La justice algérienne part en croisade contre les discours haineux, une députée visée

La plainte déposée en juin dernier pour «incitation à la haine raciale et appel au meurtre» contre la députée et présidente du Parti pour l’équité et la proclamation Naïma Salhi en Algérie est désormais en phase d’instruction par la justice, indique un communiqué des avocats plaignants cité par TSA.
Sputnik

La justice algérienne a engagé une procédure d’instruction à l’encontre de la députée et présidente du Parti de l'équité et de la proclamation (PEP) Naïma Salhi qui a de nouveau tenu ces dernières semaines des propos racistes à l’égard des populations de Kabylie. En juin 2019, trois avocats, Me Salim Chait, Kader Houali et Sofiane Dekkal, avaient déposé une plainte contre la présidente du PEP.

Face à la montée des discours racistes, régionalistes, séparatistes et haineux dans l’espace public algérien, notamment sur les réseaux sociaux, le Président Abdelmadjid Tebboune a instruit le gouvernement d’élaborer un projet de loi criminalisant toute forme de discours de haine dans le pays, informe un communiqué de la présidence de la République relayé par l’Algérie Presse Service (APS) en janvier 2020.

La justice passe à l’action

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«Après plus de huit mois d’attente où notre plainte était perdue entre deux juridictions, l’instruction est enfin engagée contre cette délinquante politique qui ne cesse de faire parler d’elle, malgré la fermeture de ses deux pages officielles», affirment les trois avocats dans un document cité par le site d’information Tout Sur l’Algérie (TSA).

Mardi 3 mars, Me Houali et Chait ont été informé par la Gendarmerie nationale que leur plainte déposée contre la présidente du PEP pour «incitation à la haine raciale et appel au meurtre» via sa page officielle Facebook à travers des vidéos et des publications était désormais prise en charge par la justice.

«Nous tenons à rappeler que le racisme n’est pas une opinion, mais un délit passible de justice et nous ne ménagerons aucun effort pour en traduire les promoteurs devant les tribunaux», souligne la note.

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Cette instruction intervient alors que le Parlement s’apprête à débattre du projet de loi contre la haine et la discrimination récemment adopté par le Conseil des ministres, indique TSA.

Qu’en est-il des séparatistes kabyles?

L’Algérie est également visée par un mouvement séparatiste kabyle qui a élu la France comme terre d’accueil. En effet, en juin 2010 à Paris, Ferhat Mehenni, président du Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie (MAK) a annoncé la création du Gouvernement provisoire kabyle (GPK), ou Anavad, en exil.

M.Mehenni avait alors appelé dans une courte vidéo publiée de Londres le 4 juin 2018 les Kabyles à constituer des forces de sécurité destinées à se substituer aux forces algériennes:

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«Donc pour que cette indépendance devienne réalité, j'appelle la Kabylie, j'appelle le peuple kabyle à accepter de bonne grâce et en toute conscience la mise sur pied d'un corps de contrainte, d'une organisation de sécurité de la Kabylie», déclare-t-il. Cette étape est nécessaire, selon M.Mehenni, qui ajoute qu'à défaut, «nos enfants continueront d'aller à l'école de l'aliénation [l'école algérienne, ndlr] et de se faire tabasser dans la rue par la police coloniale [la police algérienne, ndlr] à chaque fois qu'ils descendent pour protester pour n'importe quoi». «Donc il faut que l'autorité coloniale [l'autorité algérienne, ndlr] soit remplacée par l'autorité kabyle».

Le Rassemblement pour la Kabylie (RPK) avait ensuite condamné les propos du chef du MAK dans un communiqué rendu public le 4 juin 2018.

«Le bureau exécutif du RPK réuni en date du 04/06/2018 considère les propos tenus par M.Ferhat Mehenni, au cours d'une conférence à Londres, d'une extrême gravité pour les faire passer, cette fois-ci, sous silence», écrit Hamou Boumedine, coordinateur du RPK.

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