiter son appui auprès de la Chancellerie, en échange de faveurs sexuelles.

«Nous espérons avoir désormais une vraie information judiciaire, qui examinera sérieusement les éléments du dossier», ont réagi auprès de l'AFP Mes Elodie Tuaillon-Hibon et Marjolaine Vignola, qui dénoncent l'absence de confrontation entre leur cliente et le ministre lors de l'enquête préliminaire.

Une deuxième accusatrice, une habitante de Tourcoing (Nord), ville dont le ministre fut maire de 2014 à 2017, avait porté plainte pour «abus de faiblesse», affirmant que l'élu lui avait demandé des faveurs sexuelles en échange d'un logement. Cette procédure a également été classée sans suite par le parquet de Paris au printemps 2018.

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