«Nefta Football Club» short-listé aux Oscars, son réalisateur se confie à Sputnik

«Nefta Football Club», un court-métrage d’Yves Piat déjà remarqué par de nombreux festivals, est en lice pour les Oscars. Simple et humain, touchant et efficace, le film raconte une histoire de foot et de jeunesse maghrébine. Le réalisateur en parle à Sputnik.
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Yves Piat va-t-il décrocher la célèbre statuette hollywoodienne? C’est en tout cas possible depuis que son court-métrage, «Nefta Football Club», a été nominé aux Oscars. Un film déjà été primé ou sélectionné dans de nombreux festivals.

Le projet ne s’est pourtant pas fait tout seul, confie Yves Piat dans un entretien à Sputnik. Parti en repérage à Casablanca pour son projet, il découvre avoir «idéalisé la ville», qui n’avait plus l’énergie qu’il avait «fantasmée». Donc, il fallait se replier sur d’autres terrains. Ainsi, le réalisateur suit un fixeur, un free-lance qui cherche «la nature» pour des tournages, plus au sud. «Viens, je t’emmène dans le désert», lance ce dernier à Yves Piat. Un désert près de Zagora, que le réalisateur français connaît un peu pour y avoir marché des années auparavant:

«C’est là, en plein désert près de Zagora, que j’ai été subjugué par l’espace», s’enthousiasme Yves Piat au micro de Sputnik.

Pour des raisons budgétaires, ce n’est finalement pas au Maroc que le court-métrage a été tourné, mais en Tunisie, à Nefta… d’où le titre définitif du film. L’action se passe toujours sur la frontière, mais tuniso-algérienne cette fois-ci, un endroit où «les décors, à quelques deux heures de l’endroit initial, étaient très proches».

«De toute façon, on retrouve les mêmes problématiques partout dans le Maghreb au niveau social et sociétal», nous assure le réalisateur Yves Piat.

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Comme le temps de tournage a été assez court, Yves Piat regrette presque de ne pas avoir pu parler avec les habitants de la région du sujet, qui «vient de la réalité sur place» et qui a trouvé sa place dans un film «tiré d’une histoire vraie», captivante dans sa simplicité du quotidien. Elle campe l’action dans un village tunisien à la frontière de l’Algérie. Des enfants y jouent au foot sur un terrain sans lignes blanches, comme on en trouve des milliers à travers le monde. C’est alors qu’Abdallah et Mohammed tombent sur un âne (bien bizarre), avec un casque sur les oreilles et des sacs sur son dos contenant une poudre blanche. Les frères décident de ramener ces sachets au village…

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Les jeunes acteurs ne «jouent» rien d’ailleurs dans cette histoire, ils restent, eux aussi, dans le naturel et l’immédiat de la situation. Le frère cadet est interprété par Mohamed Ali Ayari, que la production a recruté, juste avant le début du tournage, dans une salle de danse de Tunis. «Subjugué par sa présence», Yves Piat propose au père du garçonnet de participer à une grande aventure cinématographique. Ce que le père accepte immédiatement. «Je ne l’ai pas cherché, il s’est imposé à moi», avoue le réalisateur.

«Les garçons sont conscients de la problématique, précise Yves Piat. Mais quand on fait un film avec des enfants, même si le sujet est grave, il faut qu’ils restent dans l’amusement pour vivre avec leur fraîcheur enfantine les dialogues à jouer. Et ce moment, la caméra ne devait pas le rater.»

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Le film d’Yves Prat est un clin d’œil efficace à la problématique des grands clubs de foot et aux agissements des certains joueurs, impliqués dans les divers scandales liés à la drogue: on voit s’opérer dans le film «un mélange judicieux entre l’enfance et l’enfant qui devient adulte».

«Ça oppose le jeu et l’enjeu, l’instantanéité de l’enfance et le calcul, les intérêts du business. Le frère cadet joue au foot seulement pour le jeu. Et l’aîné mise sur la “vie adulte”», détaille le réalisateur.

L’éligibilité du film aux Oscars ne fait pas frémir Yves Piat, puis que «le film est allé dans 75 festivals dans le monde et a eu plus de 50 prix»! Le prix du public à Clermont– Ferrand que le réalisateur considère comme «la plus belle chose», sélectionnée pour les César, dans la short-list des Oscars… «aujourd’hui, ce n’est que du bonus!» sourit le réalisateur.

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