Plusieurs millions de dollars pour la tête de Nicolas Maduro: «Ça rappelle le Far West»

En pleine crise mondiale de coronavirus, les États-Unis viennent d’inculper Nicolas Maduro, Président du Venezuela, l’accusant de narcotrafic, tout en proposant une feuille de route pour sa démission en échange d’une levée de sanctions. Décryptage de Maurice Lemoine, spécialiste de l’Amérique latine, pour le Désordre mondial.
Sputnik

La pandémie mondiale de Covd-19 n’entrave pas la volonté étasunienne de changer de régime au Venezuela. Tandis que l’Amérique elle-même essaie de garder le couvercle sur la pandémie, elle n’a pas perdu la volonté de chasser le Président vénézuélien, Nicolas Maduro, du pouvoir.
Le Département de la Justice vient d’inculper Maduro aux États-Unis, l’accusant de faire partie d’un réseau de narcotrafiquants. Et maintenant, le Département d’État exige que Maduro et le Président autoproclamé, Juan Guaido, se retirent tous les deux en faveur de nouvelles élections et d’un gouvernement de coalition de transition. Tout cela en échange de la levée des sanctions.

Maurice Lemoine, journaliste spécialiste de l’Amérique latine et ancien rédacteur en chef du Monde Diplomatique, commente la mise à prix de la tête de Maduro par le Département de la Justice américain: le Président vénézuélien vaudrait moins qu’Oussama Ben Laden, mais plus que Pablo Escobar:

«On peut en rire, ces 15 millions de dollars pour la tête de Maduro... Ça rappelle le Far West, mais ça peut déboucher sur des conséquences extrêmement graves, en réalité. Si jamais les États-Unis parviennent à ce que quelqu’un renverse Maduro ou l’enlève ou le séquestre, les Chavistes parlent déjà de la fureur bolivarienne. C’est-à-dire que c’est une histoire à déclencher une guerre civile.»

Lemoine revient sur les accusations américaines contre Maduro, expliquant que les grands trafiquants de cocaïne sont plutôt certains alliés des États-Unis et non pas le Venezuela:

«Les États-Unis ont instrumentalisé le thème du narcotrafic. Tantôt ils le combattent, tantôt ils l’ignorent, tantôt ils l’utilisent.»

Que pense Lemoine de la nouvelle proposition américaine qui verrait Guaido et Maduro se désister en faveur de nouvelles élections et d’une levée des sanctions?

«Le gros problème des États-Unis, à part l’échec Guaido, c’est qu’il y a aussi actuellement en cours au Venezuela entre l’opposition modérée et le gouvernement de Nicolas Maduro des négociations... Les États-Unis sont très inquiets de voir une partie de l’opposition vénézuélienne dialoguer dans des conditions normales avec le gouvernement de Maduro et donc il s’agit de casser cette logique de négociations, de discussion démocratique, pour imposer les vues de Washington.»
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