Covid-19: les Algériens face à la crise capillaire

Les professionnels du secteur de la coiffure et des soins esthétiques font partie des corporations impactées par la décision de fermeture des commerces durant cette période de pandémie de Covid-19. Confrontés à cette crise capillaire, les Algériennes et les Algériens ont souvent recours à la débrouille pour se faire une beauté.
Sputnik

Propriétaire d’un petit salon de coiffure à El Harrach, une des principales communes de l’est d’Alger, Slimane profite de cette période de chômage forcé pour effectuer quelques travaux.

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Il assure ne pas avoir travaillé depuis le 21 mars, date d’entrée en vigueur de l’interdiction d’activité imposée aux coiffeurs et à certaines professions à risque.

«Mon métier consiste à être très proche du visage de mes clients. Je ne peux pas coiffer une personne en observant la distance de sécurité d’un mètre. C’est impossible. Personnellement, j’ai décidé de respecter l’interdiction des autorités. Je ne veux pas attraper cette maudite maladie. D’ailleurs, même si je le voulais, je ne pourrais pas à cause de l’impossibilité de trouver des masques sur le marché. Mais j’espère sincèrement que tout rentrera dans l’ordre très vite afin que je puisse gagner ma vie», indique-t-il à Sputnik.

Menace réelle

Papa de deux enfants, Slimane dit redouter manquer l’Aïd el-Fitr, fête qui marque la fin du ramadan, durant laquelle il réalise l’essentiel de son chiffre d’affaires annuel. D’autres coiffeurs n’hésitent pas à braver l’interdit en se déplaçant chez leurs clients pour s’assurer un revenu minimum. Il suffit d’aller sur Oued-Kniss, principal site de petites annonces du pays, pour le confirmer. Mais il n’est pas certain que tous ces professionnels du ciseau et du séchoir utilisent les moyens de protections adéquats pour éviter tout risque de contagion au coronavirus.

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Avec 2.910 cas confirmés, 402 décès et 1.204 patients rétablis, l’Algérie est le pays d’Afrique le plus touché par le Covid-19. La menace est donc bien réelle. La détresse n’est pas seulement du côté des professionnels, elle est également au sein de la population. Entretenir sa coiffure, ses ongles et son corps est devenu très compliqué depuis plusieurs semaines. Hamdi, la trentaine et les cheveux gominés, raconte son expérience à Sputnik.

«J’ai réussi à avoir les coordonnées d’un coiffeur qui se déplace à domicile et qui utilise des moyens de protection, mais il a refusé de venir chez moi car j’habite trop loin de son quartier. En attendant de trouver une solution, je porte une casquette pour cacher ma tignasse. Grâce à un ami, j’ai pu prendre rendez-vous avec un professionnel qui reçoit chez lui. J’espère que c’est bientôt la fin de mon calvaire», explique-t-il.

Le désarroi des fausses blondes

Certains hommes ont trouvé une solution radicale à leur problème capillaire: la tondeuse. L’utilisation de cet appareil permet d’éviter de passer par la case coiffeur et de se faire une nouvelle tête chez soi, en toute sécurité. Les sites de vente en ligne présentent différents modèles à des prix allant de 3.000 à 40.000 dinars (de 22 à 290 euros). 

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Mais cette option est à exclure pour la gent féminine, certainement la plus lésée en cette période de distanciation sociale. Et les temps sont particulièrement durs pour les accros à la teinture et au lissage brésilien. «Bientôt, il n’y aura plus de blonde en Algérie», dit en riant Yasmine, cadre dans une grande entreprise.

«Les fausses blondes sont les plus touchées par cette crise car elles ont difficilement accès à leur coiffeuse. Il est possible de se blondir en utilisant soi-même un produit décolorant, mais cela peut avoir un effet catastrophique sur les cheveux. Il est préférable que cette opération soit faite par une professionnelle. Idem pour les abonnés aux soins à la kératine et autres enzymothérapies. Leur chevelure commence à perdre son aspect souple et lisse en l’absence d’entretien régulier», souligne Yasmine.

Plan Botox suspendu

Les instituts de beauté et cabinets de médecine esthétique sont eux aussi impactés par la crise sanitaire. Nadia, médecin spécialiste en dermatologie esthétique, indique à Sputnik que plusieurs établissements de la capitale ont fermé dès l’apparition des premiers cas de coronavirus dans le pays, soit avant même la décision de fermeture imposée aux commerces par les autorités.

«Les professionnels ont pris conscience très tôt de la dangerosité de leur activité qui nécessite, souvent, d’intervenir dans la zone du visage», explique-t-elle. La jeune femme travaille dans une clinique de chirurgie esthétique sur les hauteurs d’Alger qui a décidé de reprendre ses activités après trois semaines de fermeture.

«Nous avons imposé certaines règles de sécurité, notamment en limitant la présence à trois personnes dans le cabinet. Tout le personnel est tenu de porter un masque et une visière et la clientèle doit avoir une bavette. Cependant, nous intervenons sur tout le corps à l’exception des soins du visage car cette zone constitue la porte d’entrée du virus dans l’organisme. Donc nous ne faisons plus d’injections de botox et d'acide hyaluronique, deux produits qui permettent d'estomper les rides, ni même d’épilation du visage», dit-elle.

Selon ce médecin, l’arrêt des injections faciales intervient à une période propice à cause du mois de ramadan. «Une personne qui reçoit un traitement au botox et à l'acide hyaluronique doit être bien hydratée, ce qui est plutôt compliqué durant le jeûne. Au sein de notre établissement, nous avons pour habitude d’arrêter les produits injectables au moins quinze jours avant le début du ramadan.» Les clientes botoxées devront donc faire preuve de patience en attendant de reprendre leur guerre contre les rides.

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