«Roi de Basoche»: ce Français de 23 ans a été invité au couronnement d'un leader africain en s'inventant un royaume

Une histoire digne d’un des plus gros canulars du XXe siècle. En 1977, un étudiant en droit à la faculté de Poitiers assiste au sacre de l’empereur centrafricain Bokassa Ier en tant que roi de Basoche.
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        C’est une drôle d’histoire dont les faits remontent à 1977, quand un étudiant en droit à la faculté de Poitiers s’est imposé au sacre (cérémonie religieuse conférant à un souverain un caractère sacré) du Président centre-africain. Retour sur l’épopée, narrée par France Bleu ainsi que par un long thread sur Twitter de Guillaume Nicoulaud, spécialisé dans ce genre d'histoires.

Histoire du royaume de Basoche

Didier Piganeau, 23 ans en 1977, organise un incroyable canular avec sa confrérie estudiantine poitevine «Le royaume de Basoche» dont il est le «roi».

En fait, le véritable royaume de Basoche a été créé en 1302 par Philippe-le-Bel et réunissait pour le plaisir juges, avocats et procureurs. Le roi de ce royaume fantoche avait le privilège d'organiser des spectacles de rues et des farces, mais les représentations ont été bannies en 1540 par François Ier.

Ce royaume ressuscite dans les années 1960 grâce à un étudiant en droit de Poitiers. Et depuis, chaque année, les étudiants en droit sacrent un roi de Basoche. En 1977, il s'appelle Didier Piganeau.

Ils écrivent une lettre à l’ambassade

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Après plusieurs folies, comme une banderole «Changement de propriétaire» devant l’hôtel de ville de Poitiers à l’annonce des résultats des élections municipales, le groupe entreprend une tout autre affaire: assister au sacre du Président de la République centrafricaine.

Les basochards envoient donc un courrier à l'ambassade de Centrafrique, dans lequel leur roi, Didier Ier, s’adresse au Président centre-africain: «Mon cher cousin». Surprise! Quelques jours après, ils reçoivent une invitation officielle à la cérémonie qui doit se tenir en grande pompe.

Rassemblés autour d’un apéritif pour comprendre comment agir, le groupe appelle l'ambassade pour s'indigner de l’absence de billets d’avion avec l'invitation. Le personnel parisien de l’ambassade s’excuse et demande au roi de Basoche de se présenter à l’aéroport d’Orly dans quatre jours, muni de l'invitation, où lui seront remis des billets pour Didier Ier et sa reine.

Toutefois, l’étudiant se décide à dire à l’ambassade que la Basoche n’est qu’un modeste royaume, avec peu de sujets et un petit territoire dont la vocation est plutôt folklorique. «Vous savez Monsieur, nous savons très bien qui nous invitons», répond-elle.

En route vers Bangui

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Didier Piganeau, sa compagne Dominique, devenue plus tard sa femme, et les officiels du royaume se dirigent alors vers Paris. Dans leur bagage, des vêtements d’été, une tenue de gala, un costume pour Didier Ier par dessus lequel il portera une cape noire et une faluche.

À Orly Ouest, ils se rendent à la porte d’embarquement indiquée sur l’invitation, mais n’y trouvent personne. Puis ils aperçoivent un jeune Africain, Zera Selassié, qui se révèle être le prince d’Éthiopie, et qui ne comprend pas non plus où il doit se présenter pour récupérer son billet.

Ils finissent par trouver un bureau auquel ils montrent les invitations pour obtenir leurs billets pour Bangui. Mais ni Piganeau ni le roi de Basoche ne figurent sur la liste. Il leur est demandé de présenter des cartes de visite pour justifier leurs prétentions royales. Par chance, le père de Didier s’en est occupé la veille avec l’aide d’un ami imprimeur. Monsieur et Madame Didier Ier embarquent ainsi pour un voyage de cinq jours en Centrafrique.

Réception royale

Au débarquement de l’avion, une berline ministérielle récupère les étudiants qui sont conduits dans une villa par un convoi. Sur place, ils jouissent d'un traitement royal et assistent à la cérémonie.

La canular s'est déroulé au nez et à la barbe des renseignements généraux qui n’ont été informés de cette épopée qu'au retour en France de Didier Piganneau, raconte Curiosités juridiques.

Quant à Bokassa, informé de l'affaire, il aurait confié «avoir apprécié l'humour des étudiants français».

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